30 septembre 2026
Journée nationale de la vérité et de la réconciliation: l'Université Laval, un «carrefour de rencontres et de collaborations entre les nations»
Parmi les activités tenues sur le campus le 30 septembre figurait notamment la remise des premières attestations du microprogramme en archéologie pour les Premiers Peuples

Gabriel Gros-Louis, Wendat de Wendake et Innu de Ushuat mak Mani-Utenam, a offert une performance de danse lors de cette journée.
— Yan Doublet, Université Laval
Le 30 septembre, dans le Grand Axe de l'Université Laval, quelque 200 personnes ont assisté debout, par un vent frisquet et sous un ciel nuageux, à la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Cette commémoration est observée chaque année à l'échelle du Canada. Elle vise à honorer les survivantes et survivants des pensionnats autochtones, leurs familles et leurs communautés, et à reconnaître les répercussions durables du système des pensionnats du Canada.
Une performance de chant traditionnel autochtone offerte par Andawa Laveau et Christian Laveau, deux artistes wendat, a démarré la journée. Ensuite, l'aînée wendat Diane Andicha Picard a prononcé un mot de sagesse. Puis, Maïthé Boivin, inscrite à la maîtrise en anthropologie et coprésidente de l'Association des étudiants autochtones de l'Université Laval, a pris la parole.
«La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est d'abord une journée de mémoire et de commémoration, a expliqué cette personne membre de la Première Nation Wolastoqiyik. Je me souviens des enfants qui ne sont jamais revenus des pensionnats. Je me souviens des survivantes et des survivants. Je me souviens de leurs familles et des communautés qui portent encore les conséquences de ces violences. Aujourd'hui, leurs histoires, leurs mémoires et leurs blessures doivent être au cœur de nos paroles et de nos gestes.»
Elle a poursuivi en disant que la vérité ne consiste pas seulement à reconnaître le passé. «Elle exige de regarder les réalités qui persistent, d'écouter les personnes et les communautés autochtones et de nommer les injustices qui continuent de marquer nos vies au quotidien.» Puis, Maïthé Boivin a souligné que ce qui compte vraiment «est ce que nous choisissons de faire maintenant, dans le présent». Selon elle, la réconciliation «nécessite de se réconcilier avec soi-même et avec nos émotions, avec la Terre-Mère par sa protection et avec les autres humains».

Au micro, Maïthé Boivin, membre de la Première Nation Wolastoqiyik, inscrite à la maîtrise en anthropologie et coprésidente de l'Association des étudiants autochtones de l'Université Laval
— Yan Doublet, Université Laval
Un plan commun renouvelé
Prenant la parole à son tour, la rectrice Sophie D'Amours a d'abord qualifié l'Université Laval de «carrefour de rencontres et de collaborations entre les nations». Elle a ensuite expliqué que la réconciliation «commence par la vérité, l'écoute et la volonté de comprendre et d'avancer et qu'elle concerne tout le monde». Elle a rappelé que l'Université Laval a entrepris ce parcours il y a quelques années avec l'adoption du plan Vers un portage collaboratif: marchons ensemble avec les Premiers Peuples. Ce plan quinquennal a été renouvelé en 2026.
Il prévoit la poursuite du développement de mesures d'accompagnement qui tiennent compte des réalités des personnes autochtones sur le campus. Il vise aussi à favoriser des espaces culturellement sécurisants. «Dans un portage, a-t-elle ajouté, personne n'avance seul. Chacune et chacun porte une partie du trajet. Certaines personnes ouvrent le chemin. D'autres offrent leur soutien. D'autres encore transmettent leur expérience ou leur savoir.»
En conclusion, la rectrice a soutenu que «le chemin de la réconciliation se poursuit et qu'il reste encore beaucoup à apprendre».
Nadine Rousselot, directrice du bureau des Premiers Peuples de l'Université Laval et elle-même Wendat, a ensuite parlé de son enfance. «D'avoir été dans notre territoire ancestral, le Nitassinan, je n'ai que de bons souvenirs, a-t-elle rappelé. Les apprentissages, comment faire la nourriture, comment utiliser les plantes médicinales, comment honorer l'animal qui se donne à nous pour qu'on survive, et comme il y avait de la lumière chez mes grands-parents quand ils m'enseignaient ces savoirs.» Elle a ensuite insisté sur l'aspect «vérité» de la Journée. «Cette vérité, a-t-elle dit, est réelle, elle est présente. Ma mère est allée au pensionnat, elle n'a pas été confiée par ses parents. Elle a été obligée. Elle a été arrachée à son milieu.»
Les allocutions de quatre représentants de la classe politique ont mis un terme à cette première partie de la journée. Le ministre libéral Joël Lightbound représentait le gouvernement fédéral. Ont suivi respectivement la lieutenante-gouverneure du Québec, Manon Jeannotte, le ministre caquiste sortant Ian Lafrenière et le député péquiste Pascal Paradis.

