Vie universitaire

L’action politique à la lumière du stoïcisme

De 161 à 180 de notre ère, l’empereur romain Marc Aurèle a régné de manière vertueuse et morale sur un très vaste empire

Par : Yvon Larose
À Rome, les musées du Capitole abritent la seule statue équestre en bronze de l’Antiquité romaine à être parvenue jusqu'à nous, celle de Marc Aurèle. Ce philosophe stoïcien a dirigé l’Empire romain durant 19 ans.
À Rome, les musées du Capitole abritent la seule statue équestre en bronze de l’Antiquité romaine à être parvenue jusqu'à nous, celle de Marc Aurèle. Ce philosophe stoïcien a dirigé l’Empire romain durant 19 ans.
Marc Aurèle est passé à l’histoire comme «l’empereur philosophe». De l’an 161 à l’an 180 de l’ère chrétienne, cet adepte du stoïcisme, l’un des principaux courants philosophiques de l’époque, a dirigé l’Empire romain alors à son apogée. De l’Europe de l’Ouest au Moyen-Orient, en passant par le pourtour de la Méditerranée, cet empire comptait plusieurs dizaines de millions d’habitants.

«Grâce à ses Pensées pour moi-même, un recueil d’exercices de méditation que Marc Aurèle a écrit et qui est parvenu jusqu’à nous, un texte absolument unique, nous sommes en mesure de déterminer les raisons philosophiques qui ont gouverné ses actions politiques les plus importantes, explique le professeur Bernard Collette, de la Faculté de philosophie. Parmi les plus remarquables, il faut mentionner sa décision de partager le pouvoir avec son frère Lucius Verus et les mesures visant à céder une partie de ses prérogatives au sénat, qu’il respectait beaucoup et dont il voulait renforcer les pouvoirs.»

Le mercredi 28 novembre, dans une salle du pavillon Félix-Antoine-Savard, le professeur Collette donnera une conférence sur le thème «L’action politique de Marc Aurèle à la lumière du stoïcisme». Cette présentation se tiendra dans le cadre des Midis du Laboratoire de philosophie ancienne et médiévale.

Marc Aurèle était le fils adoptif de l’empereur Antonin le Pieux, comme l’était Lucius Verus. Il avait la sagesse et le détachement du philosophe. Dans ses écrits, il insiste sur des valeurs tels la prudence, le courage et la tempérance. Nommé empereur par le sénat, il demande aux sénateurs l’autorisation de gouverner avec son frère. Ils ont régné ensemble jusqu’à la mort de celui-ci, en 169.

«Son cas est tellement exemplaire, souligne Bernard Collette, on le constate notamment dans ses Pensées et sa correspondance. Marc Aurèle s’était préparé au pouvoir. Il était conscient des risques moraux de se corrompre en héritant du pouvoir absolu.»

Dans ses Pensées se trouve l’injonction suivante: «Prends garde de te césariser» en référence à Jules César qui, empereur, a fait migrer la république romaine vers une forme de régime monarchique. Cette injonction est suivie de «Conserve-toi donc simple, honnête, ami de la justice, bienveillant […]. Révère les dieux, secours les hommes.»

«Marc Aurèle, poursuit-il, se met lui-même en garde contre le fait de se laisser gagner par la passion du pouvoir. Personne ne l’a forcé à partager le pouvoir. Comme empereur, il a tout fait pour ne pas devenir un tyran. Son attitude envers le sénat le démontre bien. Il a attribué à ses membres le rôle de juge dans de nombreux procès.»

Selon le professeur, Marc Aurèle a sans doute été le seul philosophe de l’Histoire à accéder aux plus hautes fonctions politiques. «Platon, dans sa République, développe cette idée que si un philosophe devient roi de la cité, celle-ci sera bien gouvernée», dit-il.

Dans un texte ancien identifié au stoïcisme, l’auteur se penche sur le régime politique idéal. Celui-ci serait un mélange de démocratie, de royauté et d’aristocratie. «On peut dire que Marc Aurèle aurait été d’accord avec cette idée, affirme Bernard Collette. Les mesures politiques qu’il a prises vont dans cette direction.» Selon lui, l’idée de démocratie est bien présente dans les Pensées. «Marc Aurèle valorise l’idée de liberté, soutient-il. Dans l’Antiquité, la liberté est fortement associée à la démocratie. L’empereur va régner pour que démocratie, royauté et aristocratie soient présentes. Plusieurs textes disent qu’il avait à cœur l’idée que les citoyens ne soient pas asservis à un pouvoir dictatorial et tyrannique. Dans les Pensées, Marc Aurèle évoque “un État dans lequel la loi est égale pour tous […] et une monarchie qui respecte par-dessus tout la liberté des sujets”.»

Sur un plan plus individuel, le stoïcisme de Marc Aurèle s’est notamment manifesté lorsqu’une rumeur s’est répandue sur sa mort. C’était en 175. Le gouverneur d’une partie de la zone orientale de l’Empire romain, Avidius Cassius, se proclame empereur à la suite de cette rumeur. Le sénat le déclare ennemi public. L’usurpateur finit assassiné.

«Marc Aurèle avait une propension à pardonner, souligne Bernard Collette. Dans un discours devant le sénat, il explique ne pas avoir voulu la mort de l’usurpateur. Il aurait voulu discuter avec lui, devant les membres du sénat, laissant aux sénateurs le soin de décider lequel des deux était le plus compétent pour être empereur. Cela montre que Marc Aurèle n’était pas attaché au pouvoir. Il exprime sa tristesse de n’avoir pu discuter avec lui, de n’avoir pu lui pardonner. Chez les stoïciens, l’idée de clémence s’est beaucoup développée. Même dans les pires cas, ils considéraient la vertu morale comme étant plus forte que tout.»

La présentation de Bernard Collette aura lieu le mercredi 28 novembre, de 11h30 à 12h20, au local 413 du pavillon Félix-Antoine-Savard. Entrée libre. Pour plus d’information: claude.lafleur@fp.ulaval.ca, tél.: 418 656-2131, poste 2824.

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