
Laurent Bernatchez, conseiller en pédagogie universitaire, et Marie-Priscille Giguère, conseillère en pédagogie universitaire, tous deux de la Faculté des sciences de l’éducation et responsables de la formation
— Université Laval, Geneviève Pruneau
Une nouvelle formation continue sur l'évaluation en milieu scolaire propose au personnel enseignant de repenser les pratiques traditionnelles. «On peut en apprendre beaucoup plus sur la progression d'un élève en discutant trois minutes avec lui qu'en lui faisant faire une évaluation de trois heures», soutient Laurent Bernatchez, conseiller en pédagogie universitaire à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval et l'un des responsables de la formation.
Offert sur la plateforme Brio à partir du 1er septembre, ce programme en ligne outillera les enseignantes et enseignants de tous les niveaux, du préscolaire à la formation aux adultes. «On reproche souvent à l'évaluation d'être très lourde. On veut montrer qu'il y a une façon d'évaluer autrement qui peut faire gagner du temps et rendre la tâche plus digeste dans un horaire déjà très chargé», ajoute Marie-Priscille Giguère, conseillère en pédagogie universitaire, qui travaille aussi sur le projet.
Allier l'expérience et l'expertise universitaire
Laurent Bernatchez et Marie-Priscille Giguère ont mis à profit leur expérience passée d'enseignement au primaire et au secondaire pour élaborer la formation, tout en s'appuyant sur l'expertise de la professeure Patricia Vohl, spécialiste en évaluation à la Faculté des sciences de l'éducation, pour bonifier et valider le contenu.
Un volet historique retrace l'évolution du système éducatif québécois. «Les programmes par compétences sont en vigueur depuis plus de 25 ans, mais les pratiques évaluatives en milieu scolaire restent souvent figées dans des méthodes traditionnelles», indique Laurent Bernatchez. La formation offre aussi des outils concrets pour la planification et la conception des évaluations, notamment pour élaborer des questions ou des grilles adaptées au contexte actuel.
Les deux responsables rappellent que les enseignantes et enseignants ont droit à une certaine autonomie dans leur évaluation. «Ils pourraient enseigner toute une année sans jamais faire un examen tant qu'ils gardent des traces et qu'ils sont capables de porter un jugement sur l'amélioration de l'élève», illustre Laurent Bernatchez. Lorsqu'elles arrivent dans de nouvelles écoles, de nouvelles équipes, les personnes enseignantes peuvent se faire imposer des façons de faire. «C'est dur d'aller à contre-courant, mais on veut rendre les gens à l'aise de faire des changements», soutient le conseiller.
— Laurent Bernatchez, conseiller en pédagogie universitaire à la Faculté des sciences de l'éducation
La formation a résonné dans le milieu de l'enseignement. «On a envoyé un sondage et le nombre de réponses était assez exceptionnel, près de 800 personnes ont signalé leur intérêt», raconte Marie-Priscille Giguère. L'expertise du terrain servira à bonifier le contenu grâce à la rétroaction des participantes et participants.
Comprendre les effets humains de l'évaluation scolaire
Un aspect novateur du programme est l'utilisation de témoignages d'élèves et de parents comme trame de fond. Ces points de vue réels mettent en lumière les perceptions, les incompréhensions et le stress que peut générer l'évaluation. «Les très jeunes élèves ne comprenaient pas pourquoi ils étaient évalués. Au secondaire, les jeunes avaient une vision très normative de l'évaluation: qui comprend ou non, qui est bon ou non, rapporte Laurent Bernatchez. Il y a un patrimoine qui contribue à reproduire de l'anxiété par rapport aux notes, par rapport à la performance à l'école, même si on n'a pas compris, même si deux jours après, on a oublié toute la matière.»
Des élèves expliquent ce que le mot «évaluation» représente pour eux dans une capsule de la formation.
— Courtoisie
Dans ce contexte, les deux responsables veulent ramener l'aspect humain de l'évaluation, au-delà des chiffres. «L'enseignante ou l'enseignant, c'est la personne la mieux placée pour ajuster un résultat qu'elle juge non représentatif de la progression réelle de l'élève», affirme Marie-Priscille Giguère.
Partager des pratiques inspirantes
La formation est majoritairement offerte à distance, de manière asynchrone, mais une journée de coconstruction se déroulera en présentiel le 22 octobre. «C'est un mini-colloque qui ramène les gens sur le campus. Il y aura des ateliers, des présentations, des panels et des échanges pour partager à la fois l'expertise des professeurs d'ici et coconstruire avec les gens du milieu», indique Laurent Bernatchez.
Durant cette journée, des enseignantes et enseignants témoigneront de leurs bonnes pratiques, celles qui fonctionnent dans leur milieu. «Il faut que les gens voient concrètement comment ça peut rentrer dans leur pratique. Il ne faut pas rester dans l'illusion ou le “pelletage de nuages”», souligne Marie-Priscille Giguère. «On va essayer de semer de petites graines, d'inspirer les gens pour qu'eux-mêmes puissent faire évoluer les pratiques», ajoute Laurent Bernatchez.
Cette formation payante sur l'évaluation scolaire a été conçue grâce au chantier Les études tout au long de la vie du Plan institutionnel ULaval 2023-2028.