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Vie universitaire

École d’été au Nunavik: étudier les plantes, partager avec les humains

Récit photographique d’une semaine d’immersion dans la flore subarctique organisée par Sentinelle Nord, un croisement entre avancées scientifiques et savoirs autochtones

Par : Alexandra Perron
À gauche: Lors de l’école d’été, une récolte durable et responsable d’échantillons de végétaux a été réalisée dans une grande diversité d’écosystèmes, en amont du travail en laboratoire. À droite: Le Nord regorge d’une diversité étonnante de lichens. Plus de 20 espèces ont été récoltées et analysées.
À gauche: Lors de l’école d’été, une récolte durable et responsable d’échantillons de végétaux a été réalisée dans une grande diversité d’écosystèmes, en amont du travail en laboratoire. À droite: Le Nord regorge d’une diversité étonnante de lichens. Plus de 20 espèces ont été récoltées et analysées.

Se rendre à Whapmagoostui-Kuujjuarapik, au Nunavik, ne demande que deux heures trente de vol depuis Québec. Si le temps le permet. Une délégation d'une quinzaine d'étudiants de sept universités, accompagnés de chercheurs canadiens et européens, est restée prise à la centrale La Grande et a dû passer la nuit à Radisson en attendant que le brouillard se dissipe. L'arrivée aurait lieu 24 heures plus tard.

«La recherche nordique n'est pas un chemin linéaire. C'est l'aventure, selon la météo. Ça demande de ralentir le rythme et d'apprécier les choses pleinement», indique Marie-France Gévry, tout juste rentrée de son séjour à la mi-juillet. Elle est coordonnatrice des programmes de formation à Sentinelle Nord, la stratégie de l'Université Laval derrière cette école d'été pour étudier la chimie des produits naturels. C’est la cinquième expérience du genre en région subarctique ou arctique depuis 2018.

«Je n'ai jamais fait une école avec autant d'interactions avec les communautés, dit-elle en parlant des Cris et des Inuits, qui cohabitent à l'embouchure de la Grande Rivière de la Baleine, sur la côte de la baie d'Hudson. Ça témoigne d'une relation de confiance qui s'est établie au fil des ans», se réjouit-elle. La délégation a été accueillie par la communauté inuite de Kuujjuarapik, qui compte près de 800 habitants. En guise de bienvenue, ils avaient préparé un pique-nique, une tradition locale pour se voir et échanger.

Paysage dans lequel les participants à l'école d'été ont vécu une immersion nordique, aux abords de la baie d’Hudson.

Le professeur, chimiste et chercheur Normand Voyer leur réservait pour sa part une activité olfactive qui consistait à deviner l'odeur des huiles essentielles en bouteille: de l'épinette à la citronnelle, en passant par le beurre et la barbe à papa! Le tout capté par le photographe documentariste Renaud Philippe, qui était du voyage pour une résidence artistique.

Lors du pique-nique organisé par la municipalité de Kuujjuarapik, Normand Voyer a réalisé une animation scientifique sur le thème de l’olfaction. Les personnes sur place ont été mises au défi de reconnaître l'odeur d'une dizaine d'huiles essentielles.

Un peu plus tard, le professeur Voyer a fait une présentation sur le thé du Labrador, alors qu'une dame inuite a apporté des plantes et expliqué comment les cônes d'épinette soulagent les maux de dents et de tête.

Normand Voyer, lors de sa conférence sur le thé du Labrador, au Katittavik Center de Kuujjuarapik. Il y a présenté ses travaux de recherche en cours et ouvert un dialogue avec des membres des communautés cries et inuites pour entendre leurs perspectives et leurs savoirs.
Lors de la présentation au Katittavik Center, Lizzie a partagé certains savoirs autochtones avec les étudiants du groupe en montrant des échantillons récoltés en matinée.

«On a des savoirs différents. En apportant nos perspectives scientifiques dans un cadre informel, on facilite la rencontre de ces savoirs, dans le plaisir et le respect», expose Marie-France Gévry.

Écoute, ouverture, humilité

Les étudiants ont eu de multiples occasions de discuter avec des membres des communautés locales, alors que la plupart d'entre eux n'avaient jamais mis les pieds dans le Nord ni côtoyé de premiers peuples, mentionne la coordonnatrice en saluant leur savoir-être. Elle ajoute que pour participer aux écoles doctorales internationales de Sentinelle Nord, les personnes sélectionnées doivent faire preuve d'humilité, de curiosité, d'ouverture à d'autres disciplines et à autre chose que les savoirs scientifiques, d'écoute active, d'esprit d'équipe, de flexibilité (météo oblige!), et avoir «une pensée complexe aiguisée pour donner du sens à l'ensemble des connaissances acquises».

