Vie universitaire

La politicienne et le businessman

Le 8 novembre, avec Hillary Clinton et Donald Trump comme principaux candidats à la présidence, les électeurs américains auront à choisir entre la continuité et l'inexpérience

Par : Yvon Larose
Magnat milliardaire de l'immobilier, animateur de télévision, Donald Trump fait peu de cas de la rectitude politique. Ponctuée de nombreuses polémiques, sa campagne est teintée de populisme. Si elle est élue présidente, Hillary Clinton, première dame des États-Unis sous Bill Clinton et secrétaire d'État sous Barack Obama, deviendra la première femme à occuper ce poste prestigieux dans l'histoire des États-Unis.
Magnat milliardaire de l'immobilier, animateur de télévision, Donald Trump fait peu de cas de la rectitude politique. Ponctuée de nombreuses polémiques, sa campagne est teintée de populisme. Si elle est élue présidente, Hillary Clinton, première dame des États-Unis sous Bill Clinton et secrétaire d'État sous Barack Obama, deviendra la première femme à occuper ce poste prestigieux dans l'histoire des États-Unis.
Pareille à nulle autre, l'actuelle campagne présidentielle américaine suscite autant l'intérêt qu'elle soulève de questions. Pour le professeur Jonathan Paquin, du Département de science politique, deux éléments définissent cette course à la Maison-Blanche. «D'abord, dit-il, Hillary Clinton et Donald Trump sont probablement les deux candidats à la présidence les plus impopulaires dans l'histoire moderne des États-Unis. Ensuite, les deux élections primaires ont semé la division au sein des démocrates comme chez les républicains. Pensons notamment à l'effet Bernie Sanders dans le camp démocrate. La question à se poser est maintenant de savoir si les électeurs resteront chez eux ou s'ils iront voter.»

Le 3 octobre au pavillon Charles-De Koninck, le professeur Paquin et sa collègue, Anessa Kimball, ont animé une conférence-débat sur les élections américaines. Leurs invités étaient deux ex-politiciens américains de passage à Québec. La rencontre était organisée par le Centre sur la sécurité internationale et les Hautes Études internationales grâce au consulat général des États-Unis.

Martin Lancaster a été membre démocrate de la Caroline du Nord à la Chambre des représentants de 1987 à 1995. Auparavant, il avait siégé à la State House of Representatives de la Caroline du Nord, de 1978 à 1986. «Le point principal de la campagne, indique-t-il, est de savoir lequel des deux grands partis réussira à faire voter les électeurs. Je vois un léger avantage pour le parti démocrate.»

Steven T. Kuykendall a été membre républicain de la Californie à la Chambre des représentants de 1999 à 2001. Auparavant, il avait siégé à l'Assemblée de l'État de Californie, de 1994 à 1998. Brandissant son exemplaire de la Constitution des États-Unis, il a affirmé que Donald Trump, si élu, ne pourrait pas se comporter en dictateur. «Une bonne partie de la Constitution américaine protège la nation contre quiconque voudrait lui imposer sa volonté, soutient-il. Les pères fondateurs des États-Unis ont écrit un document dans lequel il est dit que vous êtes peut-être le président, mais votre pouvoir est loin d'égaler celui d'un roi. Notre système politique contient des freins et des contrepoids au pouvoir présidentiel qui sont encore bien vivants et qui fonctionnent.»

Martin Lancaster abonde dans le même sens. Durant leur visite au Canada, les deux invités ont remarqué l'inquiétude des gens devant une possible présidence Trump. Selon lui, cela s'explique par une méconnaissance de la séparation des pouvoirs aux États-Unis. «Si Trump est élu, dit-il, il ne pourra réaliser qu'une fraction de ses promesses, surtout le premier jour.» Il ajoute que la plus grande inquiétude semble être le rejet de l'Accord de libre-échange nord-américain. «Je ne crois pas qu'il le fasse un jour, souligne-t-il. Tout changement nécessite l'accord des trois pays signataires. De plus, je ne pense pas qu'il réussisse à obtenir l'aval du Congrès.» Sa totale inexpérience de la gouvernance politique pourrait lui nuire. «Trump, explique Martin Lancaster, ne connaît pas le fonctionnement de l'appareil gouvernemental, il n'a jamais occupé de poste politique. Par ailleurs, il n'a pas connu tant de succès en affaires. Pour toutes ces raisons, s'il est élu, il découvrira que l'exercice du pouvoir peut être très frustrant.»

En matière de politique étrangère, l'ex-politicien note que Donald Trump a de la considération pour le président russe Vladimir Poutine. En revanche, il ne semble pas apprécier les alliés traditionnels des États-Unis, ni l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Pour Steven T. Kuykendall, la question est de savoir si les États-Unis sous Trump demeureront le plus fervent défenseur de l'OTAN.

Ce dernier estime que sous l'un ou l'autre candidat à la présidence, les États-Unis ne mettront pas de l'avant une politique militaire agressive. «Du point de vue de l'armée, dit-il, je dirais que nous ne verrons pas des divisions de soldats envahir des pays où sont nos plus grands intérêts économiques. Mais nous participerons à des opérations impliquant des conseillers militaires et des forces spéciales. Il y aura probablement des pressions pour maintenir le niveau de dépenses actuel.»

Pour Jonathan Paquin, le grand nombre d'indécis, inhabituel à ce stade-ci d'une campagne présidentielle, s'explique par la grande impopularité de chacun des deux principaux candidats. Même Steven T. Kuykendall, un républicain depuis toujours, est indécis. «Je ne voterais pas pour Trump, même si ma vie en dépendait, affirme-t-il. Il est si peu conventionnel. Quant à Clinton, son plus grand défi concerne sa difficulté à communiquer. Je ne voudrais pas prendre un café avec elle. Une telle aversion pour des candidats à la présidence, nous n'avons jamais connu cela. C'est une situation difficile pour un citoyen.»

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