Vie universitaire

Des villes minières en transition

Des étudiants accompagnés de professeurs et de chercheurs ont visité Schefferville, Fermont et Labrador City

Par : Yvon Larose
À Fermont, les étudiants, professeurs et chercheurs ont visité la mine de la compagnie ArcelorMittal. Ce site s'étend sur 40 kilomètres carrés. Les travailleurs utilisent notamment des camions de transport du minerai de fer d'une capacité de 400 tonnes.
À Fermont, les étudiants, professeurs et chercheurs ont visité la mine de la compagnie ArcelorMittal. Ce site s'étend sur 40 kilomètres carrés. Les travailleurs utilisent notamment des camions de transport du minerai de fer d'une capacité de 400 tonnes.
L'École d'été sur les villes minières en transition constitue l'une des nouveautés de la programmation 2019 des écoles d'été de l'Université Laval. Ce séminaire doctoral international s'est mis en branle le 26 mai avec l'arrivée à Sept-Îles, sur la Côte-Nord, des 19 participants provenant de trois provinces canadiennes et du Danemark, de la Suède et de la Finlande. Ces étudiants au doctorat, stagiaires au postdoctorat, professeurs et chercheurs universitaires ont effectué le lendemain un long voyage de 12 heures en train vers le Nord jusqu'à Schefferville. Après, ils se sont déplacés à nouveau par train jusqu'à Fermont. Ensuite, ils ont roulé jusqu'à Labrador City. Leur périple a pris fin le 4 juin à Québec.

«Nous avons comparé les villes minières d'ici entre elles et avec des villes minières du nord de l'Europe confrontées à des enjeux semblables, notamment les cycles d'expansion et de récession propres à l'industrie minière, la fermeture éventuelle des mines, la gestion des héritages de l'extraction du minerai», explique le professeur Thierry Rodon, du Département de science politique.

Celui-ci est titulaire de la Chaire de recherche sur le développement durable du Nord. Il dirige également MinErAL, un réseau de recherche international financé par le CRSH et qui porte sur le développement minier et les communautés autochtones. Il a mis sur pied l'école d'été avec la collaboration du réseau Rexsac, un centre d'excellence nordique rattaché à l'Institut royal de technologie de Stockholm. Les deux entités ont financé l'école d'été, de même que le Conseil nordique des ministres et le gouvernement du Québec.

«Le développement minier est important en Scandinavie, dit-il. Il est clair que la Suède est un grand exportateur de métaux. Un élément comparatif intéressant de notre voyage concernait les relations des mines avec les populations autochtones. Dans la région étudiée vivent des Naskapis et des Innus. Dans le nord de l'Europe, il y a les Samis. Nous avons voulu savoir dans quelle mesure les autochtones sont capables de bénéficier de l'extraction minière et quels sont les impacts sur leur mode de vie.»

Thierry Rodon insiste sur la grande diversité des intervenants rencontrés. Au fil des jours, les visiteurs ont échangé avec des représentants des autorités municipales, des communautés autochtones, des entreprises minières, des représentants syndicaux, des organisations et entreprises locales ainsi que de simples citoyens.

«Beaucoup d'enjeux ont été soulevés, indique-t-il. Nos échanges ont été extrêmement riches, en particulier avec des entrepreneurs et aînés autochtones.»

Schefferville, Fermont et Labrador City sont de petites municipalités. La plus importante, Labrador City, atteignait 7 220 résidents en 2016. Leur histoire commune tourne autour du minerai de fer et de son extraction, une activité qui connaît des hauts et des bas selon les cycles d'expansion et de récession liés aux prix des métaux sur les marchés internationaux.

«L'industrie sort d'une période très difficile qui a duré quelques années et au cours de laquelle les anciennes mines de la région que nous avons visitée ont survécu, mais où les nouvelles ont fermé, souligne le professeur Rodon. Au plus creux du ralentissement, la tonne de minerai de fer se transigeait aux environs de 35$ US la tonne. Aujourd'hui, c'est plus de 100$ US la tonne. Nous sommes à l'aube d'une période de croissance. De nos jours, les cycles sont de plus en plus courts et le marché du fer très volatil.»

