Société

Dénonciation publique planétaire

Alors que des millions de femmes dans le monde subissent la violence dans toutes ses formes, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour briser le silence. En témoigne le colloque international organisé par le CRI-VIFF, auquel ont participé 500 personnes provenant de 40 pays.

Par : Renée Larochelle
Pour contribuer à enrayer la violence faite aux femmes dans le monde, reconnaissons d’abord que le problème existe. Qu’elle soit battue, forcée d’avoir des rapports sexuels ou brutalisée, une femme sur trois dans le monde vit cette triste réalité. Surtout le dire. Ne pas se taire. Pour que les femmes puissent respirer librement, partout sur la planète. Telle est l’une des conditions qu’ont ciblées quelque 500 participantes et participants de 40 pays afin que puisse progresser la situation des femmes dans le monde, au terme du premier colloque international sur les violences faites aux femmes qui a eu lieu les 23 et 24 octobre à Montréal. La rencontre était organisée conjointement par le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF) des universités Laval et de Montréal.

«Nous espérons avoir réussi à inspirer tous les acteurs de la société concernés par la question de la violence faites aux femmes, car nous pensons que la mobilisation des communautés sera au cœur des solutions à venir», souligne Dominique Damant, professeure à l’École de service social, directrice du CRI-VIFF et responsable scientifique du colloque. Seconde condition mise de l’avant par les participants visant à améliorer le sort des femmes: la violence ne doit plus être considérée comme un problème individuel, mais bien comme un problème social. Troisièmement,  il faut atteindre une cohérence dans les réponses sociales mises en place. Pour y parvenir, les services de police, les tribunaux, les services de santé, les organismes d’aide humanitaire et les services de protection de l’enfance devront adopter une vision commune du problème. Comme quatrième condition, les congressistes ont retenu la mise en œuvre d’une campagne internationale de sensibilisation sur la question de la violence faite aux femmes.
«Pour que toutes ces conditions se réalisent, explique Dominique Damant, nous avons demandé que des fonds soient investis là où il n’y en a pas, qu’ils soient maintenus là où ils sont menacés et qu’ils soient augmentés pour faire face aux nouvelles réalités.» Le CRI-VIFF a également lancé un appel au gouvernement du Canada pour le maintien du Registre canadien des armes à feu, le registre étant un outil important de lutte contre les violences faites aux femmes au Canada. Le CRI-VIFF a été mis sur pied à la suite des événements tragiques survenus à l’École Polytechnique en 1989, lors desquels 14 jeunes femmes ont été assassinées.

Au nom du père

Comme tête d’affiche du colloque, les responsables de cet événement d’envergure avaient choisi Athanasia Mukarwego, l’une de ces «mères courages» du Rwanda qui ont travaillé à la reconstruction du pays après le génocide de 1994. C’est d’ailleurs cette femme courageuse, violée à répétition au cours des 100 jours qu’aura duré le massacre, qui a prononcé la conférence d’ouverture. Avec beaucoup  de dignité, Athanasia Mukarwego a pris la parole pour raconter l’expérience qui a fait d’elle une femme engagée pour la vie. Tout au long des deux jours du colloque, d’autres femmes briseront le silence et apporteront leur contribution scientifique, qu’elles soient chercheures, spécialistes ou intervenantes sur le terrain. Violences flagrantes dans certains pays d’Afrique où des femmes et des jeunes filles sont amenées à se donner à des hommes armés contre leur propre volonté dans le but de trouver une protection provisoire contre des abus sexuels. Cercle vicieux de la violence et de la pauvreté dans les communautés autochtones. Crimes d’honneur en Inde où le seul fait de lever les yeux sur un autre homme que le fiancé ou le mari peut valoir la mort à une femme. Esclavage des femmes immigrantes arrivant au Canada et qui, confrontées à de nouvelles réalités, vivent comme des fantômes sous la tutelle de leur mari. Traite des femmes en provenance d’Asie dont beaucoup finissent comme esclaves dans une usine de textiles ou dans un bordel. Mariage par correspondance, pièges refermés, destins scellés.

Honte aux agresseurs
Malgré tout, une lueur d’espoir illumine ce sombre tableau. Un peu partout dans le monde en effet, des voix d’hommes et de femmes s’élèvent pour protester contre la violence. Par exemple, aux États-Unis et en Australie, des groupes de personnes choisissent de «faire honte» à l’agresseur et assiègent sa maison, en tapant dans des chaudrons avec des cuillères. C’est la technique du shaming. «Au Québec et dans un autre ordre d’idées, la dénonciation publique des agresseurs sexuels a effectué de grandes avancées, constate Dominique Damant. On hésite de moins en moins à dénoncer car on comprend de plus en plus que la violence envers les femmes est tout à fait inacceptable. Lentement mais sûrement, nous avançons et les médias participent à cette percée.»

Soulignons que l’Institut national de santé publique a créé une trousse média visant la prévention de la violence conjugale. L’adresse: www.inspq.qc.ca/violenceconjugale 

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!