
Linda Hanna et un groupe de Soudanaises lors d'une séance de formation sur les cuiseurs solaires offerte dans un camp de réfugiés au Tchad.
— Sylvain Djimadoumnodji
Pour réaliser ce rêve, elle s'inscrit d'abord en sciences infirmières au cégep. Après deux années d'études, elle s'arrête. «La formation était trop axée sur les soins du corps; je voulais retourner au caractère social de la santé, mon premier amour.» Linda considère que la façon la plus directe et la plus belle d'aider les gens, c’est de s'occuper de leur santé. Et pour que cette aide produise des effets durables, elle trouve indispensable de veiller aussi bien à leur santé psychologique qu'à leur santé physique.
Se lancer!
Après un baccalauréat en enseignement du français langue seconde, un certificat en intervention communautaire et familiale à l’Université du Québec à Montréal et un microprogramme en santé communautaire à l’Université de Montréal, elle décide de partir sur le terrain. «Je me suis dit que si je ne me lançais pas à ce moment-là, je ne le ferais jamais!» Elle répond alors à une annonce de Care Canada trouvée sur Internet et elle part en mission humanitaire au Tchad où elle devient gestionnaire de deux camps de réfugiés soudanais.
C'est le coup de foudre. «À la fin de ma mission, je ne voulais pas abandonner les personnes que j'avais connues là-bas. Je voulais approfondir mes relations avec elles, savoir ce qui leur arrivait.» La situation difficile des femmes dans ces camps est ce qui l’a le plus touchée au cours de son expérience. Ces dernières subissent la violence physique, morale et sexuelle et sont particulièrement vulnérables lorsqu'elles sortent faire la cueillette de bois mort, la seule source d'énergie pour la cuisine et le chauffage.
Des fours solaires
Le destin fait bien les choses. Peu de temps avant la fin de sa mission, elle rencontre un retraité néerlandais qui propose alors au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, l'organisme responsable des camps, un projet de four solaire, c’est-à-dire une structure pliable et réfléchissante qui concentre les rayons du soleil vers un point central où sont placés les aliments à cuire. «Ce n'est pas une solution miraculeuse, mais c'est quand même une très bonne idée, commente-t-elle, car le soleil est présent 330 jours par année au Tchad.» Les fours solaires permettent de limiter l’usage du bois, et donc de ralentir la désertification de la région, et ils évitent d'avoir à sortir du camp et de se retrouver dans une situation dangereuse. De plus, comme il n'y a pas de risque que les enfants se brûlent, les femmes peuvent vaquer à d’autres occupations durant la cuisson. Toutefois, la «boîte magique», faite de carton et de papier d’aluminium, a mis du temps à être acceptée par les communautés en raison de son apparente fragilité et du fait qu'elle exige un temps de cuisson plus long: au lieu de 20 minutes, le repas peut mettre deux heures à cuire. «Malheureusement, les gens là-bas n’ont pas le luxe de choisir, ils font avec ce qu’ils ont ou avec ce qu’on leur donne», explique-t-elle.
À son retour au Québec, Linda Hanna entreprend des démarches pour s'inscrire à la maîtrise en santé communautaire afin d'étudier sérieusement la question de l'acceptation des fours solaires par les populations locales. L’Université Laval est alors le seul établissement universitaire qui ouvre ses portes à cette femme au parcours atypique. Son essai traite des conditions favorisant l’adoption des fours solaires dans le camp de réfugiés d'Iridimi dans l'est du Tchad, mais sa portée est plus vaste encore: il peut aussi aider les ONG à mieux comprendre comment les populations locales s'approprient ces nouvelles technologies, une étape essentielle pour que des projets du genre aient un lendemain après le départ des travailleurs humanitaires.
Linda Hanna travaille désormais à titre de consultante pour Jewish World Watch, l'organisme qui a repris le projet de cuiseurs solaires. Deux fois par année, elle va prêter main-forte aux ONG locales et aux femmes qui ont été formées pour assurer l'implantation des cuiseurs. Elle tente également de faire connaître ces fours dans d'autres camps de réfugiés et dans des villages. «Le rêve d’aider les autres cause parfois quelques désillusions, confie-t-elle. Ce n’est pas toujours aussi rose qu’on l’imagine.» Elle avoue que beaucoup de gens font de l’humanitaire de façon intéressée, soit pour l’image, soit pour l’argent. L’horreur, c’est que certains ont tout intérêt à faire durer les crises humanitaires. Elle garde cependant l’espoir d’un monde meilleur et souhaite être utile aux autres. «Cela m’anime encore aujourd’hui, résume-t-elle. Mon cœur est toujours là.»

























