Sports

Un athlète est une personne, pas une machine

L’affaire Geneviève Jeanson met en relief la difficulté morale qu’ont certains entraîneurs de haut niveau à favoriser l’individu plutôt que la performance

Par : Yvon Larose
Le 20 septembre, une bombe éclate dans le milieu du sport québécois. Lors d’un reportage diffusé à l’émission Enquête de Radio-Canada, l’ancienne cycliste Geneviève Jeanson, double championne mondiale junior en 1999 et participante aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, a avoué avoir fait un usage soutenu d’un produit dopant, l’érythropoïétine (EPO), entre 16 ans et 23 ans, dans le but d’améliorer ses performances sportives. «Je pense qu’à 16 ans, Geneviève Jeanson a été une victime», soutient Guylaine Demers, professeure au Département d’éducation physique et spécialiste en formation des entraîneurs. Selon elle, même si l’entraîneur André Aubut a nié avoir incité sa protégée à prendre de l’EPO, il ne faut sous-estimer ni le rôle ni le pouvoir de ce dernier dans cette affaire. «Quand l’entraîneur a une emprise vraiment importante sur l’athlète au point où celle-ci en vient à ne plus pouvoir penser par elle-même, et que tout ce qu’il dit doit être fait parce que c’est ce qu’il y a à faire, et que, en plus, cela donne de bons résultats, pourquoi l’athlète arrêterait-elle d’écouter son coach?»

La première fois que Geneviève Jeanson a reçu une injection d’EPO, trois adultes étaient présents: son père, son entraîneur et un médecin. Pour Guylaine Demers, cela illustre le fait que la réalité du dopage est multidimensionnelle. «Ce n’est pas l’affaire d’un individu, souligne-t-elle. Il y a des décisions que l’athlète ou l’entraîneur ne peuvent prendre seuls.» Selon elle, le dopage révèle un malaise systémique dans le sport de haut niveau. «Certains sports sont axés sur la performance à tout prix, dit-elle, et l’usage de produits dopants est tellement répandu que c’en est une plaie. Que fait-on lorsque, avec la victoire, viennent l’argent des commanditaires, la notoriété et plein de portes qui vont s’ouvrir? Le système, tel qu’il est conçu dans certains sports, encourage quasiment le dopage.» Selon Guylaine Demers, le sport peut être un outil fantastique de développement personnel. Jusqu’à ce que certains entraîneurs, obnubilés par la performance, oublient qu’ils travaillent avec des personnes. Parfois même, l’athlète pense comme l’entraîneur et l’encourage à agir ainsi. «Rechercher la performance, affirme-t-elle, c’est parfois traiter la personne comme une machine.»

Des comportements plus éthiques
Une des responsabilités de l’entraîneur sportif est de transmettre un certain nombre de valeurs à ses protégés, entre autres, le refus de toute forme de tricherie. Geneviève Jeanson a admis qu’elle savait que la prise d’EPO «n’était pas bien». Mais elle fermait les yeux parce que c’était «inévitable», selon elle, dans le milieu du cyclisme de haut niveau.

Selon Guylaine Demers, les formations en coaching offertes aujourd’hui au Québec et au Canada, notamment le baccalauréat en intervention sportive de l’Université Laval, sont plus que jamais centrées sur l’athlète. On enseigne notamment que la prise de décision de l’entraîneur doit être éthique, c’est-à-dire dans le meilleur intérêt de l’athlète. «Dans les formations offertes par les 66 fédérations sportives nationales, un seul module obligatoire se trouve dans l’ensemble des formations, et c’est celui consacré à l’éthique», explique-t-elle. Ceux et celles qui suivent le Programme national de certification des entraîneurs doivent, quant à eux, signer un code d’éthique, s’engager à respecter des comportements éthiques et se faire évaluer. «Dans les deux dernières années, indique la professeure, des fédérations ont congédié des coachs qui n’avaient pas respecté certains aspects des codes d’éthique. Il y a donc un progrès.»

Guylaine Demers conteste le pouvoir considérable de l’entraîneur de haut niveau sur ses protégés. Du même souffle, elle dénonce la confiance aveugle que de nombreux parents témoignent aux entraîneurs. «Si un enseignant se comportait avec un adolescent comme certains entraîneurs le font, les parents monteraient tout de suite aux barricades», affirme-t-elle. Selon la professeure, une sensibilisation s’avère nécessaire. «À l’Université Laval, poursuit-elle, nous voulons mettre en place une formation pour le programme d’excellence Rouge et Or. Les étudiants-athlètes doivent pouvoir dire qu’au-delà d’un certain niveau, tel ou tel comportement de l’entraîneur est inacceptable.»

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