Société

Chemins de la mémoire

Une étude se penche sur la mise en valeur mémorielle de la Première Guerre mondiale en France et en Belgique

Le cimetière militaire franco-australien de Villers-Bretonneux. Cette petite ville possède également un mémorial et un musée consacrés aux soldats français et australiens.
De quelle manière le tourisme peut-il contribuer à la transmission de la mémoire? C'est avec ce questionnement en tête que la professeure Pascale Marcotte, responsable scientifique de la Chaire de recherche en partenariat sur l'attractivité et l'innovation en tourisme au Département de géographie, a participé, entre 2013 et 2016, à un ambitieux projet de recherche franco-québécois axé sur le tourisme de mémoire. Avec une vingtaine de professeurs et d'étudiants, elle a mené une enquête de terrain dans le nord de la France et dans la partie occidentale de la Belgique. Ces territoires, un siècle auparavant, ont été le théâtre d'un événement historique considérable caractérisé par la perte de millions de vies humaines: la Première Guerre mondiale. Les chercheurs ont fait leur cueillette de données en visitant des dizaines de cimetières militaires, de musées, de parcs commémoratifs et de monuments et en interrogeant leurs gestionnaires. En 2017, Pascale Marcotte et Jean Martin, un des membres de l'équipe de chercheurs et historien au ministère de la Défense nationale du Canada, ont publié un article scientifique reprenant une grande partie des résultats de la recherche. L'article a paru dans l'ouvrage collectif Commercial Nationalism and Tourism: Selling the National Story.

«Au mois de septembre 2017, je suis retournée dans le nord de la France, rappelle Pascale Marcotte. J'ai visité certains sites commémoratifs de la guerre de 14-18, dont des sites construits et ouverts au public depuis peu, à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre. Parmi eux, le nouveau centre d'interprétation de la crête de Vimy financé par le Canada. Le nord de la France continue à investir dans la mise en valeur de ce passé tragique. Les autorités tiennent plus que jamais à transmettre la mémoire associée à cette guerre.»

La catastrophe qu'a été la Première Guerre mondiale a marqué à jamais le nord de la France et la Flandre belge. Dans ces régions, les soldats canadiens ont combattu aux côtés des Britanniques. Les hostilités ont fait plus de 50 000 morts dans leurs rangs. À lui seul, l'organisme chargé de l'entretien des cimetières militaires des pays membres du Commonwealth, comme le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie, gère plus de 800 cimetières en France et près de 200 autres en Belgique. Des douzaines de monuments jalonnent le territoire. Chaque année, les visiteurs britanniques se rendent en grand nombre dans ces régions. En fait, les Britanniques et les visiteurs originaires des anciens dominions y représentent la majorité des touristes.

Dans l'offre touristique régionale, les musées et les centres d'interprétation français et belges racontent l'histoire de la Grande Guerre. Ils abordent notamment l'expérience de guerre des soldats du Commonwealth et celle des populations civiles. Les civils français et belges ont vécu différentes formes de restrictions, l'évacuation de villages et de villes, l'occupation allemande et la reconstruction de villes détruites.

Dans la ville de Péronne, l'Historial de la Grande Guerre montre une approche équilibrée en accordant leur juste part à tous les belligérants, Allemands inclus. Même chose à Ypres, en Belgique, au In Flanders Fields Museum. «À Péronne, souligne la professeure Marcotte, on ne veut pas tomber dans l'émotion. On présente l'histoire de manière plus froide, plus cérébrale.»

Cela dit, toujours en Flandre, à Zonnebeke, le Musée mémorial de Passchendaele illustre, de son côté, les nouvelles tendances dans l'interprétation de la Première Guerre mondiale. «Le musée propose une visite immersive basée sur l'émotion et l'implication physique du visiteur dans l'histoire qu'on souhaite lui raconter, explique-t-elle. On y a notamment recréé des tranchées pour permettre aux visiteurs de “ressentir” l'expérience des soldats.»

Du 9 au 12 avril 1917, l'armée canadienne a livré et remporté une importante bataille face à l'armée allemande qui occupait la crête de Vimy. Ce fait d'armes, qui aurait eu comme conséquence symbolique la fondation du Canada comme nation sur le plan international, a été commémoré presque 20 ans plus tard par le dévoilement d'un impressionnant monument. La structure est composée de deux pylônes blancs s'élevant vers le ciel. Ils représentent le Canada et la France. Vingt figures allégoriques sculptées, représentant notamment la paix, l'honneur et l'espérance, ornent ce mémorial.

«La France a cédé de vastes terrains aux pays qui ont combattu à ses côtés afin qu'ils honorent leurs morts sur place, indique Pascale Marcotte. Le parc du mémorial de Vimy couvre 91 hectares. L'endroit attire plus de 200 000 visiteurs chaque année.»

L'Australie a conservé de solides liens avec la petite ville de Villers-Bretonneux. Le gouvernement y a érigé un mémorial après la Grande Guerre. Des morts australiens partagent le même grand cimetière militaire local que des soldats français. Et l'on trouve un musée franco-australien en ville. «Ce musée est très touchant, dit-elle. Il a été aménagé au-dessus d'une école primaire. On veut que les enfants de l'endroit connaissent cette histoire. Aujourd'hui, on trouve de moins en moins de personnes qui ont vécu la guerre de 14-18. Les enfants peuvent agir comme relais et garder vivants des morceaux de mémoire de leurs grands-parents. En 2018, l'Australie ouvrira un centre d'interprétation à Villers-Bretonneux.»

guerre mondiale

29 octobre 1917, près de Hooge, en Belgique, durant la bataille de Passchendaele. Des soldats australiens circulent sur une passerelle en bois.

Photo: James Francis Hurley / State Library of New South Wales

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