Vie universitaire

Lundis gothiques

Cinégothique, une série de projections animée par les professeurs Maxime Coulombe et Robert Marcoux, plonge le spectateur dans un univers de monstres fantastiques et d’apparitions mystérieuses

Le manoir ancien et isolé est l'un des motifs typiques du récit gothique.

Durant huit lundis soirs de la session d’automne, on peut se laisser séduire par l’appel de l’étrange à l’occasion de Cinégothique, un cycle de projections d’œuvres cinématographiques liées, comme son nom l’indique, à l’esthétique gothique et animé par les professeurs d’histoire de l'art Maxime Coulombe et Robert Marcoux du Département des sciences historiques.

Présenté alternativement au pavillon Louis-Jacques-Casault et au Café Fou AELIÉS, Cinégothique est d’abord né du croisement de leur enseignement et d’une passion commune pour le cinéma de genre. «Je donne le cours sur le gothique dans l’art contemporain, raconte Maxime Coulombe, et Robert est un passionné de cinéma. Donc, quand on a commencé à discuter ensemble, on s’est rendu compte que c’était la rencontre de deux intérêts.» Il indique que la série poursuit à la fois un objectif pédagogique et un but culturel. «Quand je donne mon cours, je présume parfois que les étudiants ont vu certains films ou je leur suggère de les voir. Mais là on les présente, alors l’occasion est donnée pour eux de venir les écouter dans un contexte qui ressemble un peu à celui du cinéma».

Parallèlement à cela, les deux professeurs se sont donné le but, non moins important à leurs yeux, d’animer la vie culturelle de Québec. Ce cycle de projection très informel leur donne ainsi l’occasion de faire vivre une communauté. Les spectateurs viennent, souvent les mêmes, et ils partagent avec eux une passion commune pour le cinéma et pour l’art, «mais sans aucun snobisme», précisent-ils.

Le gothique, une esthétique qui ratisse large

De l’architecture à la mode, en passant par la littérature, le cinéma et l’illustration, l’étiquette «gothique» a été accolée à bon nombre d’œuvres de domaines, d’époques et de genres différents. Comment le gothique en est-il venu à ratisser aussi large?

Le mot «gothique», utilisé pour désigner une esthétique, provient de l’histoire de l’art, de l’histoire de l’architecture en particulier. «Le gothique – qui comprend l’architecture, mais pas seulement – apparaît environ au milieu du 12e siècle et se décline jusqu’à peu près le début du 16siècle, indique Robert Marcoux. Le terme “gothique” lui-même provient d’un préjugé: tout ce qui était médiéval a été considéré à la Renaissance, particulièrement sous la plume de Giorgio Vasari, le premier historien de l’art, comme étant gothique, c’est-à-dire barbare. Quand on a voulu rattacher quelque chose de plus concret et positif à ça, c’était, sur le plan de l’architecture, les arcs brisés, les ogives, etc. Sur le plan esthétique, on a parlé d’un certain naturalisme. Sur le plan iconographique, de l’image de la Vierge. Donc tout ça, c’est du gothique traditionnel, ce qui a peu à voir avec nos films!»

Pourtant, ajoute Maxime Coulombe, les premiers romans gothiques, parus à la fin du 18e siècle, ont eu un lien avec l’architecture. «Le sens qu’on accorde aujourd’hui au gothique provient largement de cette époque et de ce qu’on appelle le roman gothique ou le roman noir, poursuit-il. L’une des caractéristiques du roman noir, du moins pour certains auteurs, c’est d’être ancré dans une architecture gothique, qu’il y ait un château, qu’il y ait une église, qu’il y ait un aspect gothique médiéval dans le récit.» Cela dit, le roman gothique du 19e siècle s’éloigne passablement de cette thématique pour faire place à un univers beaucoup plus moderne, avec la ville en toile de fond.

Deux motifs récurrents rassemblent toutefois ces récits: l’impression d’enfermement et l’idée de lieux empreints d’une histoire. «Cette histoire se manifeste par le biais de fantômes, de drames familiaux, etc., explique Maxime Coulombe. En même temps, on se sent prisonnier d’un espace. Ce sont des motifs qui vont rester dans le gothique tel qu’on le connaît aujourd’hui.»

