
Des étudiants marchent sur le campus de l'Université Laval.
— Dany Vachon
La rectrice Sophie D'Amours et la présidente de Sorbonne Université, Nathalie Drach-Temam, signent une lettre ouverte en marge du sommet Canada-Union européenne de Montréal, qui a lieu du 29 au 30 octobre. Elles proposent d'intégrer les universités canadiennes à Erasmus+, un programme phare de l'Union européenne en matière d'éducation et de formation. Il favorise la mobilité internationale des étudiantes, des étudiants et du personnel, tout en renforçant la coopération entre les établissements d'enseignement supérieur à travers le monde.
Nous vivons dans un monde de plus en plus complexe. Aux multiples crises géopolitiques, socio-économiques, démographiques, technologiques et climatiques s'ajoute le fait que nos sociétés sont fracturées.
En parallèle, des éléments que nous considérions autrefois comme des acquis sont aujourd'hui remis en question. C'est, par exemple, le cas d'un ordre mondial basé sur le droit international, la coopération et le partage des connaissances. On assiste plutôt à un recul démocratique aux quatre coins de la planète et à un effritement de certaines alliances, ce qui impose d'agir rapidement.
L'université n'échappe pas à cette tourmente. Dans des pays où, il y a à peine quelques années, la liberté académique et l'autonomie universitaire semblaient des acquis inviolables, des chercheuses et des chercheurs voient aujourd'hui leur travail menacé. La science et le savoir font de plus en plus l'objet d'attaques, de menaces et de censure.
Ce serait une grave erreur de se taire en attendant des jours meilleurs. Ce serait aussi une erreur de croire que la désinformation disparaitra d'elle-même. Il faut plutôt nous mobiliser et défendre l'université comme un bien commun au service de toute la société.
Pour réussir, il importe de bâtir des ponts, d'œuvrer à la poursuite d'un dialogue ouvert et respectueux avec tous. Car un vivre-ensemble harmonieux, à l'abri de la polarisation, exige un cadre de référence partagé. Un cadre qui repose sur les faits et la rigueur dans la recherche de la vérité.
Sans pour autant nous laisser enfermer dans des chambres d'écho, nous devons tisser davantage de liens entre ceux et celles qui partagent et qui défendent cet objectif fondamental. C'est dans cet esprit que nos deux universités ont récemment renouvelé un partenariat stratégique transatlantique. Ce partenariat est ambitieux. Il vise à accroître les projets de recherche conjoints et à encourager la mobilité des chercheuses et chercheurs ainsi que des personnes étudiantes entre le Québec et la France.
Nous affichons ainsi notre volonté de construire des relations pérennes et porteuses pour mieux répondre aux défis que nous impose le monde d'aujourd'hui. Nous travaillons à développer une diplomatie scientifique durable, où valeurs partagées et intérêts communs se renforcent mutuellement.
D'ailleurs, nos deux pays partagent de tels objectifs. Dans un contexte où le Canada et l'Europe seront appelés à tisser des liens encore plus serrés dans les prochains mois, les universités ont un rôle de premier plan à jouer dans cette nouvelle dynamique.
Le statut de pays associé a déjà été octroyé au Canada au sein d'Horizon Europe, principal programme de financement de la recherche de l'Union européenne. Après ce succès, pourquoi ne pas franchir un nouveau pas en intégrant également les universités canadiennes dans le programme Erasmus?
En soutenant les séjours d'études, les projets de formation et les stages des deux côtés de l'Atlantique, une telle initiative servirait également de levier pour la recherche. En ciblant d'abord la jeunesse, cette coopération renforcée entre le Canada et l'Union européenne aurait un effet encore plus structurant pour l'avenir.
Dans un monde en changement, les universités ont un rôle plus essentiel que jamais. Elles doivent contribuer à la coconstruction d'une société apprenante, encore plus innovante et résiliente. Car la science, tout comme la technologie, doit être au service de la société et non l'inverse. Elle doit s'inscrire dans une logique citoyenne d'ouverture, de transparence des méthodes et des données. Elle doit œuvrer à la mobilisation des connaissances au service des citoyens et de la société.
Nos deux universités sont des références incontournables de la recherche, de la médiation scientifique et de l'enseignement dans la francophonie. Les diplômes qu'elles décernent ont une grande valeur, et ce, tant sur le plan social et culturel qu'économique. Au-delà de leurs retombées concrètes sur l'emploi local, elles agissent comme de véritables leviers de transmission des connaissances et de progrès.
Nos personnes diplômées constituent ainsi une force réelle. Elles ont un atout: celui d'avoir en main les outils pour réfléchir, créer et contribuer à bâtir un nouveau monde. Elles ont un impact tangible sur l'avenir de nos sociétés.
La Sorbonne est la plus ancienne université francophone d'Europe. L'Université Laval est la plus ancienne université francophone des Amériques. Nos traditions sont fortes, tout comme notre capacité de contribuer à relever les défis de demain.
En unissant nos forces, nous serons encore plus en mesure de promouvoir le bien commun que constituent les universités pour la société. En misant sur nos valeurs partagées, nous entendons inscrire résolument les universités au cœur des nouvelles relations transatlantiques qui se dessinent entre le Canada et l'Europe.
Sophie D'Amours, rectrice de l'Université Laval
Nathalie Drach-Temam, présidente de Sorbonne Université



















