Vie universitaire

Un homme de coeur au Népal

Le  chercheur en cardiologie Philippe Pibarot ne manque pas de bonnes raisons pour gravir le mont Gyaji Kang

Par : Jean Hamann

Le 30 octobre, si tout se déroule comme prévu, Philippe Pibarot contemplera le Népal à partir d’un point d’observation situé à 7 028 mètres au-dessus du niveau de la mer. Si Edmund Hilary a gravi l’Everest simplement «parce qu’il était là», le professeur de la Faculté de médecine, lui, ne manque pas de bonnes raisons pour s’attaquer au Gyaji Kang.

La première: lui et ses cinq coéquipiers veulent faire la promotion de l’activité physique et d’une bonne alimentation. Ils n’ont sûrement pas choisi la voie la plus facile pour y arriver, mais leur expédition, nommée «La cordée du cœur 2006», pourrait avoir un effet d’entraînement auprès des gens qui lisent La Presse et Le Soleil puisque les deux quotidiens suivront les progrès de l’équipe tout au long du périple et qu’un blogue sera diffusé sur Cyberpresse (www.cyberpresse.ca/section/CPBLOGUES).

Chose certaine, ils ont déjà inspiré les 215 élèves et tout le personnel enseignant de l’école primaire Armand-Racicot de Longueuil. En effet, le parrain de l’expédition Gyaji Kang, le greffé cardiaque Sylvain Bédard, les a convaincus d’entreprendre une expédition parallèle, avec un programme combinant exercice physique et bonne alimentation – préparé par Natalie Alméras et l’équipe de la Chaire de recherche Merck Frosst/IRSC sur l’obésité de l’Université Laval - qui culminera avec l’ascension du mont Saint-Hilaire, également prévue pour le 30 octobre. «Nous allons établir une liaison satellite entre les enfants et nous pour que nous puissions célébrer ensemble, chacun sur notre sommet, le succès de nos efforts», raconte Philippe Pibarot.

Le second objectif de l’expédition est de sensibiliser la population au don d’organes. David Smith, greffé rénal et président de l’Association canadienne des greffés, est d’ailleurs l’un des trekkers de «La cordée du cœur». «Nous voulons montrer qu’après une greffe, les gens peuvent mener une vie active et que l’exercice physique peut même contribuer à améliorer leur état», précise le professeur Pibarot. La participation d’un greffé rénal et de quelques personnes peu rompues à la montagne dans l’équipe a fait pencher la balance en faveur du Gyaji Kang comme destination finale de l’expédition. «Ce sommet a été gravi seulement trois fois et notre ascension constituera une première canadienne, souligne Philippe Pibarot. Techniquement, ce n’est pas une montagne très difficile, mais les exigences physiologiques de l’ascension à pareille altitude sont élevées.» Pour acclimater l’organisme à ces conditions, les trekkers procéderont par étapes pour établir successivement cinq camps à altitude croissante. Après une ascension de quelques centaines de mètres, l’équipe installera un camp puis redescendra au camp occupé antérieurement pour permettre une adaptation physiologique avant l’ascension suivante. «Il faut être patient et limiter la vitesse à laquelle on progresse, même lorsque ça semble facile, pour éviter le mal aigu des montagnes (MAM)», explique le professeur qui possède une vaste expérience en alpinisme et en escalade de glace. Le MAM provoque des nausées, des maux de tête ainsi que des problèmes pulmonaires et cardiaques qui peuvent occasionner la mort dans les pires cas.



Cobayes en altitude
Enfin, comme pour prouver qu’on peut sortir un chercheur de son labo, mais qu’on ne peut sortir le chercheur de l’homme, fut-il alpiniste, Philippe Pibarot et son coéquipier Michel White, de l’Institut de cardiologie de Montréal, profiteront de leur séjour sur le Gyaji Kang pour réaliser deux expériences en lien avec l’altitude. Pour les besoins de la science, les chercheurs et leurs coéquipiers feront office de sujets expérimentaux. La première expérience vise à tester l’effet de l’inhalation d’un médicament, la milrinone, sur la prévention du MAM. La seconde s’intéresse à l’effet d’un long séjour en altitude sur certaines fonctions du cœur. «Nous pensons que l’altitude pourrait stimuler la formation de nouveaux vaisseaux et donc avoir un effet bénéfique sur le cœur, ce qui pourrait éventuellement aider les greffés», explique le professeur Pibarot. En effet, après une greffe de cœur ou de rein, les patients sont souvent aux prises avec des problèmes circulatoires cardiaques (c’est d’ailleurs pourquoi Sylvain Bédard ne peut être de l’expédition). «Si l’altitude favorise la formation de nouveaux vaisseaux, il faudrait reconsidérer les recommandations par rapport à l’exercice qui sont présentement faites aux personnes qui subissent une greffe. On pourrait aussi envisager un traitement qui consisterait à placer un greffé dans une pièce où seraient reproduites les conditions de basse pression qui prévalent en altitude.»

L’édition 2006 de «La cordée du cœur» est commanditée par Merck Frosst. Les participants envisagent déjà l’idée de répéter l’expérience au cours des prochaines années en associant plusieurs écoles québécoises à leur projet.

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