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Les maladies et l’hygiène buccodentaires: un enjeu de santé publique

Favoriser l’accès aux soins chez les communautés vulnérables ou éloignées, c’est la mission que s’est donnée la dentiste et professeure Aimée Dawson, qui a notamment dressé le portrait de la santé buccodentaire au Nunavik

Par : Manon Plante

Sur son vélo, Aimée Dawson se rend au Relais d’espérance, un centre de ressourcement et de services pour les personnes démunies ou vivant l’exclusion sociale, au cœur de Limoilou. C’est là que sont donnés les soins dentaires dont peuvent bénéficier les personnes qui fréquentent la clinique SPOT. Cette clinique de soins et d’enseignement offre gratuitement des services de santé aux personnes en situation de marginalisation ou de vulnérabilité. L’équipe soignante est formée de divers professionnels de la santé physique et mentale, dont des médecins, des infirmiers, des dentistes, des psychologues et même des vétérinaires. Le Relais d’espérance figure parmi les 7 organismes communautaires partenaires, où sont prodigués les soins.

«La clinique SPOT permet de lutter contre les inégalités sociales, déclare Aimée Dawson. Actuellement, c’est environ 30% de la population québécoise qui n’a pas accès aux soins buccodentaires. C’est un problème majeur dans notre société. Comme dentiste, j’ai le devoir d’agir et de changer les choses.»

La professeure Aimée Dawson devant le Relais d’espérance, un centre de services pour personnes vivant l’exclusion sociale dans Limoilou. C’est là que sont prodigués les soins dentaires de la clinique SPOT.

Cette professeure à la Faculté de médecine dentaire rappelle que la santé buccodentaire est intimement liée aux autres aspects de la santé. D’ailleurs, la clinique SPOT, qui a aussi pour mandat de former des étudiants, les sensibilise non seulement aux besoins particuliers des personnes vulnérables, mais aussi à l’importance de la collaboration interprofessionnelle entre les divers spécialistes des sciences de la santé et des sciences sociales. «La santé, c’est une réalité globale. Les soins dentaires en forment un volet, tout comme l’hygiène de vie, la santé mentale ou l’alimentation», soutient Aimée Dawson, qui a d’abord fait des études en santé publique avant de se spécialiser en médecine dentaire.

De l’Alabama au Québec

Née en Alabama, Aimée Dawson commence son apprentissage du français à l’école primaire, une matière qui lui plaît bien. À sa première année d’université aux États-Unis, elle choisit d’approfondir ses connaissances de la langue de Molière. «J’avais choisi pour concentration des études en langue et en littérature françaises et italiennes. J’aimais beaucoup ces cours», confie-t-elle. Dans son cursus, elle devait aussi suivre un cours dans une discipline scientifique. «J’aurais pu choisir un cours d’introduction aux sciences tout simple, mais j’avais opté pour un cours en neurosciences. Au bout de 3 ou 4 semaines, j’avais la piqûre pour cette matière. J’ai donc réorienté mes études en neurosciences», dévoile-t-elle.

À peu près à la même époque, Aimée Dawson fait la connaissance de la nouvelle conjointe de son père, une dentiste spécialisée en santé publique. «Avant de la rencontrer, l’image que je me faisais d’un dentiste était limitée: un professionnel qui travaille dans son cabinet, relativement seul. Tout à coup, une autre perspective de la profession m’apparaissait. Ma belle-mère a enseigné, fait de la recherche, travaillé en Europe. Grâce à ses travaux, un pont était créé entre la santé buccodentaire et la santé des populations. Ça m’a fasciné. Une telle carrière répondait à mes rêves et à mes aspirations!», témoigne-t-elle.

Aimée Dawson s’inscrit donc à une maîtrise en santé publique avant de commencer son doctorat en médecine dentaire. «J’ai fait mes études en Nouvelle-Angleterre et j’ai vraiment eu un coup de foudre pour ce coin de pays. Je me voyais travailler dans le Maine», avoue-t-elle. C’est l’amour qui viendra changer ses plans. «Alors que je faisais mon doctorat à Boston, dit-elle, j’ai rencontré mon conjoint, un Écossais d’origine ayant aussi la citoyenneté canadienne, qui travaillait à ce moment-là au Royaume-Uni. On a finalement décidé de s’établir au Canada.»

