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Des arbres durement frappés par le gel tardif de mai 2021

Aucune lignée d'épinette blanche du Québec n'a résisté aux soubresauts du mercure observés lors de ce printemps hors norme

Par : Jean Hamann

Les arbres peuvent composer avec d'importantes variations de température, mais leur capacité d'adaptation a tout de même des limites. Des chercheurs québécois en apportent la preuve dans la revue Frontiers in Plant Science en décrivant les importants dommages survenus dans trois plantations expérimentales du Québec, à la suite des brusques changements de température qui ont marqué le printemps 2021.

Ces plantations sont situées dans l'ouest du Québec, à la hauteur du 46e, du 48e et du 49e degrés de latitude. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs y étudie la croissance d'arbres issus de semences provenant de différentes régions du Québec.

«L'idée est de sélectionner les lignées d'épinette les mieux adaptées aux conditions environnementales qui prévaudront dans les décennies qui viennent, explique Jean Bousquet, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt et chercheur au Centre d'étude de la forêt et à l'Institut de biologie intégrative et des systèmes de l'Université Laval. On veut que les 35 millions de plants d'épinette blanche mis en terre chaque année soient en mesure de composer avec les changements climatiques qui s'annoncent.»

Rappelons que les premières semaines de mai 2021 avaient été anormalement chaudes au Québec. Les températures plus élevées que la normale avaient fait en sorte que les bourgeons des épinettes blanches avaient éclos 10 jours plus tôt qu'à l'habitude. À la fin mai, par contre, le mercure avait plongé au-dessous de zéro pendant quatre nuits consécutives.

Deux jeunes épinettes blanches dont les nouvelles pousses ont été légèrement (à gauche) ou fortement endommagées par le gel au printemps 2021.

«Les bourgeons contiennent des phénols et des tannins qui les protègent du gel, mais ces métabolites sont dilués dans les jeunes pousses gorgées de liquide cellulaire. Ces dernières sont alors sans défense contre des gels sévères et leurs tissus sont brûlés par le froid», explique le professeur Bousquet.

Une équipe de recherche, dont fait partie Jean Bousquet, a évalué les dommages subis par 5376 jeunes épinettes blanches réparties sur les trois plantations expérimentales. Résultats? Les chercheurs ont constaté que 99,8% des arbres avaient été affectés par le gel. Plus les dommages étaient importants, plus la croissance des arbres a été affectée pendant l'été subséquent.

«On aurait pu croire que les plants issus de lignées plus nordiques allaient mieux résister au froid, mais ce n'est pas ce que nous avons observé, souligne le professeur Bousquet. Il semble que la sélection naturelle n'ait pas produit de lignées capables de résister à de tels soubresauts de température.»


« Nous ne pouvons même pas envisager la sélection d'arbres plus résistants à un gel tardif de la sorte parce qu'aucune lignée n'a résisté. »
Jean Bousquet

Selon le chercheur, les anomalies climatiques de la sorte deviendront plus fréquentes au cours des prochaines décennies et elles s'ajouteront aux autres stress climatiques comme la sécheresse. «Le printemps 2021 montre qu'il y a une limite à la capacité d'adaptation des arbres. Nous ne pouvons même pas envisager la sélection d'arbres plus résistants à un gel tardif de la sorte parce qu'aucune lignée n'a résisté. À défaut de mieux, nous allons tenter de sélectionner les lignées qui se remettent plus rapidement de ce stress.»

L'article paru dans Frontiers in Plant Science est signé par Lahcen Benomar et Mebarek Lamara, de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Jean Bousquet et Jean Beaulieu, de l'Université Laval, et Martin Perron, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

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