Vie universitaire

La petite histoire du Morrin Centre

D'abord une prison commune, ensuite un collège, puis aujourd'hui un centre culturel et une bibliothèque, cet édifice historique a accompagné la population anglophone de Québec durant deux siècles

La bibliothèque du Morrin Centre occupe la même salle depuis près de 150 ans. En 1830, elle possédait 152 livres, dont le tiers traitait de sciences.
Un grand pan de l'histoire de Québec se profile derrière l'austère façade du Morrin Centre, un bel édifice en pierre de style néoclassique situé sur la chaussée des Écossais, au coeur de la vieille ville.

«Les origines de cet édifice aux lignes pures et symétriques remontent au début du 19e siècle avec la décision de construire une prison commune à Québec, explique le professeur Donald Fyson, du Département des sciences historiques. La prise de la ville par les forces britanniques avait eu lieu une quarantaine d'années auparavant. Les autorités voulaient donner un visage davantage britannique à la ville. Un autre exemple est la cathédrale anglicane construite à la même époque.»

Le jeudi 27 octobre, le professeur donnera une conférence sur le Morrin Centre. Donald Fyson a coécrit un livre sur l'histoire de cet édifice inauguré en 1813. L'ouvrage a été publié en 2016 chez Septentrion sous le titre Étagères et barreaux de fer. La conférence grand public se déroulera dans le cadre du colloque «Communauté et citoyenneté du Moyen Âge à nos jours».

Sur une période de plus de 50 ans, des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants vont franchir les portes de la prison commune. Les trois quarts sont anglophones. Trois prisonniers sur cinq sont d'origine irlandaise. «Il y avait un assez grand nombre de femmes, précise Donald Fyson. On les inculpait pour désordre sur la voie publique, vagabondage ou prostitution. La grande majorité des détenus était des gens ordinaires coupables de crimes mineurs.» La prison a également servi de refuge à de nombreux indigents et sans-abris.

Ville portuaire d'envergure, Québec était la destination de nombreux voiliers, en particulier ceux provenant d'Europe. Un grand nombre de marins insubordonnés ont séjourné dans la prison commune, notamment pour refus de rembarquer pour le voyage de retour. «La prison était une institution à la fois locale et transnationale», souligne le professeur.

L'endroit pouvait accueillir une centaine de personnes. «Mais on a atteint 250 prisonniers à la fois, ajoute-t-il. On les entassait.» Cette affluence s'explique par le fait que l'on a construit l'édifice juste avant une croissance très forte de la population, un phénomène dû à l'immigration.

La fonction carcérale de l'édifice prend fin en 1867. Les lieux, débarrassés de tout ce qui rappelle l'ancienne prison, à l'exception de deux blocs cellulaires au rez-de-chaussée avec leurs plafonds à voûte basse et leurs graffitis, abritent, à compter de 1868, la première institution d'enseignement supérieur de langue anglaise à Québec, le Morrin College. Ce collège, affilié à l'Université McGill, voit le jour grâce à d'éminents anglo-protestants de la ville, dont le médecin d'origine écossaise Joseph Morrin.

En moyenne, le collège attire 14 étudiants à temps plein par année. Les programmes les plus populaires sont le droit et la théologie. L'endroit est le premier établissement d'enseignement de Québec à décerner des diplômes universitaires à des femmes.

«L'ancienne prison avait été planifiée en 1808 sans penser qu'il y aurait une telle expansion démographique, indique Donald Fyson. Or, il arriva l'inverse à compter des années 1860. La population de langue anglaise commença à diminuer en raison du déclin économique de la ville. Au début du 20e siècle, les anglophones ne représentaient plus que 10% de la population, alors qu'au siècle précédent leur proportion s'élevait à 40%. En 1902, le Morrin College fermait ses portes.»

Durant son existence, le Morrin College partage son espace avec la Literary and Historical Society of Quebec (LHSQ). Fondée en 1824, la LHSQ est l'une des premières sociétés savantes du Canada. Selon Donald Fyson, il s'agit d'un exemple typique des sociétés savantes que l'on trouve dans l'Empire britannique. Ses membres collectionnent des documents historiques et ils publient des essais savants. Ils organisent des conférences publiques et ils font des démonstrations scientifiques. Ils font même pression pour la conservation du patrimoine canadien.

Au 20e siècle, la Société a une vocation communautaire surtout axée sur les services d'une bibliothèque de prêt. On y fait principalement la location de livres de langue anglaise. Depuis les années 2000, un vent de renouveau souffle sur la vénérable institution. La Société a transformé la mission de l'édifice, rebaptisé Morrin Centre, faisant de lui un centre culturel axé sur les échanges intercommunautaires. On y organise des activités littéraires et historiques. La bibliothèque, un lieu magnifique, est toujours en activité. «La Société compte actuellement 800 membres, dont la moitié est francophone, explique le professeur. Dans les 10 ou 15 dernières années, l'endroit a accueilli annuellement quelque 30 000 visiteurs.»

La conférence du professeur Fyson aura lieu le 27 octobre, de 14h à 14h30, au Morrin Centre (44, chaussée des Écossais). La présentation est ouverte au public, tout comme les deux tables rondes au programme le même jour. L'une d'elles portera sur la citoyenneté et l'école. Les professeurs Jean-François Cardin et Christian Laville, du Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage, feront partie des panélistes. Inscription gratuite. Pour information: claire.dolan@hst.ulaval.ca ou sur le Web.

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