Société

Bienvenue au Djihadistan

L’Irak est devenu un terreau fabuleux pour la nébuleuse terroriste

Par : Pascale Guéricolas
Depuis les événements du 11 septembre 2001, le terrorisme constitue une des grandes peurs en Amérique du Nord, une peur souvent alimentée par les alertes lancées régulièrement par le gouvernement américain. Plusieurs des invités à la rencontre de Participe présent, le lundi 3 décembre dernier au Musée de la civilisation, ont nuancé ce phénomène de peur en décortiquant ce qui ressemble plus à une nébuleuse qu’à une organisation hiérarchisée. Dans un premier temps, Benoît Gagnon, codirecteur de l’ouvrage collectif Repenser le terrorisme: concepts, acteurs et réponses (PUL), a rappelé, statistiques à l’appui, qu’environ 50 000 personnes ont trouvé la mort depuis 1968 dans des attentats alors qu’en une seule année, on déplore à peu près autant de victimes de la rage canine. Un chiffre visant à démontrer que la menace terroriste s’avère largement exagérée d’un point de vue comptable. Au fil des ans, 11 septembre mis à part, c’est l’augmentation du nombre d’attentats nationaux qui saute aux yeux, des attentats qui visent de plus en plus les civils et non des cibles militaires. Conséquence, le coût en dégâts matériels chute depuis les années 80 et 90.
   
L’Irak constitue d’ailleurs un exemple frappant de la montée en puissance d’éléments armés frappant les populations de façon aveugle. Pour la journaliste au Nouvel Observateur, Sara Daniel, l’intervention américaine dans ce pays l’a transformé en «Djihadistan», où les groupuscules les plus divers se mènent une lutte fratricide. «On crée des terroristes à la pelle en Irak, affirme l’auteure de Voyage au pays d’Al-Qaïda, sans parler du front afghan qui se développe et du problème des zones tribales au Pakistan.» Difficile dans de telles conditions d’attribuer la violence dans la région seulement à Al-Qaïda, car ce mouvement n’a rien d’une organisation hiérarchisée, avec un chef à sa tête et une série de sous responsables. «Il s’agit davantage d’un label permettant à certains groupes d’avoir davantage de visibilité lors des attentats afin d’attirer le regard des médias et des financiers qui les soutiennent, confirme Aurélie Campana, la titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme à l’Université Laval. De petites cellules se forment, s’assemblent, puis s’éloignent, et bien souvent les membres d’un même réseau ne se connaissent pas.»
   
De tels groupes recrutent fréquemment dans les rangs d’une population éduquée en mal de repères, comme l’a constaté Nicole Schwartz-Morgan, professeure au Département de politique et d'économique du Collège militaire royal du Canada. À l’entendre, une véritable guerre des mots a lieu sur Internet, car de très nombreux jeunes musulmans s’informent quasiment exclusivement en lisant des sites religieux extrémistes. Les textes publiés se réfèrent au passé, aux archétypes et offrent le réconfort du soutien du groupe, au moment même où l’humanité toujours plus mondialisée cherche son centre. Déboussolés face aux changements majeurs que vit le monde contemporain, certains se radicalisent au contact d’une parole rassembleuse, note la coauteure du Manuel de recrutement d’Al-Quaïda publié au Seuil.

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