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Un géoarchéologue au Nunavik

Pour la première fois, un site archéologique en région arctique a été étudié sous l’angle d’une jeune science transdisciplinaire

Par : Yvon Larose
Le site archéologique de Tayara est situé sur la petite île de Qikirtaq, à une dizaine de kilomètres du village inuit de Salluit, au Nunavik, sur la côte méridionale du détroit d’Hudson. L’endroit, particulièrement riche en artefacts lithiques et fauniques, était occupé durant la période paléoesquimaude, il y a plus de 2 000 ans, par les Dorsétiens. Malgré le passage du temps, les vestiges de Tayara n’ont pas subi d’altérations physiques d’importance, ni de perturbations spatiales significatives. De plus, les processus naturels comme la solifluxion (mouvement de masse lent de sédiments) et l’alluvionnement n’ont pas eu d’effet perturbateur significatif sur les vestiges et les niveaux archéologiques. En fait, ils ont joué un rôle dans l’enfouissement et la préservation de ces niveaux.

Ces observations constituent les principales conclusions de la thèse de doctorat en sciences géographiques dont Dominique Todisco a fait la soutenance au printemps dernier. Science interdisciplinaire relativement jeune, la géoarchéologie n’avait jamais, jusque-là, été appliquée aux régions nordiques. Elle consiste en l’application de différentes techniques propres aux sciences de la Terre et à l’archéologie. «Le géoarchéologue, explique Dominique Todisco, n’est pas directement archéologue. Il aide à interpréter les structures archéologiques, l’agencement spatial des sites, à mieux comprendre l’enfouissement des niveaux archéologiques.» Selon ce dernier, une des responsabilités du géoarchéologue est de voir si les niveaux archéologiques ont été perturbés ou non. «L’archéologue peut tirer des conclusions erronées si jamais les vestiges ont été perturbés ou affectés, précise-t-il. Par exemple, à la suite du gel-dégel, les niveaux archéologiques ont pu être mélangés entre eux, ce qui rend complètement biaisé le contenu archéologique à étudier.»

Sa recherche sur le terrain, Dominique Todisco l’a effectuée pendant quatre semaines, en 2003, au moment où des étudiants en archéologie de l’Université Laval et de jeunes Inuits de Salluit effectuaient des fouilles au site de Tayara. «J’ai fait mon travail de géoarchéologue en recueillant des échantillons pour la sédimentologie, les analyses physico-chimiques et la micromorphologie des sols, raconte-t-il. J’ai appliqué différentes techniques à différentes échelles, j’ai combiné plusieurs approches pour avoir une vision transdisciplinaire et je me suis basé sur différents indicateurs.»

Par la suite, en laboratoire, Dominique Todisco a procédé à plusieurs analyses, notamment l’étude au microscope polarisant de lames minces de sédiments de 30 microns d’épaisseur. Il a également fait l’analyse physico-chimique et minéralogique des sédiments remaniés par solifluxion, ainsi que l’analyse de la granulométrie des vestiges lithiques et de l’orientation des restes osseux. «Une de mes conclusions, souligne-t-il, est que l’intégrité du sol du site de Tayara est assez bonne, que les ossements d’animaux et tous les éclats de taille que l’on trouve sont probablement à l’endroit même, ou très proches, des aires d’activité humaine. Donc il y aurait eu peu de perturbations.»

Les occupants de l’époque utilisaient de petits bouts de roche avec lesquels ils taillaient de petits outils. «J’ai mis en évidence que tous ces petits objets étaient in situ, qu’ils avaient été peu perturbés, qu’il y avait eu peu de tri par les processus naturels, notamment l’action hydraulique», indique Dominique Todisco. Selon lui, le faible remaniement des vestiges pourrait résulter d’un enfouissement, par l’eau, du niveau principal du site, peu après l’occupation paléoesquimaude.

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