Est-il possible pour ces villes de bâtir un avenir au-delà de l'extraction? La question a été posée aux différents intervenants rencontrés. «Cela nous a frappés, raconte Thierry Rodon. Dans les trois municipalités, les gens ont beaucoup de mal à imaginer l'avenir sans la mine. Soit nous n'obtenions pas de réponses, soit les réponses manquaient de conviction.»

Selon lui, il faut comprendre que ces villes ont été créées par les entreprises minières pour leurs propres besoins. Schefferville, par exemple, a été fondée par la compagnie IOC. Après la cessation des activités de la minière en 1982, elle a vu ses résidents partir et de nombreux bâtiments détruits. En fait, c'est grâce aux Innus de Matimekush-Lac John que la ville n'a pas été entièrement détruite comme ce fut le cas de Gagnonville. Malgré la présence d'une nouvelle mine, la ville n'a pas retrouvé son activité, car tous les travailleurs de la mine font du navettage par avion (fly-in fly-out) entre leur domicile, situé dans d'autres régions, et leur lieu de travail.

«Il faut également comprendre que la région subarctique du Québec est une région ressource, poursuit-il. Son économie repose essentiellement sur la mise en valeur des ressources naturelles et le tourisme n'a pas la capacité d'emploi du secteur minier.»

En mai 2020, les deux réseaux de recherche organiseront une école d'été similaire en Suède et en Norvège sur des villes minières en transition.

En plus du professeur Rodon, quatre étudiants au doctorat représentaient l'Université Laval, dont Sabrina Bourgeois, inscrite en science politique.

«Ma thèse, explique-t-elle, s'intéresse aux capacités des peuples autochtones à négocier le développement minier et les différentes relations avec les promoteurs, mais aussi l'État, qui émergent dans différents cadres juridiques et politiques. Ça sera une comparaison entre le Québec et la Nouvelle-Calédonie. Je planifie d'ailleurs de retourner dans les communautés autochtones à proximité de Schefferville afin de leur présenter mon projet de recherche et de travailler avec eux dans le cadre de ma thèse.»

L'étudiante dit avoir particulièrement apprécié la dimension multidisciplinaire de l'activité. Les participants avaient des champs d'expertise variés, par exemple la géographie, les sciences naturelles et l'histoire. D'une personne à l'autre, les différents référents propres aux Canadiens et aux Scandinaves s'avéraient dignes d'intérêt.

Selon elle, toutes les rencontres furent mémorables à cause de l'accueil reçu et de la générosité des personnes rencontrées. «Les déplacements mêmes, notamment par le train Tshiuetin, étaient plaisants à cause des riches discussions avec ses employées et employés autochtones et de la beauté du paysage, poursuit Sabrina Bourgeois. Toutefois, c'est l'accueil par la nation innue de Matimekush-Lac John ainsi que la nation naskapie de Kawawachikamach qui m'a le plus marquée. Nous avons été privilégiés de pouvoir écouter les histoires des personnes aînées, ainsi que d'échanger avec des élues et des élus sur le passé, le présent et le futur de leurs communautés. C'était inspirant de les écouter.»

Selon l'étudiante, la visite de Fermont et du site minier d'ArcelorMittal a particulièrement marqué le groupe en raison de l'ampleur du développement minier et de l'ingéniosité du mur-écran de 1,3 kilomètre de longueur. Ce mur protège la ville des vents dominants du Nord. Il abrite quelques centaines de logements, les services communautaires, scolaires et de santé, ainsi que le centre commercial.




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Les participants à l'École d'été sur les villes minières en transition ont rencontré une grande diversité d'intervenants, notamment des entrepreneurs et aînés autochtones. Ici, ils assistent à une présentation de l'entrepreneur innu Georges Roy, dans la salle du conseil de la Ville de Schefferville.

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