
Le projet de Carrefour a appuyé les Échos de la canopée, une série d'activités hivernales qui allient vulgarisation scientifique, exploration et plein air à la Forêt Montmorency.
— Courtoisie
À l'Université Laval, les ponts entre la science et la population ne datent pas d'hier. Conférences, participation à des projets de recherche, visites de laboratoires… les occasions de rencontre sont nombreuses. Mais pour aller plus loin et rendre ces échanges encore plus fluides, il faut mieux structurer les démarches. C'est ce que révèle un vaste processus de réflexion qui met la table pour un projet de Carrefour d'engagement université-société, dans le cadre du chantier Les savoirs, les sciences et la société du Plan institutionnel ULaval 2023-2028.
«On a déjà une grande tradition d'engagement social et de partenariats avec les milieux et la société à l'Université Laval, mais malgré les collaborations existantes, il est souvent difficile pour le public de savoir à quelle porte cogner, tout comme il peut être complexe pour la communauté universitaire d'identifier les bons réseaux pour mobiliser des personnes participantes», indique Emmanuelle Careau, vice-rectrice adjointe aux affaires internationales, au développement durable et à l'équité, la diversité et l'inclusion, et coresponsable du projet de Carrefour.
Pour pousser cet engagement à un autre niveau, poursuit-elle, il faut se doter d'une position et d'une structure institutionnelle claire, disposer de ressources travaillant en synergie «et surtout, faciliter et simplifier les échanges des deux côtés».
Sortir de la tour d'ivoire et partager les différents types de savoirs
L'idée du Carrefour est née du besoin, pour les universités, de prendre part à la réponse aux grands défis de notre époque, explique la vice-rectrice adjointe. «Une université d'impact ne peut pas se contenter de parler de science entre scientifiques», dit-elle. Elle doit écouter, dialoguer avec la société et participer au partage des savoirs scientifiques, des savoirs expérientiels, des savoirs concrets issus du terrain, des savoirs autochtones ancestraux», énumère Emmanuelle Careau.
Le projet mise sur le croisement et la complémentarité. «En travaillant ensemble et en créant un espace d'échanges et de coconstruction, poursuit-elle, nous voulons renforcer notre capacité collective à élaborer des solutions pertinentes et durables pour la société.»
Un processus rigoureux pour savoir d'où l'on part
Elle rappelle que l'Université Laval «ne part pas de zéro». L'équipe derrière le projet de Carrefour a brossé un portrait de la situation actuelle en menant plusieurs démarches: un sondage réalisé par Léger et l'Institut du Nouveau Monde sur les attentes et les besoins de la population, un survol des initiatives comparables à l'Université Laval au Québec et à l'international, pour identifier les défis et les bonnes pratiques, ainsi que des entrevues auprès de chercheuses, chercheurs et organisations partenaires pour mieux comprendre les attentes.
Les résultats du sondage, réalisé auprès d'un groupe de 500 personnes de 16 ans et plus représentatif de la région de Québec et de Chaudière-Appalaches, confirment un engouement pour se rapprocher de la recherche. Près de la moitié des répondantes et répondants estiment que l'Université entretient un dialogue actif et positif avec la population pour favoriser l'engagement citoyen.
Alors que le sondage révèle que 38% des personnes sondées disent souhaiter participer à des activités de dialogue science, savoirs et société, cet intérêt est particulièrement marqué pour certains groupes, notamment ceux et celles en quête d'équité et les ménages avec enfants, souligne Emmanuelle Careau.
Les principaux freins à leur participation sont la méconnaissance de l'offre et le manque d'information sur les projets. Deux obstacles qu'un éventuel Carrefour pourrait contribuer à réduire, estime la vice-rectrice adjointe.
Des initiatives qui donnent un avant-goût
Au-delà de la phase de planification, le projet de Carrefour voulait dès le départ se mettre en action. Ainsi, il a permis de soutenir plusieurs initiatives inspirantes de dialogue science-société. Parmi elles, la deuxième saison de La science, pas si compliquée!, une série vidéo où des membres de la communauté de recherche répondent aux questions du public captées dans une cabine. Le projet a notamment financé la construction d'une installation mobile de type vox pop, qui pourrait être utilisée par d'autres unités sur le campus.
D'autres activités ont été appuyées, comme les Échos de la canopée, une série d'activités hivernales qui allient vulgarisation scientifique avec des chercheuses et chercheurs, exploration et plein air à la Forêt Montmorency.
Des apprentissages, dont une idée forte: une porte d'accès claire
À l'automne, poursuit la coresponsable de projet, un atelier de réflexion réunissant une trentaine de personnes de l'Université et de personnes engagées a permis de mettre en commun des constats et de dégager des apprentissages clés pour la suite. Parmi eux, elle nomme «l'importance de bâtir sur l'existant plutôt que de créer en parallèle» et «la nécessité d'une porte d'accès centrale claire, appuyée par des points d'ancrage dans les milieux».
Cette première phase du projet de Carrefour a confirmé une volonté partagée des parties prenantes de travailler ensemble. «C'est un défi, pour toutes les universités, d'assurer un soutien pérenne en ressources humaines et financières pour ce type d'initiative. Mais à l'Université Laval, les ingrédients sont déjà là. L'enjeu, c'est de mieux mutualiser et coordonner ce qui existe. Tout ça confirme notre leadership en matière de dialogue science-société. Les travaux réalisés ont d'ailleurs dégagé des pistes très concrètes pour simplifier les démarches et accroître notre rayonnement», indique Emmanuelle Careau.

























