Société

La carte identitaire

Cap-aux-Diamants consacre son dernier numéro au français du Québec

Par : Renée Larochelle
Conversation fictive entre deux Québécois dont l’un se prépare à s’habiller pendant que l’autre l’incite à se hâter. «J’vais me grèyer pour sortir», ce sera pas long», lance le premier. «Viens-t-en, envoye!», lui répond le second. Les routes sont enneigées pis on annonce une grosse bordée.» Se grèyer, envoye, bordée: voilà des mots empruntés au vocabulaire maritime dont il existe un grand nombre au Québec. Le parler québécois fait d’ailleurs souvent référence à celui des marins français qui traversaient l’Atlantique vers la Nouvelle-France au 17e et 18e siècles. C’est ce qu’on apprend, entre autres, dans le dernier numéro de la revue Cap-aux-Diamants consacré au français au Québec et dirigé par Claude Poirier, professeur au Département de langues, linguistique et traduction et directeur du Trésor de la langue française au Québec (TLFQ). En effet, gréer un bateau, c’est le garnir de voiles et de cordages. Quant au mot bordée, il désigne l’ensemble des canons alignés sur chaque bord du vaisseau et la décharge simultanée de ces canons. Enfin, l’interjection envoye! était un commandement souvent utilisé sur les bateaux pour faire exécuter sans délai des mesures urgentes.

Attachez vos tuques
«Les anciens Canadiens n’étaient peut-être pas des marins, mais l’influence des gens de mer a profondément influencé leur façon de parler», explique Claude Poirier dans son article intitulé «Nos ancêtres étaient-ils des marins?» «Il existe une série de mots qui nous sont parvenus à travers les régions de France où les termes maritimes avaient pris des acceptions terrestres, dit le linguiste. Pensons au mot pont, dans poêle à deux ponts ou poêle à trois ponts, par analogie avec le pont d’un bateau, qui désigne un poêle constitué d’un foyer avec un ou deux fours superposés. Il y aussi le mot tuque qui se disait d’une tente ou d’un abri qu’on élevait à l’arrière d’un vaisseau. Notre bonnet d’hiver aurait été ainsi dénommé du fait de sa forme et de sa fonction qui est de mettre la tête à l’abri du froid et de la neige.» Claude Poirier signe également deux autres articles dans lequel il retrace respectivement les débuts de l’aventure du français en Amérique du Nord et les origines du complexe linguistique des Québécois.

Un groupe différent
Depuis les débuts de la colonie, les francophones du Québec ont connu plusieurs appellations: Canadiens, Canadiens français et Québécois. Dans un article ayant pour titre «Virage à 180 degrés: des Canadiens devenus Québécois», Geneviève Joncas, chercheuse au TLFQ, montre que ces différentes dénominations reflètent la carte identitaire d’un peuple. Prenant conscience de former un groupe différent de leurs compagnons restés en France, les premiers colons d’origine française se distingueront en s’appelant Canadiens, nom que porteront tous leurs descendants. La volonté de ces valeureux Canadiens de ne pas confondre leur identité première à celle du conquérant fera même plier les autorités anglaises qui, à partir de 1770, avaient voulu étendre l’usage du mot Canadiens aux anglophones. Le Canada devenant une fédération de quatre provinces en 1867, tous ses habitants pourront alors se réclamer du titre de Canadiens. Qu’à cela ne tienne, les francophones du Québec décideront de s’appeler des Canadiens français et, à partir du début des années 1960, des Québécois. Depuis les années 1980, bon nombre de Québécois désignent les habitants des autres provinces du Canada par le mot Canadiens.
   
Le lecteur du plus récent numéro de Cap-aux-Diamants pourra notamment en savoir davantage sur les emprunts du français aux langues amérindiennes, l’étymologie du mot enfirouâper et sur la manière dont les mots véhiculent les stéréotypes féminins.  

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