Société

Bandes à part

Selon le sociologue Michel Dorais, la croissance des gangs de rue résulte en partie du racisme environnant 

Par : Renée Larochelle
Les guerres de gangs de rue ont amené une criminalité accrue dans ce qui était au départ des groupes d'autodéfense.
Les guerres de gangs de rue ont amené une criminalité accrue dans ce qui était au départ des groupes d'autodéfense.
«Il est faux de prétendre que les gangs de rue sont exclusivement composés de jeunes qui viennent d’ailleurs que du Québec, soutient Michel Dorais, professeur à l’École de service social. En effet, bien souvent, ces jeunes sont nés ici, au Québec; ce sont plutôt leurs parents ou leurs grands-parents qui viennent d’ailleurs. C’est en voyant leurs parents s’épuiser au travail sans récolter les résultats escomptés ou en les voyant être victimes de racisme - comme le refus d’embauche ou de promotion à cause de la couleur de leur peau ou de leur origine - que ces jeunes décrocheurs, dont la plupart proviennent de milieux défavorisés, se disent que les voies légitimes de réussite sociale ne sont pas faites pour eux. En fait, je crois que les gangs et leur croissance en force dans notre société résultent en partie du racisme.»  

Tel est l’un des constats dressés par Michel Dorais, lors d’une conférence qui a eu lieu au Collège François-Xavier-Garneau, le 19 février, dans le cadre du Mois de l’Histoire des Noirs. En compagnie de Patrice Corriveau, professeur à l’Université d’Ottawa, le sociologue, auteur du livre Jeunes filles sous influence. Prostitution juvénile et gangs de rue, paru chez VLB éditeur en août et dont la publication en anglais est imminente, a rappelé certains idées préconçues reliées aux gangs de rue.

Des groupes d’autodéfense
Faisant la petite histoire des gangs de rue, le sociologue a souligné que les gangs de rue ont vu le jour en réaction aux assauts racistes que subissaient les jeunes Noirs de Los Angeles dans les années 1940, alors que des Blancs ouvertement racistes se sont regroupés afin d’inciter les Noirs à rester dans leurs ghettos. Si les gangs formés par les Blancs ont fini par disparaître sous les pressions politiques de la communauté noire dans les années 1960, il n’en a pas été de même pour les gangs d’Afro-Américains ou de Latino-Américains qui, eux, se sont multipliés au cours des années, se livrant bataille pour le contrôle d’un territoire dans le cadre de toutes sortes d’activités criminelles. «Du mode offensif, les gangs de rue sont passés en mode défensif, explique Michel Dorais. Les guerres de gangs de rue ont amené une criminalité accrue dans ce qui était au départ des groupes d’autodéfense.»

Selon Michel Dorais, aucun groupe ethnique n’a le monopole des gangs de rue au Québec. Si les plus connus sont composés de jeunes d’origine antillaise, il existe aussi des gangs regroupant des jeunes d’origine latino-américaine, arabe ou asiatique nés au Québec et qui accueillent des Québécois dits «de souche» dans leurs rangs. En fait, le phénomène des gangs de rue a de moins en moins affaire avec la couleur de la peau et de plus en plus affaire avec l’expertise criminelle de ses membres, qu’ils contrôlent un parc, un quartier, un centre commercial ou le trajet d’une ligne d’autobus.

Autre idée préconçue: la prostitution existe à cause des gangs de rue. Pour Michel Dorais, la prostitution existe à cause des clients, la majorité des clients des réseaux étant des hommes québécois, blancs et bons pères de famille. «Ce sont ces hommes et eux seuls qui génèrent la demande pour la prostitution, y compris la prostitution juvénile, dit-il. Les gangs de rue, comme toute autre forme de criminalité organisée, exploitent les failles humaines, en particulier ce qui est illicite et défendu. Sans clientèle pour acheter ce qu’ils proposent, qu’il s’agisse de jeunes filles ou de drogues, ils ne feraient pas long feu.»

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