Vie universitaire

Le terreau de la terreur

Selon la politologue Aurélie Campana, le terrorisme émerge habituellement non pas dans des États totalement faillis, mais dans des pays faiblement gouvernés

Par : Yvon Larose
La faillite étatique représente-t-elle un terreau fertile à l’émergence du terrorisme? C’est là une des questions à laquelle ont tenté de répondre des spécialistes réunis au pavillon Alphonse-Desjardins, les 16 et 17 novembre, dans le cadre d’un colloque international organisé conjointement par la Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme, et le Programme Paix et sécurité internationales de l’Institut québécois des hautes études internationales. «Le terrorisme émerge en général dans des États relativement faibles, pas totalement faillis, mais pas vraiment forts», explique Aurélie Campana, professeure adjointe au Département de science politique, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme, et coordonnatrice du colloque.

Parce qu’il n’existe pas de consensus parmi les chercheurs sur ce qu’est un État fragile, Aurélie Campana se tourne vers la définition de ce qu’est un État fort. «Un État fort, dit-elle, a suffisamment de ressources pour maintenir la sécurité sur son territoire et à ses frontières. Donc il ne favorise pas l’émergence de certains groupes qui pourraient constituer une menace pour certains autres États.» Selon elle, s’il n’y a pas de relation directe entre États fragiles et émergence du terrorisme, «la relation n’est pas non plus totalement absente». «Au colloque, souligne-t-elle, certains intervenants ont montré que la fragilisation d’un État pouvait favoriser la prolifération du trafic de drogue ou d’armes, comme elle pouvait aussi servir à favoriser des groupes terroristes.»

De multiples dimensions entrent en ligne de compte lorsqu’on parle d’émergence du terrorisme dans un milieu donné. Un État fragile intéressera un groupe terroriste notamment s’il donne accès à certaines technologies, au premier rang desquelles se trouvent les télécommunications. «Quand on associe technologie et terrorisme, indique Aurélie Campana, on fait référence d’abord aux moyens de communication. Les terroristes mobilisent des moyens d’action relativement peu coûteux, que ce soit un attentat à la bombe, une voiture piégée, ou un attentat suicide. En revanche, il leur faut pouvoir communiquer pour pouvoir coordonner différentes cellules aux quatre coins d’un État ou du monde.» Lors des attentats d’Al-Qaida aux États-Unis le 11 septembre 2001, l’Afghanistan abritait un réseau de camps d’entraînement djihadistes. Les attentats avaient été planifiés dans ce pays, de même qu’au Soudan, mais les terroristes étaient Saoudiens pour la plupart. «Ils étaient passés avant par l’Allemagne pour consolider leur réseau et ils se sont installés aux États-Unis soit pour faire des études, soit pour travailler, rappelle Aurélie Campana. Quelques mois avant les attentats, cette cellule dormante a été activée.»

Dans un index publié en 2007 par le magazine Foreign Policy, la Somalie se retrouve au haut d’une liste de 20 pays dont la situation est qualifiée de «critique», en compagnie du Soudan, de l’Irak, du Zimbabwe et du Tchad. Dans ce pays d’Afrique règne une désorganisation politique complète. «La situation de conflits multiples en Somalie n’a pas entraîné l’émergence de groupes terroristes, explique Aurélie Campana. En revanche, la Somalie se situe dans une région qui connaît de multiples conflits. Il y a juste à côté l’Éthiopie et l’Érythrée, pas très loin le Soudan qui a constitué une base arrière pour des réseaux terroristes, comme celui d’Al-Qaida à la fin des années 1990. La porosité des frontières d’un État structurellement faible pourrait avoir des incidences au niveau régional.»

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