Ces échanges avec les communautés ont profondément marqué Emmanilo Delar, qui fait un doctorat à l'Institut national de la recherche scientifique sur la synthèse de composés phénoliques glycosylés. «Ce qui m'a laissé une forte impression, ce sont les similitudes culturelles entre là-bas et chez moi», dit cet étudiant originaire de Guyane française.

Cueillette de plantes et gestion responsable

Outre l'expérience humaine, le séjour comprenait un programme scientifique sur la diversité chimique et biologique de la flore subarctique et sur la façon dont elle réagit aux changements climatiques. «On a fait beaucoup d'excursions sur la toundra et dans divers autres écosystèmes, comme ceux affectés par des feux de forêt, pour aller récolter des plantes et extraire en laboratoire les métabolites volatiles et non volatiles», souligne Marie-France Gévry.

Début du procédé d’extraction de l’huile essentielle de feuilles du thé du Labrador récoltées sur le terrain.

Les écosystèmes de Whapmagoostui-Kuujjuarapik sont particulièrement riches et variés, situés dans une zone où le pergélisol est plus stable et la dynamique de la végétation, assez importante. À cette latitude, la composition chimique de certaines espèces varie selon les stress environnementaux subis. Le Centre d'études nordiques y a d'ailleurs établi un complexe de recherche dans les années 1970. Du 9 au 16 juillet, il grouillait d'étudiants et de chercheurs en biologie, en chimie, en sciences pharmaceutiques, en géographie, en économie écologique et en sociologie. Ce volet interdisciplinaire, à la base des activités de Sentinelle Nord, a beaucoup plu à Emmanilo Delar, qui a fait le plein de connaissances à travers des conférences, des présentations et des échanges avec les autres participants.

La formation offerte dans un cadre interdisciplinaire a notamment permis aux jeunes chercheurses et chercheurs de se familiariser avec l’écologie subarctique et aux méthodes pour mesurer l’effet de certains stress environnementaux sur la croissance des arbres.

L'un des objectifs du séjour était aussi de faire tout ce travail de cueillette, d'étude et de réflexion dans un souci de gestion durable et responsable des ressources, dans le contexte d'un environnement en changement. «À travers nos écoles d'été, nous tentons de former la nouvelle génération de chercheurs aux bonnes pratiques en recherche nordique, à les sensibiliser aux multiples formes de savoirs, et à développer une vision plus complète de leur recherche», indique Marie-France Gévry.

Baseball cri et grillades

L'expérience n'aurait pas été complète sans une baignade saisissante dans la rivière et la baie, mais surtout sans une épique partie de baseball cri, un mélange de baseball et de ballon chasseur, décrit la coordonnatrice. 

Une partie de baseball cri a permis d’entrer en contact avec les jeunes de la communauté de Whapmagoostui dans un esprit festif et convivial.

La Première nation de Whapmagoostui, qui compte un peu plus de 1000 membres, avait préparé un grand événement sur le site de leur rassemblement annuel pour clôturer l'école d'été. Étudiants et chercheurs ont été invités à préparer un repas traditionnel, à apprêter la banique, les viandes d'oie et de caribou, à les glisser sur des branches et à les mettre à cuire sur le feu.

À gauche: Lors de la soirée de clôture, les participants ont été invités à préparer un repas de manière traditionnelle avec des membres de la Première Nation de Whapmagoostui. Arianne Barrette prépare ici une viande d’oie sauvage à griller avec Elizabeth, une aînée crie. À droite: Banique, viandes d’oie et de caribou grillées sur le feu ont fait le bonheur de tout le monde.

«Il faisait chaud, mais il n'y avait pas de mouches, raconte en riant Marie-France Gévry. On a mangé de façon traditionnelle, en faisant circuler les plats dans le sens des aiguilles d'une montre. C'était super bon!» 

En signe de reconnaissance aux communautés, avant de partir, le groupe a tenu à faire sa part en récoltant des déchets à la plage. «Les écoles doctorales de Sentinelle Nord tentent de promouvoir des façons de faire de la recherche autrement, de manière interdisciplinaire, éthique, responsable et humaine», résume la coordonnatrice, qui trouve incroyable d'avoir un travail aussi dépaysant et enrichissant.

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