Vie universitaire

Comprendre pour mieux agir

La titulaire de la Chaire CRSNG Industrielle-Alliance sur les femmes en sciences et génie souhaite montrer le visage humain de ces domaines d’études

Par : Jean Hamann
La titulaire de la nouvelle Chaire CRSNG Industrielle-Alliance sur les femmes en sciences et génie au Québec, Nadia Ghazzali, ne se berce pas d’illusions. La professeure du Département de mathématiques et de statistique connaît très bien les tendances actuelles dans l’inscription des jeunes femmes aux programmes de sciences et de génie et elle sait que, même avec la meilleure volonté du monde, il y a peu de chances pour qu’elle parvienne à changer substantiellement la situation au cours des prochaines années. «Il ne faut pas se leurrer, c’est un travail de longue haleine, dit-elle. Au terme de mon mandat, ce serait déjà un signe encourageant si on observait ne serait-ce qu’une légère hausse des effectifs féminins en sciences et génie et si un plus grand nombre d'étudiantes poursuivaient leurs études aux cycles supérieurs dans ces domaines. J’espère surtout que nous serons parvenus à mieux comprendre ce qui empêche une plus forte représentation des femmes en sciences et génie.»
   
Grâce à l’appui financier de l’Industrielle-Alliance et du CRSNG, qui verseront chacun une somme de 250 000 $ sur une période de cinq ans avec possibilité de renouvellement – la chaire dirigée par Nadia Ghazzali reprend le travail amorcé par la professeure Claire Deschênes, qui a dirigé la Chaire CRSNG Alcan sur les femmes en sciences et génie entre 1997 et 2005. Les grands objectifs demeurent les mêmes: accroître la participation des femmes en sciences et génie à tous les niveaux universitaires, promouvoir un climat positif facilitant le recrutement d'étudiantes aux trois cycles d'études en sciences et en génie, promouvoir l'engagement et la promotion des femmes dans les secteurs privés et publics ainsi que la participation des femmes aux postes de décision des organismes publics et privés et des associations scientifiques.
   
La tâche qui attend la titulaire de la nouvelle chaire n'est pas simple, mais elle est essentielle, estiment ceux qui se préoccupent de l’avenir de l’économie québécoise et qui s'inquiètent de la désaffection des jeunes pour les programmes scientifiques. Entre 1999 et 2005, alors que les nouvelles inscriptions augmentaient de 6 % dans l'ensemble des universités québécoises, les nouvelles inscriptions masculines et féminines dans les programmes de baccalauréat en sciences et de génie chutaient respectivement de 9 % et de 27 %. Malgré les programmes gouvernementaux incitant les jeunes femmes à se diriger vers les sciences et le génie, les étudiantes qui choisissaient ces domaines passaient de 17 % à 13,5 % de la clientèle féminine.

L’étape cruciale du secondaire
Pourquoi les jeunes femmes boudent-elles les sciences? Nadia Ghazzali croit qu’il faut chercher la réponse dans les premières années du secondaire. «Ce n’est pas simple de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un jeune et de bien identifier les facteurs qui déterminent son choix de domaine d’études», reconnaît-elle toutefois. Selon la professeure, le manque d'intérêt pour les sciences se manifeste dès le secondaire 2 ou 3, un phénomène qui pourrait provenir d'un manque de modèles féminins, mais aussi du fait que les filles ne se retrouvent pas dans ces matières. «Les filles ne se sentent pas appelées par les sciences parce que l'enseignement des sciences ne leur parle pas. Elles choisissent davantage les sciences de la santé ou les sciences sociales parce qu'elles aiment se sentir utiles aux autres, aider les autres, dans ce qu’elles font. L’aspect humain manque peut-être dans l’enseignement des sciences et il serait bon qu'il y ait une remise en question de la façon dont les sciences sont enseignées à tous les niveaux, même à l'université.»
   
Plusieurs activités sont inscrites au programme de la chaire au cours des prochains mois, notamment des conférences de sensibilisation aux sciences portant sur les nanotechnologies, l’informatique et l’aéronautique, ainsi que des conférences ciblées auxquelles prendront part des employeurs dont Ubisoft (le 5 décembre, à 12h30, local 2880 du pavillon Vachon), l’Industrielle-Alliance, L’Oréal et Teraxion. Un événement destiné aux élèves du secondaire aura lieu le 16 février prochain avec la présentation à l’Université de l’activité Les filles et les sciences: un duo électrisant. «Nous allons inviter 120 jeunes filles des secondaires 2 et 3 à une journée d’ateliers où elles rencontreront des femmes qui travaillent en sciences et génie et qui leur feront découvrir la vraie nature des professions scientifiques, explique Nadia Ghazzali. Nous voulons créer un changement dans leur perception en leur montrant le visage humain de la science.»
   
Nadia Ghazzali compte sur une petite équipe pour mener à bien ces projets. Ghislaine Mathieu agira comme adjointe et quatre étudiants, Anne-Sophie Julien, Marie-Ève Myrand, Nicolas Poirier et Bizhuang Zhu mettront aussi la main à la pâte. D'ailleurs, Marie-Ève Myrand, étudiante-chercheuse au sein de l'équipe de Hélène Lee-Gosselin, du Département de management, a entrepris une étude sur les stéréotypes qui empêchent les femmes de choisir les sciences et le génie. Pas de doute que les résultats de cette recherche sont attendus avec énormément d’intérêt par tous ceux qui se préoccupent de la place des femmes dans ces secteurs.

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