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Recherche partenariale en contexte autochtone

La doctorante Élisa Gouin a participé à la finale internationale du concours Mon projet nordique à Reykjavik, dans le cadre de l’assemblée annuelle de l’Arctic Circle

Assemblée générale du partenariat de recherche Habiter le nord québécois à Ulamen-Shipit, sur la Côte-Nord, en 2017. Depuis plus de 20 ans, l’École d’architecture de l’Université Laval mène des activités participatives axées sur l’aménagement urbain et l’architecture de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam.

Élisa Gouin a entrepris des études doctorales en architecture il y a un an. Son sujet de recherche porte sur la recherche partenariale en contexte autochtone. Plus tôt ce mois-ci, elle a présenté les grandes lignes de son projet à Reykjavik, en Islande, en marge de l’assemblée annuelle de l’Arctic Circle, la plus grande conférence internationale sur l’Arctique.

Sa présentation s’est déroulée dans le cadre de la finale internationale du troisième concours Mon projet nordique. Au cours de cet exercice particulier, les étudiants doivent vulgariser en cinq minutes leur projet de recherche à un large public. Le volet québécois du concours avait été organisé par l’Institut nordique du Québec (INQ) en collaboration avec le Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FRQNT). Le volet international a été mis sur pied conjointement par l’INQ, le FRQNT et UArctic. En tout, 11 doctorants du Québec et des pays nordiques ont participé à la finale. Les étudiants issus des universités membres de l’INQ ont fait partie de la délégation québécoise ayant séjourné en Islande pour la durée de l’assemblée de l’Arctic Circle.

«Pour l’heure, explique Élisa Gouin, le modèle de la banlieue nord-américaine a été imposé aux communautés autochtones sans être remis en question. C’est pourquoi on y retrouve des rues très larges et un modèle de bungalow répété inlassablement. Or, la littérature scientifique montre que cette adéquation, entre milieu bâti et culture, contribue directement aux problèmes sociaux auxquels sont confrontés les communautés.»

Selon la doctorante, les images satellitaires du type Google Maps permettent de voir dans différentes communautés autochtones des sentiers tracés entre des maisons.

«Les gens empruntent les sentiers plutôt que les rues, souligne-t-elle. Ils ont des façons de se déplacer qui n’étaient pas prévues initialement dans la trame urbaine. Une meilleure compréhension de ces habitudes permettrait d’adapter la trame urbaine aux comportements des citoyens pour créer des aménagements urbains cohérents avec la culture de ses habitants.»

Il reste beaucoup à faire pour en arriver à un aménagement urbain pensé par et pour les Autochtones. «Dans un monde idéal, dit-elle, l’aménagement des communautés autochtones serait cohérent avec les modes de vie, aspirations et pratiques de ses citoyens. Les modèles de maison seraient variés et adaptés aux besoins et aux goûts de chaque famille.»

Évaluer les partenariats de recherche

Des études réalisées ces dernières années montrent que les partenariats de recherche en contexte autochtone sont difficiles à évaluer. Elles montrent également que la participation citoyenne est rarement correctement évaluée. Dans la dernière année, la revue de littérature effectuée par Élisa Gouin lui a permis de retracer 224 études qui parlent d’évaluation de la recherche partenariale, dans toutes les disciplines. Or, seulement cinq ont été menées dans un contexte autochtone. Et sur les 224, seules 4 étaient menées dans les disciplines de l’aménagement.

«Il faut en comprendre, soutient-elle, qu’il en reste beaucoup à faire pour évaluer la participation citoyenne dans la recherche en contexte autochtone. Dans un contexte où les organismes subventionnaires canadiens exigent maintenant la participation des Autochtones dans toutes recherches menées auprès d’eux, ce résultat est surprenant et montre la pertinence de mon projet de recherche.»

Cette pertinence, Élisa Gouin a été à même de la constater à Reykjavik. En assistant à différentes présentations d’Arctic Circle elle a entendu plusieurs intervenants d’horizons variés mentionner les projets de partenariat qu’ils ont mis sur pied avec des communautés autochtones nordiques.

«J’ai constaté, explique-t-elle, que les résultats de mon projet de recherche pourront être utiles à ces gens également, qui cherchent à témoigner des impacts de l’implication des Autochtones dans l’issue des projets codéveloppés.»

Des liens durables avec la communauté de Uashat mak Mani-utenam

Selon Élisa Gouin, les communautés autochtones peuvent être épaulées dans la compréhension de leurs besoins, de leurs aspirations et de leurs ambitions pour l’aménagement et l’architecture de leurs milieux de vie. «Je soutiens qu’on peut faire mieux, poursuit-elle. L’École d’architecture de l’Université Laval a travaillé en ce sens depuis plus de 20 ans, par le biais d’activités participatives axées sur l’aménagement urbain et l’architecture de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam, près de Sept-Îles, sur la Côte-Nord du Québec.»

Depuis 1996, un partenariat de recherche est en cours entre l’École d’architecture de l’Université Laval et la communauté. Plusieurs activités de participation ont eu lieu sur les différentes façons d’aménager la réserve. Des ateliers de design ont permis la cocréation de connaissances par des étudiants en architecture, des professionnels de la communauté innue, des aînés, des jeunes et des citoyens.

«L’École d’architecture, explique Élisa Gouin, semble avoir créé des liens durables avec la communauté de Uashat mak Mani-utenam. Cependant, aucun exercice d’évaluation exhaustif des effets de cette collaboration n’a encore été effectué, contribuant à la pertinence de mon projet de recherche. L’École d’architecture a mis en œuvre une approche particulière qui est la recherche-création en collaboration. Elle part de l’idée que les partenaires possèdent des savoirs propres qui leur permettent de contribuer au développement de nouvelles connaissances. Je parle ici des modèles de logement, de la planification et des pratiques.»

Scène d’hiver à Uashat mak Mani-utenam. Le modèle de la banlieue nord-américaine a été imposé aux communautés autochtones sans être remis en question. C’est pourquoi on y retrouve des rues très larges et un modèle de bungalow répété inlassablement.

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