Vie universitaire

En tamoul dans le texte

Des œuvres classiques comme Bonheur d’occasion et Les belles-sœurs ont été traduites à l’Université de Madras

Par : Pascale Guéricolas
Sur la page couverture de l’œuvre de Françoise Loranger Encore cinq minutes, c’est une femme vêtue d’un sari traditionnel qui quitte le foyer familial. Pourquoi ce vêtement pour un personnage censé incarner l’éveil des Québécoises dans les années 1960? Tout simplement parce que cette pièce de théâtre féministe a été traduite en tamoul. Plus de soixante millions de personnes dans le sud de l’Inde parlent cette langue régionale. Depuis quelques années, ces citoyens ont accès à des auteurs québécois, comme Marie-Claire Blais, Michel Tremblay, Denis Bélanger ou Gérard Bessette. Ces traductions, on les doit à une équipe réunie autour d’un passionné du Québec, M.K. Madanagobalane. Ce président de l’Association des professeurs de français de l’Inde était l’invité, la semaine dernière, de l’Observatoire de la traduction littéraire de l’Université Laval où il a prononcé une conférence.

L’ancien directeur du Centre d’études canadiennes de l’Université de Madras a raconté dans un premier temps comment la littérature québécoise avait réussi à se tailler une place au sein de plusieurs universités indiennes dans les années 1990. Plusieurs professeurs de français, par exemple, appréciaient le fait d’avoir accès à une littérature francophone différente de celle venant de France. Les questions de rivalité entre la ville et la campagne ou celle de la place des femmes dans la société intéressent aussi les lecteurs de cet immense pays où les rapports sociaux évoluent à la vitesse de la lumière. Voilà pourquoi l’équipe de M.K. Madanagobalane a travaillé sur Bonheur d’occasion ou Les belles-sœurs.

La traduction de ces ouvrages pose cependant des difficultés de traduction particulières. Comment, par exemple, rendre en tamoul le langage si particulier des colleuses de timbres de Michel Trembay? «Il a fallu que le traducteur utilise la façon de parler d’une population défavorisée d’une ville indienne pour donner une idée du joual, répond l’universitaire. Le manque de ponctuation dans la pièce Leçon d’anatomie de Larry Tremblay posait aussi problème.» La structure particulière de cette langue pousse également les traducteurs à déployer des trésors d’imagination. À la proposition subordonnée, les Tamouls préfèrent les adjectifs, ce qui rend le style un peu lourd si les propositions abondent dans un texte. Autre difficulté, le manque d’unité linguistique. La langue présente beaucoup de variations d’une région à l’autre, ce qui donne au traducteur a beaucoup de latitude pour faire ses choix.

Pour l’instant, les livres traduits sont distribués gratuitement dans certaines universités indiennes, car l’entente conclue avec les maisons d’édition québécoises sur les droits d’auteurs spécifie qu’ils ne peuvent être vendus. Après plusieurs ouvrages traduits dans les années 1990, le rythme a ensuite ralenti faute d’un soutien financier suffisant. Cette activité devrait cependant reprendre sous peu avec de nouveaux partenaires, assure M.K. Madanagobalane qui vient d’ailleurs de publier un ouvrage de référence en tamoul sur la littérature québécoise. Il souhaite s’attaquer bientôt avec son équipe à la traduction d’un recueil de nouvelles québécoises. Avis aux auteurs que cela pourrait intéresser.

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