Vie universitaire

Sur le chemin catalan

En juin, en Catalogne, des étudiants en histoire, en études anciennes et en littérature ont visité de nombreux édifices religieux médiévaux de style roman

Par : Yvon Larose
Le groupe devant l’église Sant Climent de Taüll, dans la Vall de Boí.
Le groupe devant l’église Sant Climent de Taüll, dans la Vall de Boí.
Dans les derniers jours de mai, une quinzaine d’étudiantes et d’étudiants, inscrits pour la plupart au baccalauréat en histoire, ont pris l’avion pour l’Espagne. Durant deux semaines, ils ont sillonné la région de la Catalogne, située au nord-est du pays, visitant nombre d’édifices religieux remontant à la période romane, soit d’avant l’an 1000 de notre ère jusqu’au 12siècle. Ils ont vu notamment des églises et des cathédrales, des cloîtres, des monastères et des musées. Ce périple s’est déroulé dans le cadre d’un cours. Le titulaire, le professeur Didier Méhu, du Département des sciences historiques, accompagnait le groupe.

«Ma plus belle découverte reste les chapiteaux sculptés des différents cloîtres que nous avons visités, en particulier ceux du monastère de Sant Cugat del Vallès, indique Raphaël Mainguy-Thériault, inscrit au baccalauréat en histoire. Leurs détails sont d’une minutie infinie.»

L’itinéraire prévoyait deux journées au Musée national d’art de la Catalogne situé dans la capitale, Barcelone. Les visiteurs ont vu les réserves, les salles de restauration des œuvres médiévales et les salles romanes. L’endroit abrite une collection d’art roman unique en son genre, constituée notamment de magnifiques peintures murales provenant d’églises de campagne. Ces œuvres anciennes ont été déplacées au début du 20e siècle afin de les soustraire au commerce. Des reproductions de grande qualité les ont remplacées in situ. L’une des plus remarquables de ces images est sans contredit le Christ Pantocrator provenant de l’abside de l’église Sant Climent de Taüll. Ce Christ en gloire aux couleurs vives, véritable chef-d’œuvre du 12e siècle, a suscité beaucoup d’intérêt chez les étudiants.

«On a vu qu’à cette époque, plus en Catalogne qu’ailleurs en Europe, on multipliait les images autour de l’autel dans les églises, explique Marianne Blanchard, maintenant diplômée du baccalauréat en études anciennes. On additionnait les fresques aux sculptures de bois ou de pierre, aux éléments décoratifs appelés devants d’autels, aux crucifix, aux baldaquins. Finalement, la superposition d’images incarnait la présence divine autour de l’autel.»

Raphaël Mainguy-Thériault situe ce phénomène dans le contexte géographique et politique du temps. «La multiplication de la divinité, dit-il, survient à une époque en ébullition où l’Église catholique affirme avec force la victoire du Christ sur le mal et la victoire des clercs sur l’aristocratie laïque.» L’époque était aussi celle de la Reconquista, alors que les souverains chrétiens reconquièrent les royaumes musulmans de l’Espagne. La Catalogne constituait la frontière du monde chrétien dans ce pays, avec le califat de Cordoue au sud de son territoire.

«On voit que la religion catholique a été très importante à cette époque», indique Marianne Blanchard. On en trouve une preuve spectaculaire dans deux vallées des Pyrénées, Aran et Boí, que les étudiants ont explorées durant une semaine. Dans un décor grandiose, plusieurs églises romanes aux lignes pures et élégantes, érigées dans de petits villages de montagne isolés, aux tours-clochers qui atteignent parfois six étages de haut, marquent le paysage de leur empreinte unique. Les étudiants en ont visité une dizaine.

«L’Église, par ces constructions, voulait faire passer un message, celui d’une Église forte jouant le rôle d’un acteur dominant du système féodal», souligne Raphaël Mainguy-Thériault.

Les artistes qui décoraient les murs intérieurs des églises ont utilisé en quelques occasions des pigments d’excellente qualité, comme du lapis-lazuli, un pigment rare de couleur bleue provenant du Moyen-Orient. «Mettre du lapis-lazuli, de l’or ou tout autre pigment dispendieux sur une petite église de campagne perdue dans les Pyrénées est assez symbolique, soutient-il. Cela témoigne de deux choses: la richesse de l’Église dans la région et une volonté de faire de minuscules églises de véritables joyaux.»

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