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Un milieu urbain tricoté serré

Dans sa thèse, Dale Gilbert montre l’évolution de la vie quotidienne, entre 1930 et 1980, dans le quartier populaire de Saint-Sauveur

Vue du quartier Saint-Sauveur vers 1940.
«Le quartier populaire de Saint-Sauveur, dans la Basse-Ville de Québec, était un quartier densément peuplé en 1941 avec plus de 40 000 habitants. Sur 2,6 kilomètres carrés, les résidents vivaient près les uns des autres, ce qui favorisait les sociabilités.»

En décembre dernier, Dale Gilbert a fait la soutenance de sa thèse de doctorat en histoire. Durant sa recherche, il a étudié l’évolution du quartier Saint-Sauveur au cours de la période 1930 à 1980 sous cinq volets: habiter, travailler, consommer, se divertir et s’entraider. Sa collecte d’information reposait en bonne partie sur les témoignages de 30 hommes et femmes qui ont vécu à cet endroit durant le demi-siècle à l’étude.

Fortement résidentiel, le quartier Saint-Sauveur était habité par une population presque entièrement canadienne-française, catholique et aux conditions de vie essentiellement modestes. L’écrivain Roger Lemelin, né dans ce quartier, l’a immortalisé dans son roman Les Plouffe publié en 1948. «L’univers social est dense lors des premières décennies de mon étude, explique Dale Gilbert, notamment en raison de la relative homogénéité de la population, des déplacements généralisés à pied et de l’offre diversifiée de la vie paroissiale.»

Selon le chercheur, la sociabilité commençait très tôt dans le quartier Saint-Sauveur. «Les logements relativement petits, dit-il, obligeaient les enfants à jouer dans la cour ou dans la rue où ils entraient en contact avec d’autres enfants.» Dans ce village urbain, les centres paroissiaux étaient de véritables centres nerveux de la vie locale. Ils sont demeurés actifs jusqu’au tournant des années 1950. «Une gamme variée d’activités, telles que spectacles, rassemblements, bingos, quilles et autres, était offerte dans les centres paroissiaux, indique Dale Gilbert, et cela, le jour et le soir, sur semaine et la fin de semaine.»

La sociabilité se manifestait aussi dans les situations de chômage et de maladie. «On voyait l’importance qu’avaient alors la famille et les voisins, raconte Dale Gilbert. Plusieurs membres de la famille habitaient à proximité et aidaient en donnant des vêtements et en offrant de l’hébergement. Les voisins pouvaient donner de la nourriture. Quant aux petits commerçants comme l’épicier ou le boucher, ils pouvaient faire crédit à plus long terme.»

L’univers social du quartier Saint-Sauveur commence à s’étioler à compter des années 1950. Comme ailleurs au Québec, la ville de Québec entre dans une longue période de mutations caractérisée notamment par l’exode résidentiel vers les banlieues, la fermeture de nombreux commerces et services, la popularité de l’automobile et l’apparition de nouvelles valeurs comme l’individualisme. En 2001, le quartier ne comptait plus que 16 000 résidents. «Ceux et celles avec qui on a grandi et qui ne sont plus là, cela crée un vide, souligne Dale Gilbert. Lorsqu’on abandonne l’épicerie du coin et le centre paroissial, l’univers social change. Il s’appauvrit.»

La très grande majorité des personnes interviewées a continué à demeurer dans ce quartier populaire. «J’ai découvert qu’ils avaient la volonté de rester dans “leur” quartier, explique Dale Gilbert. Ils disaient: “On aime nos voisins, on est attachés à la vie de la paroisse”. Malgré la perte de la vitalité locale, ces personnes âgées ont dit aimer leur paroisse comme avant.»

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