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Le nouveau guide alimentaire canadien fait bien le travail qu’on peut espérer d’un tel outil, estiment des spécialistes en nutrition

Par : Jean Hamann
Selon des spécialistes en nutrition de l’Université, le nouveau guide alimentaire canadien livre la marchandise. Les critiques qui trouvent que ce document présente une vision froide et utilitariste de l’alimentation, qu’il en évacue la dimension «plaisir» ou qu’il ne constitue pas une réponse adéquate à l’épidémie d’obésité se méprennent sur la fonction d’un guide alimentaire, estiment les experts consultés par le Fil.
   
Santé Canada dévoilait la semaine dernière la version améliorée du guide qui balise, depuis 1942, les principes de la bonne alimentation au pays. Ce document, qui se retrouvera bientôt sur des millions de portes de frigo, résume graphiquement sur une petite page ce que vous devez manger quotidiennement pour combler vos besoins en vitamines, minéraux et autres éléments nutritifs, pour réduire le risque d'obésité, de diabète de type 2, de maladies du coeur, de certains types de cancer et d'ostéoporose et pour atteindre un état de santé globale et de bien-être. La commande était déjà de taille pour une aussi petite affiche, aussi ne fallait-il pas espérer y trouver des recettes inédites pour apprêter amoureusement le tilapia. La deuxième page du guide présente des précisions sur le calcul des portions, les aliments à éviter et la lecture des étiquettes de même que des conseils sur l’activité physique.

Au cours des trois dernières années, Santé Canada a mené une vaste consultation pour mettre à jour l’édition précédente de son guide qui datait de 1992. Selon Angelo Tremblay, du Département de médecine sociale et préventive, division kinésiologie, le nouveau guide reflète ce qui fait consensus présentement en matière de nutrition. «On lui a donné tout ce que notre savoir et notre sagesse actuels permettaient de dire, estime-t-il. Il fait la job qu’il doit faire et il la fait bien. Toutefois, il ne faut pas trop attendre de cet outil. Ce n’est pas la voie vers la Terre promise.»

Simone Lemieux, professeure au Département des sciences des aliments et de nutrition, estime «qu’il était temps de produire une nouvelle version qui tenait compte de l’évolution des connaissances en nutrition et des critiques formulées à l’endroit de l’ancien guide. Plusieurs jugeaient que le nombre de portions recommandées était trop vague.» En effet, le guide embrassait large au plan des portions quotidiennes recommandées. Les anciennes prescriptions de produits céréaliers (de 5 à 12) et de fruits et légumes (de 5 à 10) ont été remplacées par des valeurs plus précises qui varient en fonction de l’âge et du sexe. Outre ce changement, la professeure apprécie la prédominance maintenant accordée au groupe des fruits et légumes qui a supplanté les produits céréaliers au sommet du tableau. «J’aime bien que les fruits et les légumes aient la palme. C’est un groupe alimentaire qui répond simultanément à plusieurs des exigences d’une bonne alimentation.»

Il faut aussi bouger
Contrairement aux éditions précédentes, le guide 2007 insiste sur l’importance de l’activité physique: de 30 à 60 minutes pour les adultes et 90 minutes pour les jeunes. «De prime abord, on ne s’attend pas à voir une prescription d’activité physique dans un guide alimentaire, mais on ne peut pas être contre la vertu, commente Angelo Tremblay. Le gouvernement profite de toutes les occasions pour promouvoir de saines habitudes de vie.»  Malgré cette incursion du guide dans la sphère non alimentaire, les recommandations de Santé Canada ne visent pas à régler l’épidémie d’embonpoint qui frappe le pays. «C’est un guide alimentaire, pas une thérapie contre l’obésité», souligne Thérèse Desrosiers, professeure au Département des sciences des aliments et de nutrition. Néanmoins, les recommandations visant à boire de l’eau pour étancher sa soif et à limiter sa consommation de mauvais gras et de sucres découlent sans doute d’une prise de conscience du problème de surpoids. Par contre, ce n’est pas vers le guide qu’il faut se tourner pour avoir des conseils quant à la quantité de calories qu’il faut consommer. «Je crois qu’il s’agit là d’une sage décision, fait valoir Simone Lemieux. Il ne faut pas que les calories deviennent le point de mire d’un guide alimentaire.»
   
Autre nouveauté, le guide recommande la prise de suppléments de vitamine D pour les gens âgés de plus de 50 ans. Il s’agit d’ailleurs là du seul supplément prescrit dans le guide. «En vieillissant, les besoins en vitamine D augmentent et la synthèse de vitamine D par la peau devient moins efficace», explique la professeure Desrosiers. Même si on peut penser que cette décision de Santé Canada n’indisposera pas les fabricants de suppléments, la décision a été prise sur la base de données objectives, insiste-t-elle.

La professeure Desrosiers a d’ailleurs participé à plusieurs des réunions de consultation organisées par Santé Canada pendant lesquelles nutritionnistes, médecins, chercheurs et représentants de groupes de consommateurs et de l’industrie agro-alimentaire tentaient de tirer la nappe de leur côté. «C’est certain qu’il y a des intérêts commerciaux en jeu et que des pressions sont exercées lors de la phase de consultation, mais en bout de ligne, ce sont les experts de Santé Canada qui ont tranché, explique-t-elle. Je trouve qu’ils ont fait un travail remarquable parce que je ne sens l’influence d’aucun groupe en particulier dans la version finale du guide.»

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