Plusieurs personnalités ont pris part à la journée qui s'est déroulée sur le campus. De gauche à droite: Manon Jeannotte, lieutenante-gouverneure du Québec, Joël Lightbound, ministre fédéral de la Transformation du gouvernement, des Travaux publics et de l'Approvisionnement, la rectrice Sophie D'Amours, Pascal Paradis, député de Jean-Talon, Ian Lafrenière, ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Nadine Rousselot, directrice du Bureau des Premiers Peuples (BPP) et Marie-Claude Sioui, responsable des partenariats et des événements au BPP.
— Yan Doublet, Université Laval
Une première cohorte pour rapprocher l'archéologie des communautés autochtones
Quatre femmes innues ont reçu leur attestation du microprogramme en archéologie pour les Premiers Peuples de l'Université Laval lors de cette journée. Les récipiendaires sont Nicole Kaltush de la communauté de Natashquan, Kuniss Drouin et Émilie Verrault de la communauté de Mashteuiatsh, ainsi qu'Uapukun Mestokosho de la communauté d'Ekuanitshit.
Faisant allusion à la cérémonie qui a clôturé la journée, la rectrice a félicité ces personnes. «Leur engagement dans ce parcours, a-t-elle dit, témoigne de leur volonté de contribuer à la protection, à la compréhension et à la transmission du patrimoine des Premiers Peuples.»
Lancé en 2025, ce programme crédité est le premier de l'Université Laval consacré exclusivement aux personnes issues des Premiers Peuples. Pour sa première cohorte, toutes les participantes se sont rendues au terme de la formation, une expérience qui témoigne, aux yeux de la professeure Allison Bain, de la pertinence d'une formation conçue avec et pour les communautés.
«On voulait créer un espace où les étudiantes pouvaient être accompagnées par des personnes qui comprennent leurs réalités», explique la professeure à la Faculté des lettres et des sciences humaines et porteuse du programme. Deux aînées archéologues innues ont notamment accompagné les participantes à des moments clés de leur parcours, offrant des modèles féminins importants dans une discipline où les communautés autochtones souhaitent accroître leur expertise.

Au centre, Émilie Verrault et Nicole Kaltush, les deux diplômées présentes lors de la cérémonie, ont reçu un médaillon perlé, fabriqué expressément pour cette première cohorte du microprogramme en archéologie pour les Premiers Peuples, ainsi qu'une écharpe distinctive. Elles sont entourées des deux sœurs aînées innues archéologues Aliss Germain, à gauche, qui a lancé «Enfin de la relève!», et Jeanne-Mance Germain, à droite.
— Yan Doublet, Université Laval
La formation, composée de trois cours, s'est tenue en alternance entre le Territoire, les Laboratoires d'archéologie de l'Université Laval et la Forêt Montmorency. Au total, 17 formatrices et formateurs autochtones ont contribué à transmettre des savoirs liés notamment à l'archéologie, au patrimoine, à la géographie et aux pratiques traditionnelles. Les étudiantes ont également été initiées à des pratiques comme le perlage ainsi qu'aux protocoles entourant les soins aux ancêtres, en plus d'approfondir l'importance de la langue innue et des savoirs liés au territoire.
«Il y a beaucoup de connaissances qui existent dans les communautés, mais elles sont parfois moins consultées lorsqu'il est question d'archéologie ou de patrimoine. On veut donner aux communautés les moyens de répondre elles-mêmes à ces enjeux», souligne Allison Bain. La formation peut ainsi contribuer à outiller des personnes appelées à intervenir dans des dossiers patrimoniaux ou à représenter leur nation dans des projets archéologiques.

Karine Taché et Allison Bain, professeures à la Faculté des lettres et des sciences humaines et coresponsables du microprogramme en archéologie pour les Premiers Peuples
— Yan Doublet, Université Laval
Les retombées se font déjà sentir: l'une des quatre finissantes poursuivra un baccalauréat en archéologie, tandis que deux autres envisagent de nouvelles formations. Pour Allison Bain, cette première expérience illustre la capacité du programme à ouvrir de nouvelles avenues. «Ça crée des opportunités et ça permet d'allumer leur flamme.» Une flamme que partage manifestement Uapukun Mestokosho, l'une des finissantes: «J'ai adoré apprendre sur l'archéologie et plus précisément l'archéologie autochtone… innue dans notre cas! Tout ce qui concerne notre environnement, notre Nitassinan, la nature me passionne! Elle est pour moi autant guérisseuse que professeure.»
L'expérience se poursuivra cet hiver dans deux autres communautés, qui seront confirmées ultérieurement, où le programme pourrait être adapté aux réalités et aux savoirs propres à chacune. L'objectif est notamment d'y faire appel aux porteuses et porteurs de connaissances et aux gardiennes et gardiens du Territoire afin que la formation puisse évoluer avec les communautés.
Lydia Desjardins est chargée de communication à la Faculté des lettres et des sciences humaines.

























