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Alors que les attaques des États-Unis contre la science et le libre-échange s'intensifient, l'Université Laval se prépare à faire face aux enjeux complexes qui se présentent. «En ces temps difficiles, nous avons le devoir d'agir ensemble. D'être solidaires avec la société québécoise et canadienne pour trouver des solutions», avance la rectrice Sophie D'Amours.
Dès l'élection du président Donald Trump aux États-Unis, l'équipe de direction s'est tenue aux aguets. «Rapidement, c'était clair qu'il y aurait des enjeux dans les universités», soutient la rectrice en entrevue avec ULaval nouvelles.
Une cellule de veille a été créée en janvier avec le mandat d'évaluer les risques à anticiper et les opportunités à saisir. «Cette équipe est interdisciplinaire et intersectorielle, parce que nous voulons avoir une vision à 360 degrés de notre université et profiter d'expertises pointues, en géopolitique dans le cas qui nous occupe.»
Des risques
Les membres de cette cellule de veille se préoccupent des finances de l'Université, étant donné l'augmentation des coûts des approvisionnements et la valeur du dollar canadien, qui est en baisse. «On ne peut pas basculer rapidement tous nos approvisionnements vers des sources qui seraient non américaines. Mais il y a tout un travail qui se fait à cet égard-là», explique Sophie D'Amours.
Cette guerre commerciale a aussi des conséquences sur les finances des gouvernements. Dans son plus récent budget, le gouvernement du Québec a d'ailleurs gelé le financement accordé aux universités.
En recherche, les États-Unis sont l'un des plus importants partenaires de l'Université Laval. De 2019 à 2023, 3700 publications scientifiques de membres de l'Université ont été réalisées en collaboration avec des collègues provenant de plus de 60 universités américaines, situées dans 28 États.
«On est financés par les États-Unis comme institution, à travers des fonds de recherche et des partenariats», explique Sophie D'Amours. L'Université Laval craint de perdre une partie de ces subventions et de devoir payer davantage pour l'achat d'équipements de recherche, étant donné que les Américains ont développé une expertise en la matière.
Maintenir le dialogue scientifique
«Malgré tout, je crois qu'il est important de maintenir le dialogue et de raffermir nos liens avec nos collègues américains, de continuer de travailler avec eux. La diplomatie scientifique est importante», exprime Sophie D'Amours.
D'autant plus que la liberté des scientifiques est présentement attaquée par le gouvernement Trump. «Souvent, les scientifiques sont les premiers à nous alerter d'une situation sur laquelle il faut agir. Cela peut être déstabilisant, mais ça démontre l'importance de soutenir et d'écouter la science. Pour ce faire, les scientifiques doivent garder cette capacité de s'exprimer librement.»
Des opportunités à saisir
Dans ce contexte, l'Université Laval doit saisir l'occasion de se positionner comme terre d'accueil, en faisant mieux connaître son offre d'études et de recherche, croit la rectrice.
«Il y a des personnes de talent qui vont choisir de ne pas étudier aux États-Unis. Il y a des chercheuses et chercheurs américains de haut niveau qui veulent se trouver un nouveau nid. Ces personnes pourraient choisir notre université francophone, située à Québec, une ville très sécuritaire.»
Si l'économie québécoise venait à ralentir, l'Université Laval serait également prête à accompagner des personnes sur le marché du travail qui veulent se requalifier ou progresser dans leur carrière. «Si cela arrive, j'espère que les gens vont choisir de développer leurs talents, de continuer d'apprendre. On va être là pour eux», ajoute la rectrice.
Faire partie de la solution
Sophie D'Amours salue les membres de l'Université Laval qui occupent en ce moment l'espace médiatique, qui conseillent ou qui travaillent avec des élues et élus, des entreprises et des organismes pour relever les défis actuels. «Je suis fière de les voir partager leurs connaissances pour éclairer les décisions publiques.»
Pour Sophie D'Amours, «les nations résilientes, qui sont capables de faire face à des crises, sont celles qui soutiennent la recherche et innovent le plus. Pour améliorer la productivité et l'efficience de nos entreprises, les universités font partie de la solution. Nous avons beaucoup de talents, de savoirs et de savoir-faire à partager.»
Les membres de l'Université Laval possèdent des expertises qui peuvent être très utiles à la société en ce moment, notamment en ce qui a trait aux relations internationales, au commerce, à l'agriculture, au bois d'œuvre ou à l'aluminium. «On a tout ce qu'il faut pour pouvoir contribuer à l'effort sociétal actuel», conclut la rectrice.