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Dépression: des différences dans le cerveau des femmes et des hommes

Les altérations de la barrière du cerveau sont localisées dans des endroits distincts chez la femme et chez l'homme

Par : Jean Hamann

Une équipe de l'Université Laval pourrait avoir découvert pourquoi la dépression majeure affecte différemment les femmes et les hommes. Les analyses que cette équipe a effectuées sur des cerveaux de personnes qui, au moment de leur décès, étaient atteintes de dépression ont révélé la présence d'altérations dans la barrière du cerveau, mais ces altérations étaient localisées dans des régions cérébrales différentes selon le sexe. Les travaux de cette équipe, qui sont publiés aujourd'hui dans Nature Communications, ont aussi permis d'identifier un biomarqueur potentiel de la dépression chez les femmes.

«Il existe d'importantes différences entre les hommes et les femmes dans la dépression, rappelle la responsable de l'étude, Caroline Ménard, professeure à la Faculté de médecine et chercheuse au Centre de recherche CERVO. Chez la femme, cette maladie est deux fois plus fréquente, les symptômes sont différents et la réponse aux antidépresseurs n'est pas la même que chez l'homme. Nos travaux visaient à cerner les causes de ces différences.»

Dans une étude antérieure, l'équipe de la professeure Ménard avait montré qu'un stress social prolongé réduisait l'étanchéité de la barrière hématoencéphalique – qui sépare le cerveau et la circulation sanguine périphérique – chez des souris mâles. Ces changements, attribuables à la perte de la protéine claudine-5, se manifestaient dans le noyau accumbens, une région du cerveau impliquée dans le contrôle des émotions et dans la récompense. Les chercheurs avaient fait les mêmes constats en examinant des cerveaux d'hommes atteints de dépression au moment de leur décès.

En répétant cette expérience chez des souris femelles, la professeure Ménard et ses collaborateurs ont découvert que les altérations de la barrière du cerveau causées par la perte de la claudine-5 étaient localisées dans le cortex préfrontal. Ils sont arrivés au même constat en examinant le cerveau de femmes atteintes de dépression au moment de leur décès. Chez les hommes toutefois, la barrière hématoencéphalique du cortex préfrontal n'était pas touchée.

«Le cortex préfrontal est impliqué dans la régulation de l'humeur, mais aussi dans l'anxiété et la perception de soi, souligne la professeure Ménard. Cette région n'est pas altérée chez les souris mâles soumises à un stress chronique ni chez les hommes atteints de dépression. Ces résultats suggèrent que le stress chronique altère la barrière du cerveau différemment selon le sexe.»

En poussant plus loin leur investigation, les chercheurs ont découvert un marqueur sanguin lié à la santé de la barrière du cerveau. Ce marqueur, la sélectine E soluble, est une molécule inflammatoire dont le niveau est plus élevé dans le sang de souris femelles stressées. Elle est aussi présente dans des échantillons de sang de femmes atteintes de dépression, mais pas dans celui des hommes.


« Il pourrait servir au dépistage et au diagnostic de la dépression. On pourrait aussi y recourir pour mesurer l'efficacité des traitements existants ou de traitements en développement. »
Caroline Ménard, au sujet du biomarqueur de la dépression chez la femme découvert par son équipe

«Encore aujourd'hui, le diagnostic de la dépression se fait par le biais de questionnaires, constate Caroline Ménard. Notre groupe est le premier à montrer l'importance de la santé neurovasculaire dans la dépression et à proposer la sélectine E soluble comme biomarqueur de cette maladie. Il pourrait servir au dépistage et au diagnostic de la dépression. On pourrait aussi y recourir pour mesurer l'efficacité des traitements existants ou de traitements en développement. Avant d'en arriver là, il faudra toutefois mener des études cliniques sur de larges cohortes pour en confirmer la fiabilité. Ces avancées n'auraient pas été possibles sans le concours des personnes et des familles qui contribuent à la Banque de cerveaux Douglas Bell Canada et à la Banque Signature de Montréal.»

Les autres membres de l'Université Laval qui signent l'article dans Nature Communications sont Laurence Dion-Albert, Alice Cadoret, Ellen Doney, Fernanda Neutzling Kaufmann, Katarzyna A. Dudek, Béatrice Daigle et Manon Lebel.

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