Pendant 5 ans, Aimée Dawson est professeure assistante à l’Université Dalhousie, à Halifax. Puis un poste qui correspond parfaitement à son profil s’ouvre à l’Université Laval. «À ce moment-là, il y avait beaucoup de publicité pour le 400e anniversaire de Québec. Les images de la ville étaient magnifiques et la vie y semblait stimulante. Mais étais-je prête à vivre en français? Pourquoi pas, me suis-je dit. Dans ma clinique à Halifax, il y avait des patients maghrébins et acadiens et j’en profitais pour pratiquer mon français avec eux», raconte-t-elle.

Sur l’Amundsen, à la rencontre des Nunavimmiut

Quelque temps après son arrivée à l’Université Laval, Aimée Dawson est sollicitée pour participer à une vaste enquête de santé publique, codirigée par Pierre Ayotte, professeur au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval. L’enquête Qanuilirpitaa? 2017 (Comment allons-nous maintenant? 2017) visait à dresser le portrait global de la santé physique et psychologique des habitants du Nunavik.

«Ce projet m’a tout de suite plu, affirme-t-elle. C’est un projet participatif dans lequel les communautés du Nord sont des partenaires. Nous, les chercheurs du Sud, avons seulement aidé à la collecte et à l’analyse des données. Maintenant, ce sont les communautés elles-mêmes qui tirent leurs propres conclusions de cet exercice et élaborent des stratégies de prévention en accord avec leur culture, leurs valeurs, leurs traditions et leur mode de vie.» 

Aimée Dawson devant le brise-glace de recherche NGCC <em>Amundsen</em>, sur lequel tous les patients partenaires sont montés pour passer une série de tests médicaux et répondre à des questionnaires.

En août 2017, une quarantaine de personnes prennent la mer sur le brise-glace de recherche NGCC Amundsen. Parmi elles se trouvent des experts médicaux, des techniciens de laboratoire et des professionnels de recherche, tous mandatés pour faire la lumière sur l’état de santé des Nunavimmiut. Pendant 7 semaines, le navire va à la rencontre des 14 communautés du Nunavik, de Kuujjuaraapik à Kuujjuuaq. En tout, 1326 Nunavimmiut âgés de 16 ans et plus montent à bord du bateau pour passer divers examens cliniques et répondre à des questionnaires sur leurs douleurs, leur passé médical, leurs habitudes de vie, leur expérience de la violence, etc.

L’équipe d’experts a rencontré les 14 communautés du Nunavik. L’<em>Amundsen</em> a notamment jeté l’ancre devant le village de Salluit.

«Le temps passé dans chaque village était compté. Les patients partenaires arrivaient sur le navire par canot ou hélicoptère et passaient d’un spécialiste à l’autre sans perte de temps. Tous les recoins du brise-glace étaient méticuleusement aménagés pour maximiser la recherche. La logistique de l’expédition était vraiment incroyable», indique-t-elle

Tous les recoins de l'<em>Amundsen</em> étaient judicieusement aménagés pour maximiser la recherche. On avait installé les deux petites salles d'examen de la clinique dentaire dans un un corridor.

À la suite de cette vaste enquête, 19 rapports ont été publiés sur différents aspects de la santé, dont l’usage de substance, la carence en fer et l’anémie ainsi que le logement et l’eau potable. Aimée Dawson, en collaboration avec la dentiste Chantal Galarneau de l’Institut national de santé publique du Québec, a rédigé celui sur la santé buccodentaire.

«Dresser le portrait de la santé buccodentaire d’une population, ce n’est pas seulement faire une liste de problèmes à régler. Il faut aussi souligner les côtés positifs. Par exemple, l’autoperception des Nunavimmiut de leur santé buccodentaire est bonne et ils souffrent peu de gingivite. De plus, 8 personnes sur 10 rapportent ne pas éprouver de douleur ni éviter des aliments. C’est très positif», observe la professeure Dawson. 

Toutefois, les examens cliniques ont aussi révélé une grande prévalence de la carie, mais dans une proportion relativement semblable au reste de la population québécoise. Même chose pour la proportion d’édentés, qui est similaire à celle qu’on trouve ailleurs au Québec.

Par contre, certaines différences ont aussi été notées. Près de 80% des Nunavimmiut ont des caries actives non traitées, probablement en raison d’une accessibilité plus difficile aux soins. De plus, il y a une proportion plus élevée de dents fracturées. On compte 45% des Nunavimmiut qui ont au moins une incisive endommagée ou absente en raison d’une blessure.

