Société

Profession grand reporter

Qu’elle soit en mission en Irak, en Tchétchénie ou en Afghanistan, la journaliste Anne Nivat privilégie le tête-à-tête avec les gens de l'endroit

Par : Renée Larochelle
De tous les conflits qu’a couverts Anne Nivat depuis ses débuts en journalisme il y a dix ans, c’est la guerre en Tchétchénie qui lui apparaît comme la plus sale et la plus dévastatrice. C’est aussi celle dont on a le moins parlé dans les médias, a révélé cette docteure en science politique et grand reporter qui a prononcé une conférence dans un amphithéâtre rempli à craquer du pavillon Charles De-Koninck, le 16 mars. Organisée par l’Institut québécois des hautes études internationales, la rencontre a attiré un large public venu entendre cette correspondante de guerre à Moscou depuis 1998 qui travaille pour des magazines prestigieux comme Le Point, en plus de collaborer régulièrement avec le New York Times, le Washington Post et l’International Herald Tribune. Ne lâchant pas le morceau facilement, Anne Nivat est retournée plusieurs fois en Tchétchénie depuis la fin de cette courte guerre en 2000 afin d’écrire d’autres reportages, avec aux lèvres une question, celle qui à son avis donne l’heure juste sur la situation du pays: Quand on a vingt ans, est-ce qu’il fait bon vivre en ce pays? «Dans le cas de la Tchétchénie, la réponse est carrément non», constate Anne Nivat, connue pour ses reportages effectués sur le terrain, le plus souvent chez des personnes qui lui ouvrent les portes de leur logis. En effet, qu’elle soit en Irak, en Afghanistan ou en Tchétchénie, trois points chauds du globe où elle se rend souvent, la journaliste ne descend pas à l’hôtel, mais pousse la porte que lui ouvre l’habitant, dans ce souci constant de coller à la réalité des gens.

Partir, revenir
«Pour essayer de décrire ce qui se passe dans un pays le plus fidèlement possible, il faut être chez les gens et pas ailleurs, insiste Anne Nivat. Au final, je n’ai jamais l’impression de leur arracher leur histoire. Au lieu d’entrevues, j’ai plutôt de longues conversations avec mes interlocuteurs, des hommes la plupart du temps, car ce sont les hommes qui font la guerre. Les femmes, elles, sont dans la cuisine à préparer les repas. Le fait d’être une femme me permet d’avoir accès à ces femmes qui me font à leur tour le récit de leur guerre.» Par ailleurs, Anne Nivat ne croit pas que l’objectivité en journalisme est possible. «Nous traitons de l’humain, nous ne vendons pas des chaussures, souligne-t-elle. D’autant plus que le comportement de la personne lors d’une interview est souvent aussi important que ses paroles.» Et de raconter cette rencontre avec un haut militaire irakien au discours ultraconservateur et antimodernité qui cherchait son ordinateur portable pour bien citer le Coran tandis que résonnaient les sonneries des trois téléphones cellulaires qu’il avait sur lui. «Cette dichotomie entre l’attrait pour la modernité et ses propos me semblait tout aussi intéressante que ce qu’il disait», explique Anne Nivat.

Interrogée sur les raisons qui l’incitent à se rendre dans ces pays dangereux au risque d’y laisser sa peau, Anne Nivat répond qu’elle ne peut faire autrement et que le pire n’est pas de partir, mais de revenir et de trouver les mots, non pas pour convaincre le lecteur de quoi que ce soit, mais pour qu’il ait tout en main pour saisir la complexité de la situation. «En Occident, on prend souvent la guerre comme un jeu vidéo, dit-elle. Mais il ne faut pas oublier que la guerre tue, que la guerre fait des morts.» Malgré l’horreur, malgré des images qui ne la quitteront plus jamais, Anne Nivat croit encore que les hommes et les femmes de ce monde aspirent finalement à une seule et même chose: vivre en paix et offrir un avenir à leurs enfants.

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