Arts

Elles étaient peintres

La Révolution française aurait sonné le glas de la présence des femmes artistes européennes au 18e siècle 

Par : Renée Larochelle
Un détail de l'autoportrait réalisé par Élisabeth Vigée-Lebrun
Un détail de l'autoportrait réalisé par Élisabeth Vigée-Lebrun
Leurs carnets de commandes étaient remplis, leurs tableaux se vendaient très cher et elles étaient admises dans les plus grandes académies de peinture. Elles avaient pour nom Élisabeth Vigée-Lebrun, Rosalba Carriera, Angelica Kauffman, entre autres membres de la gent féminine tentant de percer dans un milieu d’hommes. On entend peu parler des femmes artistes du 18e siècle en Europe et qui ont éclairé le Siècle des lumières de leur peinture. Lors d’une conférence qu’elle a prononcée sur le sujet le 28 janvier, Françoise Lucbert, professeure au Département d’histoire, a comblé cette lacune, révélant au grand jour le parcours exceptionnel de ces artistes devant lesquelles s’inclinaient les puissants de ce monde. La conférence était organisée par le Cercle interuniversitaire d’études sur la République des lettres (CIERL). «Ce n’est pas parce qu’on les connaît moins que les hommes que les femmes artistes n’ont pas existé», a rappelé Françoise Lucbert. 
   
Née à Paris, fille d’un père pastelliste et d’une mère coiffeuse d’origine paysanne, Élisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), artiste au talent précoce, est surtout connue pour avoir été la portraitiste attitrée de la reine Marie-Antoinette. L’Académie royale de peinture et de sculpture lui ouvre ses portes en 1783. Forcée de quitter la France en 1789 à cause de la Révolution («La Révolution a détrôné les femmes», dira-t-elle), Élisabeth Vigée-Lebrun part en exil en Russie, en Italie et en Allemagne, où sa réputation de portraitiste l’a précédée. Le parcours de Rosalba Carriera, peintre vénitienne née en 1675, s’avère aussi intéressant. Arrivée à Paris en 1720, l’artiste remet au goût du jour le pastel en France, peignant directement sur le papier sans dessin préalable. Les femmes issues de la noblesse et de la haute bourgeoisie se bousculent au portillon pour avoir leur portrait signé de «La Rosalba», qui entre à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1721. Enfin, la Suisse Angelica Kauffman (1741-1807) est considérée comme l’une des plus fameuses peintres et portraitistes du 18e siècle. Fille de peintre, enfant prodige, l’artiste a connu une enfance s’apparentant à celle de Mozart, voyageant avec son père en Angleterre et en Italie. Certaines de ses œuvres s’arrachent à prix d’or. À la fin des années 1780, le studio d’artiste qu’elle occupe à Rome devient d’ailleurs l’un des phares de la vie culturelle de la ville. L’artiste est l’un des membres fondateurs de la British Royal Academy.

«Le 18e siècle a accordé énormément de place aux femmes artistes, dit Françoise Lucbert. Les choses ont cependant changé lors de la Révolution en 1789, année où l’Académie royale de peinture et de sculpture est devenue la Société populaire et républicaine des arts et dont l’un des premiers actes a été d’en exclure les femmes artistes. En ce sens, la Révolution française a peut-être fait avancer les droits de l’homme, mais pas ceux de la femme. Au 19e siècle, il y a eu bien sûr les Berthe Morisot et les Camille Claudel, mais il faudra attendre le début du 20e siècle pour qu’on entende à nouveau la voix des femmes artistes.»

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