Société

Reporters hors frontières

Au Maroc comme en Russie, le correspondant étranger se heurte à la méfiance et aux conditions contraignantes imposées par les autorités, en particulier lorsqu’il veut traiter de sujets sensibles

Par : Yvon Larose
L’attitude des autorités russes envers les correspondants de médias d’information étrangers en poste à Moscou se durcit. C’est ce qu’a appris Frédérick Lavoie, finissant de la maîtrise en communication publique, option journalisme international, durant le stage d’un mois qu’il a effectué l’été dernier dans la capitale russe. L’étudiant avait interviewé quelques journalistes étrangers sur leur pratique professionnelle dans un pays autoritaire. Selon Britta Hilpert, de la chaîne de télévision publique allemande ZDF, la montée en puissance du Kremlin, ces dernières années, s’est traduite par une attitude axée davantage sur la confrontation. «Il y a, affirme-t-elle, une mentalité qui se renforce: l’idée soviétique que les correspondants étrangers sont des représentants de l’ennemi, voire des espions.» Ce changement expliquerait, selon elle, le rallongement de la liste des lieux dits stratégiques où il est interdit de filmer. «Pour tourner quelque part, poursuit-elle, il faut maintenant écrire plus de lettres et attendre les réponses encore plus longtemps.»

Le vendredi 14 décembre, au pavillon Louis-Jacques-Casault, Frédérick Lavoie a présenté un rapport sur le travail de six correspondants étrangers en poste en Russie ainsi qu’au Maroc. Ses informations sur le Maroc, il les a obtenues au cours d’un autre stage réalisé entre avril et mai dans ce pays d’Afrique du Nord. Dans le classement 2007 de Reporters sans frontières, le Maroc et la Russie étaient respectivement 106e et 144e au monde sur la question du respect de la liberté de la presse. «Dans ces deux pays, indique Frédérick Lavoie, les correspondants étrangers veulent faire du bon journalisme, mais ils sont confrontés à des gouvernements qui ne comprennent pas la réalité des journalistes, ni leurs objectifs, ni leurs règles déontologiques.»

Selon l’étudiant, tant au Maroc qu’en Russie, une méfiance mutuelle teinte les rapports entre le pouvoir et les correspondants étrangers. Par exemple, Medir Plandolit, correspondant à Rabat de la télévision publique catalane TV3, lui a raconté qu’il lui faut moins de deux minutes dans la rue avec son caméraman pour qu’un policier vienne leur demander ce qu’ils font, et pour vérifier leurs papiers. «Outre les ennuis bureaucratiques, souligne Frédérick Lavoie, les problèmes que rencontrent les correspondants étrangers sont surtout liés au traitement de certains sujets délicats, comme la lutte contre les mouvements indépendantistes, les violations des droits de l’homme ou le terrorisme.»

Si la Russie a maille à partir avec les sécessionnistes de Tchétchénie, le Maroc est aux prises avec les indépendantistes du Sahara occidental. Régulièrement, les deux gouvernements sont accusés de violer les droits de la personne dans ces régions. Selon Frédérick Lavoie, les correspondants étrangers qui se rendent au Sahara occidental subissent la surveillance passive des policiers qui, par leur simple présence, les empêchent de travailler librement. Lorraine Milot, correspondante à Moscou du quotidien français Libération, est allée plusieurs fois en Tchétchénie sans permission officielle et par ses propres moyens. «Ils nous laissent faire parce que s’ils nous arrêtent, ils vont attirer l’attention sur le conflit», explique-t-elle. Cela dit, pour protéger ses sources, elle évite les interviews dans les lieux publics, ne fait que des entrevues en tête-à-tête et n’identifie personne dans ses reportages.

Frédérick Lavoie s’installe ce mois-ci à Moscou comme journaliste pigiste. Il travaillera principalement pour le quotidien La Presse. Son rapport peut être consulté dans son blogue à l’adresse suivante: chroniquesdailleurs.blogspot.com.

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