Vie universitaire

L'important, c'est l'éveil

Les enseignants doivent devenir des détecteurs d’intelligence chez les étudiants

Par : Renée Larochelle
En 1905, à la demande de l’État français qui voulait détecter les élèves faibles sur le plan scolaire, le psychologue Alfred Binet et le psychiatre Théodore Simon créaient une échelle métrique de l’intelligence. Il en résultera le test Binet-Simon, ancêtre du test de quotient intellectuel (QI) toujours administré de nos jours. Les personnes dont l’intelligence logico-mathématique est particulièrement développée obtiennent généralement un bon résultat à ce test. C’est aussi sur ce type d’intelligence que le système scolaire met l’accent dans la course aux diplômes. «Sois bon en mathématiques et en sciences et toutes les portes s’ouvriront devant toi», martèlent parents et enseignants, ancrant encore davantage dans le cerveau des enfants la croyance selon laquelle hors des chiffres et des équations, il n’existe point de salut. C’est ce que déplore Joseph Chbat, qui était conférencier à l’Heure pédagogique, le 20 février. Titre de son exposé: «Les intelligences multiples et émotionnelles au cœur de l’apprentissage». 

«Certains chercheurs disent que les enseignants devraient être des détecteurs d’intelligence plutôt que de seulement chercher à transmettre des connaissances», a souligné Joseph Chbat, professeur de philosophie au collégial durant 30 ans et qui consacre aujourd’hui son temps à promouvoir la question des intelligences multiples. «Je nuancerais en disant que l’un des rôles du pédagogue consiste à accorder de la valeur à l’intelligence prédominante chez une personne, indique Joseph Chbat. En effet, cette reconnaissance équivaut à mettre le doigt sur une zone de distinction qui peut l’encourager à aller plus loin.» Et de rappeler le cas d’une étudiante en arts plastiques de sa classe qui obtenait des notes très basses en philo mais qui peignait admirablement bien.  

Le récit autobiographique
«Un jour, j’ai eu l’occasion de voir quelques-unes de ses toiles, raconte Joseph Schbat. C’était une véritable artiste chez qui brillait l’intelligence spatiale. L’intelligence n’est pas réductible au seul côté logique et rationnel. Elle peut être langagière, musicale, corporelle, existentielle, interpersonnelle ou autres. Dans cet esprit, il faut aider les étudiants à trouver le meilleur d’eux-mêmes en insistant sur leurs forces et non sur leurs faiblesses.» Joseph Chbat suggère aux professeurs un exercice qu’il a lui-même expérimenté. «Dès le premier cours, tentez de déterminer la forme d’intelligence de chaque étudiant, indique-t-il. Ensuite, demandez aux étudiants d’écrire leur récit autobiographique en mettant l’accent sur leurs rêves d’avenir. Faites la même chose de votre côté. Cela vous permettra non seulement de mieux connaître vos étudiants, mais également de tisser des liens très serrés avec eux.»

Un mot sur l’intelligence émotionnelle que le conférencier a à peine abordée par manque de temps et qui est pourtant d’une importance cruciale dans les relations humaines. Tout le monde n’est pas Barack Obama, qui conjugue de façon exceptionnelle intelligence rationnelle et émotionnelle. Cela dit, on peut être bardé de diplômes, briller intellectuellement, mais être incapable de gérer ses émotions et de comprendre celles des autres. À cet égard, les plus doués intellectuellement ne sont pas nécessairement les meilleurs candidats à un poste de gestion, estime Joseph Chbat. «Il est plus que temps que le monde de l’éducation tienne compte de l’intelligence émotionnelle chez les individus, conclut-il.

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