31 mars 2025
Régénérer les sols organiques où poussent nos légumes grâce au biocharbon
Une équipe de l'Université Laval, en partenariat avec l'entreprise Airex Énergie, teste l'efficacité de ce matériau riche en carbone pour freiner la dégradation des sols cultivés

Maina Sara Orelhomme (à gauche) est étudiante à la maîtrise et elle teste l'effet du biocharbon en serre sous la direction la professeure Jacynthe Dessureault-Rompré (à droite).
— Université Laval, Yan Doublet
Les sols organiques utilisés pour la culture de légumes se dégradent rapidement. Pour restaurer et conserver les terres les plus fertiles du Québec, Jacynthe Dessureault-Rompré, professeure à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, étudie différents amendements de sols et leurs effets.
Avec la Chaire de recherche en conservation et restauration des sols organiques cultivés, dont elle est titulaire, la chercheuse teste notamment le biocharbon, ou biochar, de la matière organique riche en carbone. Ce projet se fait en partenariat avec Airex Énergie, qui transforme des résidus forestiers en biocharbon à l'aide de la pyrolyse, un procédé qui carbonise la biomasse de départ dans un environnement limité en oxygène. Ce procédé permet de stabiliser le carbone.
«Si je mets un résidu forestier dans un sol agricole, il va rapidement se minéraliser, se transformer en matière organique et retourner vers l'atmosphère. Le biochar, lui, reste dans le sol pour une durée très longue, explique la professeure Dessureault-Rompré. C'est un avantage pour nous, car en faisant des ajouts périodiques, on peut penser qu'on va pouvoir augmenter nos stocks de carbone dans les sols.»
De la serre au champ
Airex Énergie fournit une grande quantité de biocharbon pour les essais à la serre et au champ, comme ce produit est «assez dispendieux», indique la professeure. L'équipe va notamment tester l'amendement chez 11 fermes partenaires de la Chaire pour avoir des conditions réelles. Elle va mesurer les effets du biocharbon à différentes doses sur les propriétés physiques, chimiques et biologiques des sols. «Nous voulons voir comment le biochar aide à compenser les pertes, mais aussi l'impact qu'il va avoir sur la productivité des cultures légumières».

Le biocharbon est avantageux pour sa stabilité dans le sol.
— Université Laval, Yan Doublet
Jacynthe Dessureault-Rompré confirme que 3 principales cultures du Québec, soit la laitue, la carotte et l'oignon, seront évaluées pour le rendement et la qualité. «On a l'avantage d'avoir des légumes feuilles et des légumes racines», ajoute la professeure. D'autres légumes vont peut-être s'ajouter comme la pomme de terre. «Certaines fermes partenaires cultivent des bébés épinards, des bébés laitues, des betteraves, des fines herbes. On a accès à une grande diversité de légumes.»
Durant les expériences en serre et au champ, l'équipe va aussi mesurer le bilan carbone pour vérifier l'efficacité du biocharbon à compenser la perte des sols organiques.
Le travail de terrain est prévu pour l'été ou l'automne 2025. Trois ou quatre étudiantes et étudiants travailleront sur ce projet dans le cadre de leur doctorat. Deux personnes affiliées à Airez Énergie y participent aussi. «Elles sont invitées aux réunions d'équipe et vont certainement visiter les parcelles au champ et en serre. La compagnie veut apprendre, car elle veut développer son volet agricole. Avec nos essais, tout dépendant des conclusions qu'on va avoir, on pourra mettre de l'avant les impacts de l'ajout de biochar dans le sol.»
Outre le biocharbon, la Chaire teste d'autres amendements, soit la paille, les copeaux de bois et les résidus forestiers.