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La fin des faims?

Des chercheurs de la Faculté de médecine percent une partie du mécanisme d’action d’un coupe-faim naturel

Par : Jean Hamann
Une équipe de la Faculté de médecine est sur la piste d’une petite molécule produite naturellement par le corps, dont l’effet éteignoir sur l’appétit a de quoi faire saliver les entreprises pharmaceutiques intéressées au traitement de l’obésité. À l’occasion de la Journée de la recherche du Centre de recherche de l’Hôpital Laval, qui a eu lieu le 11 mai, Elena-Dana Baraboi, Chantal Michel et Denis Richard ont présenté à leurs collègues les résultats de travaux qui lèvent le voile sur une partie du mécanisme d’action de cette molécule.
   
Le peptide YY (PYY) est synthétisé par la partie distale du petit intestin à la suite d’un repas. Cette hormone atténuerait la sensation de faim, mais son effet sur la prise alimentaire reste controversé. Le PYY agirait directement sur le tube digestif – diminution de la motilité intestinale et des sécrétions gastro-intestinales et pancréatiques – mais aussi sur le cerveau, a expliqué l’étudiante au doctorat Elena-Dana Baraboi. Les chercheurs soupçonnaient le PYY d’atteindre le cerveau via la circulation sanguine en empruntant un passage moins étanche entre les deux systèmes qui se niche dans des structures cérébrales nommées organes circumventriculaires. Le cerveau compterait une dizaine de ces organes, dont deux qui sont riches en récepteurs de PYY en plus de posséder des terminaisons nerveuses qui les relient à l’hypothalamus, une région du cerveau qui joue un rôle dans la prise alimentaire. Ces deux organes seraient-ils les portes d’entrée empruntées par le PYY pour atténuer la sensation de faim?
   
Pour tirer la question au clair, les chercheurs ont pratiqué, sur des animaux de laboratoire, une intervention chirurgicale visant à rendre ces deux organes non fonctionnels. Une chirurgie fantôme, similaire en tout point à la première à la différence près que les deux organes ont été conservés intacts, a été pratiquée chez les rats d’un second groupe. Après deux semaines de récupération, tous les rats ont été privés de nourriture pendant 24 heures et, avant de les réalimenter, les chercheurs ont injecté du PYY à une partie d’entre eux. Résultats? Les rats du groupe chirurgie fantôme à qui on a injecté du PYY ont réduit leur consommation alimentaire pendant les deux premières heures suivant la réalimentation. De leur côté, les rats avec des organes circumventriculaires non fonctionnels ont conservé un appétit normal pendant la même période, «ce qui suggère que ces organes jouent un rôle dans le mécanisme central d’action du PYY», souligne Elena-Dana Baraboi.
   
Lorsque le PYY est combiné à l’albumine - une protéine présente dans le blanc d’oeuf, le lait et le sérum -, afin d’en prolonger la durée de vie dans l’organisme, l’effet anorexigène du PYY persiste pendant 24 heures. «Ces résultats suggèrent que le PYY conjugué à l’albumine constitue un produit potentiellement intéressant pour contrer l’obésité», conclut l’étudiante-chercheuse. Ce n’est toutefois pas demain la veille qu’on pourra se procurer du PYY en pharmacie pour perdre du poids, prévient Denis Richard. «Notre intérêt porte sur la compréhension du mécanisme d’action de cette hormone et nous en sommes encore au stade exploratoire. Il s’agit néanmoins d’une avenue intéressante qui attire déjà l’attention des entreprises.»

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