Société

Digne de compassion

Pour être en mesure d’aider adéquatement les personnes atteintes de cancer, le soignant en détresse doit d’abord se trouver lui-même

Par : Renée Larochelle
On a tous connu un moment dans la vie où, après avoir beaucoup donné de son temps et de son énergie à une personne malade, plus rien ne nous intéresse. Complètement vidé, on aspire à un peu de repos afin de refaire le plein. Les infirmières, médecins et travailleurs sociaux qui travaillent auprès de personnes atteintes de cancer recevant des soins palliatifs ne peuvent toutefois pas s’offrir ce luxe, leur profession consistant justement à toujours être sur la ligne de front. Cette situation fait en sorte que la compassion, ce sentiment qui nous porte à percevoir la souffrance des autres et à vouloir y remédier, peut s’user chez ces soignants, telle une corde qu’on aurait trop tendue. Appelé «usure de compassion», ce phénomène affecte parfois ceux et celles qui sont quotidiennement en contact avec la maladie, la souffrance et la mort. «Pour contrer cette usure, il n’existe pas de meilleur remède que d’avoir de la compassion envers soi-même. Car pour avoir le goût des autres et pouvoir les aider, il faut d’abord retrouver le goût de soi», a affirmé Johanne Lessard, conférencière lors de la Journée de formation en oncologie psychosociale et spirituelle qui a eu lieu le 1er mai à l’Université. Organisé par l’équipe d’oncologie psychosociale et spirituelle du CHUQ, l’événement avait pour thème «Intervenir en oncologie: comment s’engager sans s’épuiser?»

Être bon pour soi
L’usure de compassion se manifeste de différentes façons, a expliqué Johanne Lessard, chargée d’enseignement à la Faculté de théologie et de sciences religieuses où elle donne depuis de nombreuses années un cours intitulé Intervention auprès du mourant à des étudiants provenant de diverses facultés de l’Université. Par exemple, le soignant se détache des situations ou des expériences émotionnelles entourant le malade ou sa famille. Il se sent responsable de la souffrance et de la mort de quelqu’un, a de la difficulté à faire confiance aux autres dans sa vie professionnelle ou personnelle. Il s’identifie trop à la détresse des autres, ce qui le mène à enfreindre les frontières des relations interpersonnelles. Il est irritable, cynique ou méfiant. Devant ces symptômes, le soignant doit revenir à ses sources, c’est-à-dire lui-même, sous peine de se perdre complètement.

«La compassion envers soi-même implique d’être bon pour soi, dit la conférencière. Elle implique également d’adopter une attitude de compréhension et de non-jugement envers ce qu’on croit être un échec, en l’occurrence la grande souffrance ou la mort d’un patient.» Comme prévenir vaut mieux que guérir, Johanne Lessard recommande aux soignants d’avoir un «espace-temps symbolique» où ils pourront se recueillir ou se ressaisir après de longues heures passées auprès des personnes malades. «Il faut participer à la vie, prendre contact avec quelque chose qui nous dépasse, créer du neuf et de la beauté autour de soi, dit Johanne Lessard. On peut aussi s’inventer de petits rites qui symboliseront la séparation entre le travail et la vie personnelle. L’important est de voir ce qui me convient, en tant que médecin ou infirmière, et si je veux pouvoir continuer à aider ceux qui souffrent.»

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