Des classiques et de la série B

La sélection de films à l’affiche reflète d’ailleurs ces grands thèmes. Les professeurs ont eu l’embarras du choix tellement le corpus qui s’offrait à eux est immense. Le choix des œuvres a été dicté par un souci de chronologie, de manière à montrer la façon dont certains films ont exercé leur influence sur d’autres. La matière de départ était également un critère important, étant donné l’influence majeure de certains auteurs littéraires sur le cinéma gothique, comme Mary Shelley, Edgar Allan Poe et H.P. Lovecraft pour ne nommer que ceux-là.

«On a aussi voulu créer un équilibre entre les films relativement sérieux ou classiques et les films qui relèvent de la culture populaire, révèle Robert Marcoux. On a voulu des monstres, d’où The Bride of Frankenstein, dans un registre sérieux ou classique, et Vampire Lovers dans un registre également classique – car c’est un film inspiré d’une nouvelle de Sheridan Le Fanu –, mais dont le traitement de Hammer, la maison de production, est plus racoleur ou douteux.» On pourrait d'ailleurs aller jusqu’à qualifier de trash certains des films à l’affiche.

Présenter des films de série B à l’université? Assurément! Pour les deux professeurs, il n’était pas question de s'en tenir à des œuvres de répertoire, ne serait-ce que pour que le cycle soit représentatif de l’esthétique gothique. Selon eux, toutes les propositions ont leur mérite. «Dans l’univers francophone, le gothique apparaît comme marginal, alors qu’aux États-Unis, c’est un genre dominant, assure Maxime Coulombe. C’est presque un des sujets de recherche les plus travaillés en littérature. C’est un champ énormément réfléchi et complètement assumé. Dans une certaine mesure, il faut voir la série à travers ces yeux-là.»

Les lieux de projection reflètent d’ailleurs cette dualité entre le cinéma classique et la culture de grande consommation. Les films projetés au pavillon Louis-Jacques Casault relèvent d’un registre plus sérieux. La présentation de 15 à 20 minutes qui les précède analyse les films dans la perspective de montrer leur caractère gothique. Les projections programmées au Café Fou AELIÉS se déroulent quant à elles dans un cadre détendu, propice aux films de série B. Les présentations se font plus courtes, une dizaine de minutes, et sont surtout axées sur la genèse des films.

Des œuvres à voir ou à revoir

Pour permettre aux curieux d'approfondir leur connaissance de l'esthétique gothique ou simplement pour le plaisir de voir ou de revoir certains films marquants, les animateurs de Cinégothique y sont allés de quelques suggestions:

Minuit dans le jardin du bien et du mal (Clint Eastwood, 1997)
C’est, selon Maxime Coulombe, le film apparemment le moins gothique de la série. Il fait néanmoins partie de la programmation parce qu’«il représente de manière parfaite ce qu’on appelle le gothique du Sud, qui est un style en littérature qui a émergé dans les années 1920», dit-il. Le sud des États-Unis y est représenté comme un univers hanté, en décrépitude, excentrique. «Tout le film est traversé par cette singularité, cette excentricité, cette folie. C’est pour moi un bon exemple de comment le gothique, tout en conservant les mêmes thèmes, [peut s’incarner] dans un décor complètement différent avec des protagonistes différents. Tout ça permet de constater à quel point l’époque contemporaine est encore gothique au fond, car c’est un film très actuel qui représente les années 1980-1990.»

La série Cinégothique dure jusqu’au début du mois de décembre. Quatre films sont encore à venir :

  • Minuit dans le jardin du bien et du mal (4 novembre, 19h, local 1630, pavillon Louis-Jacques-Casault)
  • Edward Scissorhands (11 novembre, 19h30, Café Fou AELIÉS)
  • The Tomb of Ligeia (2 décembre, 19h, local 1630, pavillon Louis-Jacques-Casault)
  • Crimson Peak (16 décembre, 19h30, Café Fou AELIÉS)

Les projections sont ouvertes à tous et l'entrée est libre.

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Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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