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Vie universitaire

L’homme qui voulait aider  

Le président du CA de l’Université, Jean St-Gelais, ajoute à ses fonctions en gouvernance en prenant les commandes du CA de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Parcours d’un leader discret qui a toujours fait du service public son moteur.  

Par : Brigitte Trudel – Collaboration spéciale

«J’aurais pensé qu’elle serait un peu plus tranquille, admet l’économiste à propos de sa "retraite", une pointe d’amusement dans la voix. Mais si je peux continuer à être utile…» 

En juillet 2020, Jean St-Gelais quittait son poste de PDG de La Capitale assurance et services financiers. Le dernier chapitre d’une vaste carrière débutée en tant qu'agent de recherche à la Banque du Canada. Puis, poursuivie durant plus de 30 ans comme haut fonctionnaire au sein de l’appareil public. Il y a occupé plusieurs fonctions stratégiques, dont celle de secrétaire général et greffier du Conseil exécutif à deux reprises. Il a également été PDG de Revenu Québec et de l’Autorité des marchés financiers.  

Le lien entre tous ces jalons professionnels?  «Être au service de la population et de la société», répond-il. Aujourd’hui, il préside «seulement» trois conseils d’administration. Tous, dit-il, s’inscrivent dans cette vision. Aux deux déjà nommés s’ajoute celui de Beneva, née du regroupement de La Capitale et de SSQ. «Ces CA sont rattachés à des organisations phares de notre société. La Caisse assure une saine gestion de l’épargne de 6 millions de Québécoises et Québécois. Beneva est une mutuelle, la plus grande du Canada, bâtie sur des valeurs de communauté.»  

Être un phare, c’est aussi vrai de l’Université, peut-être davantage, dit-il. «Son rôle est primordial. Elle sert d’ancrage parce qu’elle est au début de la chaîne. Elle forme l’avenir.»  

Servir, une constante 

Originaire du Saguenay, Jean St-Gelais choisit, après le cégep, d’étudier les sciences économiques à l’Université Laval. «J’aimais l’idée qu’une saine gestion des finances publiques et des politiques monétaires puisse contribuer à améliorer la société», explique-t-il. 

En 1982, lorsque le diplômé quitte le campus, son baccalauréat en poche — il détient aussi une maîtrise de l’Université Queen’s dans le même domaine —, il est loin d’imaginer qu’il dirigera son CA 40 ans plus tard. «Les rouages de la direction m’étaient alors inconnus», admet-il.  

Ses années d’expérience en ont fait un gestionnaire et un administrateur aguerri, quoique modeste. Ce n’est pas faute d’avoir piloté des dossiers qui ont marqué le Québec. Parmi eux, l’introduction de la taxe de vente, la mise en place d’une stratégie pour lutter contre l’évasion fiscale, la refonte du régime minier, la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly 2, la création de l’Autorité des marchés financiers et de Retraite Québec. L’homme ne manque pas de mentionner l’importance du travail d’équipe pour faire avancer de tels chantiers. Il a aussi planché, avec ses collaborateurs, sur des initiatives comme la création de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, le financement de logements sociaux, la Loi contre la pauvreté et l’exclusion sociale et l’engagement dans l’aide aux victimes de la tragédie de Lac-Mégantic. 

Des chiffres et des humains 

Dans l’optique de ce spécialiste des finances, les chiffres ont un visage humain et peuvent aller de pair avec des termes comme diversité, équité et inclusion. Pour preuve, une autre réalisation à laquelle il a grandement contribué: la conclusion de la Paix des braves avec la nation crie, dont on souligne les 20 ans cette année. L’accord qui porte sur la gestion des ressources naturelles de la Baie-James a été négocié par Bernard Landry, dont il était le bras droit à l’époque.  

«Beaucoup de paternalisme perdurait dans cette affaire. Or, il ne faut pas prétendre tout savoir à la place des autres. Au contraire, il s’agit de fixer ensemble des projets communs où tout le monde peut trouver son compte. C’est comme ça que nos liens avec les Cris sont passés du respect, à la confiance, à l’amitié. C’est une formule gagnante qui peut inspirer encore aujourd’hui.» 

Participer au mieux-être de la communauté se fait aussi beaucoup par la philanthropie pour Jean St-Gelais. Il épouse notamment des causes comme Leucan, la Fondation Véro & Louis et Centraide dont il assure la coprésidence de la campagne 2021 dans Québec et Chaudière-Appalaches. Au-delà de l’argent versé, il convient, là aussi, d’aller à la rencontre de l’autre. «On réalise alors à quel point les personnes touchées sont plus près de nous qu’on le croit.» 

Sa longue feuille de route a valu au diplômé de nombreuses récompenses dont le prix Hommage de l’Institut d’administration publique de Québec en 2015, le prix Grand diplômé de son alma mater en 2106 et la médaille de la Ville de Québec en 2020 pour son engagement exceptionnel envers la communauté. 

L’université de demain  

Cela dit, de toutes les sphères explorées dans sa carrière, Jean St-Gelais considère que son expérience à la gouvernance de l’Université est unique. «J’en bénéficie énormément.» Membre régulier en 2019, vice-président, puis président depuis juin 2020, il s’étonne encore, à mi-mandat, de la variété des thèmes à l’ordre du jour lors d’une séance. «Les sujets sont très variés. Ils vont de l’administration à la recherche, en passant par la pédagogie. Lorsqu’on s’y penche, le meilleur intérêt des employés, des étudiants et de l’établissement doit être pris en compte.» Signe d’une organisation riche, mais complexe. Ce qui ajoute à cette complexité? «Une université, ce n’est pas une entreprise. Ses résultats ne se mesurent pas au rendement financier, mais à l’atteinte de l’excellence. Or, l’excellence ne se reconnaît pas à court terme, mais bien sur une longue durée.» 

Les meilleures façons d’y parvenir? «Joindre nos forces pour donner à nos professeurs les coudées franches quant à la liberté intellectuelle. C’est primordial pour être à l’avant-garde. Et tabler sur la transparence. Quand l’Université rayonne comme modèle en ce sens, toute la société en ressort gagnante.» 

Des visées essentielles, croit le président, pour définir l’université de demain, celle de l’après-pandémie. Cette définition est l’un des enjeux majeurs auquel l’établissement fait face. «La question est cruciale parce que les gens que nous formons sont ceux qui se pencheront sur les grands défis d’avenir. Comment concilier le développement économique et l’environnement? Comment vivre dans une société qui doit assurer une meilleure intégration de tout le monde?» 

Dans cette réflexion, le concours des générations montantes est indispensable, affirme Jean St-Gelais. Leur apport est rafraîchissant. Mais pour découvrir leurs solutions novatrices, il faut pouvoir les entendre. «On déplore le manque de main-d’œuvre partout, mais on pèse sur le frein quand vient le temps de faire confiance aux jeunes. Dans mon cas, j’ai été chanceux. Ma rencontre avec Bernard Landry a été déterminante. Je n’avais pas d’expérience et il a cru en moi.»  

En outre, les membres de la relève ne doivent pas hésiter à prendre leur place et à foncer. Avec comme moteur, plutôt que des ambitions personnelles, l’ouverture d’esprit et le désir d’aider les autres. «Je n’ai jamais eu de plan de carrière, mais j’ai le sentiment d’avoir rendu service.» 

Sans doute le chemin à suivre pour participer au mieux-être de la société de demain. 

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