L’autoperception des Nunavimmiut de leur santé buccale est bonne et ils souffrent peu de gingivite. Toutefois, les examens cliniques ont aussi révélé une grande prévalence de la carie, mais dans une proportion relativement semblable au reste de la population québécoise.

«C’est un portrait qui comporte beaucoup de nuances et qui va permettre une belle planification des services. Avec ces données, les Nunavimmiut seront davantage en mesure de faire de la prévention et d’améliorer l’accessibilité à certains soins», affirme Aimée Dawson.

Prendre en compte la santé buccodentaire

La professeure Dawson travaille actuellement sur une autre enquête de santé publique, cette fois à l’échelle du Canada. Ce sera le premier portrait de la santé buccodentaire des Canadiens depuis 2007. «Souvent, la santé buccodentaire est omise des enquêtes de santé publique. Pourtant, il ne faut pas voir les soins dentaires comme quelque chose de séparé de la médecine. La bouche, c’est l’entrée du corps, c’est loin d’être un membre isolé. Tout est interrelié. Il y a des facteurs de risque communs pour l’obésité, la carie, les maladies buccales et les maladies cardiovasculaires. Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé reconnaît que les facteurs de risque ont généralement des effets sur plusieurs aspects de la santé», explique la dentiste.


« Souvent, la santé buccodentaire est omise des enquêtes de santé publique. Pourtant, il ne faut pas voir les soins dentaires comme quelque chose de séparé de la médecine. La bouche, c’est l’entrée du corps, c’est loin d’être un membre isolé. »
Aimée Dawson

Aimée Dawson se réjouit donc que les maladies et l’hygiène buccodentaires soient de plus en plus considérées comme un enjeu de santé publique au pays, surtout que le gouvernement Trudeau s’apprête à mettre en œuvre le programme de soins dentaires pour les familles proposé par le Nouveau parti démocratique. Dans ces circonstances, un portrait actuel et détaillé de la santé buccodentaires des Canadiens s’impose pour établir des paramètres sur les facteurs de risque et les liens avec la santé en général. On pourra aussi y évaluer l’accessibilité aux soins pour tous les groupes de la population, notamment les communautés plus marginalisées.

Des soins accessibles pour tous

L’accessibilité aux soins est vraiment une préoccupation constante pour Aimée Dawson, qui aime prêcher par l’exemple. Non seulement est-elle une dentiste très engagée dans la clinique SPOT, mais elle s’implique aussi activement dans la communauté. Depuis le mois de septembre, elle est membre de la Commission consultative pour une ville inclusive, un projet piloté par la Ville de Québec réunissant 10 personnes qui contribuent, par leurs activités professionnelles ou leur engagement citoyen, à favoriser l’accessibilité universelle, le vivre-ensemble et la diversité. Elle œuvre également au développement de la clinique ACCES de la Faculté de médecine dentaire. Cette clinique, qui offre des soins gratuits, est l’occasion pour les étudiants qui ont déjà reçu une formation clinique d’être sensibilisés à la prestation de soins auprès de clientèles plus marginalisées, comme des familles à faible revenu, des immigrants, des personnes avec un handicap physique ou intellectuel, etc.

Le partenariat entre Olympiques spéciaux Québec et la Faculté de médecine dentaire permet aux étudiants d’être mieux outillés pour traiter des clientèles différentes.

La clinique ACCES a créé un partenariat avec Olympiques spéciaux Québec, un organisme qui favorise, par la pratique du sport, l’inclusion sociale des jeunes présentant un handicap intellectuel. «Ce projet me tient particulièrement à cœur. Les étudiants de la clinique pratiquent un sport avec ces jeunes, gagnent ainsi leur confiance, puis les amènent à la clinique. C’est une façon de briser l’anxiété que peuvent vivre ces patients particuliers avant ou pendant un examen dentaire. Le sport permet aux personnes en situation de handicap intellectuel de voir le clinicien comme une personne et, réciproquement, les étudiants voient aussi ces patients comme des athlètes et des personnes. C’est un partenariat extraordinaire qui permet d’outiller les étudiants à la pratique de la médecine dentaire avec des clientèles différentes. C’est facile de traiter quelqu’un qui nous ressemble, mais il faut être capable de traiter avec dignité et empathie tous les patients, même ceux qui s’éloignent de la norme», conclut la professeure Dawson.

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