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Restructuration manufacturière

Le cadre réglementaire distinctif du Québec en matière d’emploi est compatible avec la production de produits à haute valeur ajoutée

Par : Yvon Larose
Le cadre réglementaire québécois en matière d’emploi nuit-il à la croissance des grandes entreprises d’ici? Cette question souvent discutée dans les débats publics nécessite d’importantes nuances, selon Jacques Bélanger, professeur au Département des relations industrielles. Codirecteur du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail, il est l’auteur, avec son confrère Gilles Trudeau, de la Faculté de droit de l’Université de Montréal, d’un article sur le sujet dans l’édition de l’été 2007 de la revue Relations industrielles/Industrial Relations. «Le cadre est progressiste, explique-t-il, mais il est viable surtout dans certains secteurs d’activité économique. Il faut en situer l’étude dans le contexte de l’intégration économique nord-américaine.»

Jacques Bélanger souligne que la concurrence s’avère difficile dans les secteurs de production standardisée, de la production de masse, relativement à des produits «matures». «Ces secteurs, précise-t-il, se caractérisent par d’importants coûts de la main-d’œuvre et par une valeur ajoutée faible.» Selon lui, le cadre réglementaire québécois en matière d’emploi ne nuit pas aux entreprises qui ont une main-d’œuvre qualifiée et qui sont actives dans les secteurs manufacturiers à haute valeur ajoutée comme la biotechnologie, le pharmaceutique, le multimédia, l’ingénierie ou l’aéronautique. «Cette différence, dit-il, s’explique par le fait que dans de tels secteurs, l’importance d’une main-d’œuvre qualifiée et d’une production appuyée sur la recherche et le développement (R et D) sont la condition de succès principale. Le cadre réglementaire québécois est compatible avec la production de produits de qualité, voire haut de gamme, lesquels exigent une main-d’œuvre qualifiée. Une telle main-d’œuvre, la R et D et le cadre réglementaire forment un tout.»

Dans leur étude, les deux chercheurs ont comparé le cadre réglementaire québécois en matière d’emploi à la réglementation du travail aux États-Unis. «Il y a des variations selon les États, indique Jacques Bélanger, mais on peut parler d’un modèle général. L’écart est assez considérable avec le cadre québécois, lequel apparaît très progressiste.»

Au sein de l’ensemble économique intégré nord-américain, le cadre réglementaire québécois en matière d’emploi se distingue fondamentalement du cadre américain, notamment par ses dispositions sur les conditions de travail, le contenu des avantages sociaux, l’équité, la protection sociale, la présence syndicale et l’intervention plus soutenue et plus généreuse de l’État.

Les deux chercheurs ont interviewé 22 présidents de division, directeurs d’usine et vice-présidents aux ressources humaines à l’emploi de 8 firmes québécoises. Tous sont impliqués dans les décisions stratégiques de leur entreprise. Chacune des sociétés administre un lieu de production au Québec et au moins un autre aux États-Unis. Ces compagnies œuvrent dans les produits finis de consommation, les ressources naturelles et la haute technologie. «Ces dirigeants estiment que la réglementation québécoise du travail ne permet pas d’être concurrentiel dans tous les secteurs d’activité ou dans tous les types de production», souligne le professeur Bélanger.

Jacques Bélanger croit que le modèle réglementaire québécois peut être préservé s’il est perçu comme un avantage comparatif dans les stratégies de développement économique du Québec. «Dans l’esprit de l’économie du savoir, dit-il, le gouvernement doit contribuer à améliorer la formation et la qualification de la main-d’œuvre. Il doit aussi encourager les activités de recherche et développement, ainsi que le développement des secteurs manufacturiers à haute valeur ajoutée.»

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