Société

On est tous le marginal de quelqu'un

Miser sur ce qui nous rassemble: voilà ce à quoi convie Julie Théberge, coordonnatrice de la Division BleuCiel de la Chaire de recherche en médecine d'urgence

Par : Renée Larochelle
Autoportrait de Julie Théberge, artiste, formatrice et professionnelle de recherche.
Autoportrait de Julie Théberge, artiste, formatrice et professionnelle de recherche.
Qu'est-ce qu'une personne marginale? Selon la définition qu'en donne Le Petit Larousse, il s'agit de «quelqu'un qui vit en marge de la société organisée, faute de pouvoir s'y intégrer ou par refus de se soumettre à ses normes». Si on accepte ce principe, bien des individus dérogent aux normes établies: ceux qui n'ont pas Internet, pas de téléphone cellulaire ou pas de voiture, les sans-abri, les végétariens, les LGBTQIA+ (les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans, queer, intersexuées, asexuelles et autres), sans compter certains élus du peuple portant gaminet et Dr Martens à l'Assemblée nationale. Évidemment, la liste pourrait s'allonger, tant les modes de vie diffèrent.

«On est tous le marginal de quelqu'un d'autre sur au moins un aspect de nos vies. On est marginal face à une norme, à ce qui est habituel, à ce qui correspond au plus grand nombre, à l'usage général et commun.» Voilà un extrait du manifeste célébrant la marginalité sous toutes ses formes, ayant pour titre Nous sommes plusieurs, qu'a livré Julie Théberge, le 5 décembre, au Musée national des beaux-arts du Québec, lors de la 13e soirée PechaKucha (mot qui signifie «le bruit des conversations», en japonais). Elle était l'une des 12 participantes et participants provenant des milieux artistique, littéraire et d'affaires invités à donner leur point de vue sur un thème imposé, en l'occurrence «Marges», au cours d'une présentation orale ponctuée de vingt images défilant à vingt secondes d'intervalle. Le tout ne devait pas dépasser 6 minutes 45 secondes. Artiste, formatrice et coordonnatrice de la Division BleuCiel de la Chaire de recherche en médecine d'urgence de l'Université Laval et du CISSS de Chaudières-Appalaches, Julie Théberge est titulaire d'une maîtrise en arts visuels de l'Université. Les dessins accompagnant sa présentation étaient de son cru.

montage-pechakucha-credit-Julie-Theberge Liés au manifeste Nous sommes plusieurs, les dessins de Julie Théberge illustrent les préoccupations de son auteure: créer des ponts, accepter les différences, comprendre que chaque personne est unique en son genre.
Photo :Julie Théberge

«Les marginaux. Ceux qui ne sont pas comme les autres, comme le reste du monde, ceux qui sont en périphérie. “Être en marge de” signifie: se faire en parallèle, tout en ayant moins d'importance. Marginal, ça veut aussi dire négligeable: que l'on peut ignorer, qui est sans importance, insignifiant», continue-t-elle, dans son manifeste.

Une pièce de théâtre, un tableau, un morceau de musique, la vie même, tous gagnent à être enrichis par la marge, vue comme un élargissement du sens, dit Julie Théberge. «Les marges font partie du texte. Elles le rendent lisible et compréhensible. Le cadre rehausse l'œuvre, les silences font partie de la pièce musicale. Pourquoi donc catégoriser les personnes, les idées, les disciplines? Et si c'était seulement catégoriser pour mieux se comprendre, mettre des mots sur nos idées. Mais non. On catégorise et puis après on hiérarchise. Ceci étant mieux que cela. Cette personne-ci valant plus que celle-là.»

Et si on considérait les marges comme faisant partie intégrante de l'ensemble? «Parce que nous sommes plusieurs à vouloir autre chose sans trop savoir comment s'y prendre, à vouloir mieux, à se réunir tout en respectant nos réalités individuelles et en dealant le mieux possible avec le contexte dans lequel nous vivons.» Une avenue possible, propose-t-elle, consisterait à miser sur ce qui nous rassemble, malgré nos différences.

«Il y aura toujours des systèmes afin d'organiser les groupes, comme il y aura toujours des marginaux, peu importe le système, d'affirmer Julie Théberge. Partant de là, essayons d'être conscient des bases et des critères sur lesquels repose ce système. Demandons-nous pourquoi ceux qui répondent mieux aux critères de ce système deviennent du coup, mieux que les autres.»

Marginale, Julie Théberge? «Oui et non, répond-elle en entrevue. On fait tous des choix ou on adopte certains comportements que certaines personnes pourraient considérer en marge et que d'autres personnes verraient comme faisant partie de la norme, ou du moins pas de la marge. Je n'ai pas de voiture, je consomme peu, j'évite de gaspiller l'eau. Pour certains, ces comportements pourraient sembler marginaux. Par contre, je ne cultive pas mes propres légumes, je n'achète pas en vrac et je ne composte pas autant que je le devrais. Pour certains, ces comportements sont dans la norme», conclut Julie Théberge, qui commencera en janvier un doctorat sur mesure interdisciplinaire en art et en médecine.

Pour voir le résultat de ses réflexions, rendez-vous à l'exposition Est-ce que je me perds ou si je me crée? présentée jusqu'au 16 décembre au centre d'artistes en art actuel Regart (5956, rue Saint-Laurent à Lévis).

Lire aussi l'article du Fil consacré au projet d'arts du cirque né de la collaboration entre Richard Fleet, titulaire de la Chaire de recherche en médecine d'urgence, et Julie Théberge.

Julie-Theberge-credit-Daniel-LevesqueUne pièce théâtre, un tableau, un morceau de musique, la vie même, tous gagnent à être enrichis par la marge, vue comme un élargissement du sens, a fait valoir Julie Théberge au cours de sa présentation.
Photo : Daniel Lévesque

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