22 octobre 2026
Mycosphaera: pour une reconnaissance du rôle essentiel des champignons dans nos écosystèmes
Né d'un projet étudiant, ce premier organisme au Canada pour la conservation et la protection de la fonge porte la cause tous azimuts, jusqu'à la COP17 sur la biodiversité en Arménie

Aperçu de l'exposition La révolution des fonges avec, à gauche, Mathias-Rocheleau Duplain, cofondateur et directeur général de Mycosphaera, qui sera à la COP17, suivi d'une partie des membres de l'organisme issus de l'Université Laval: Keith Wauthy, étudiant au baccalauréat en bio-informatique, Pauline Hessenauer, professeure au Département des sciences du bois et de la forêt, Lucile Berthelot, cofondatrice et doctorante en ethnologie et patrimoine, et David Fortier, cofondateur et doctorant en chimie.
— Yan Doublet
«Rencontres avec des espèces inconnues! Univers où tout est à découvrir! Monde rempli de trésors!» Lorsque David Fortier décrit son champ d'études, on pourrait croire qu'il évoque les confins du cosmos ou la profondeur des fonds marins. Le doctorant en chimie parle plutôt de mycologie, un domaine qui le fascine depuis l'enfance. «Le rôle des champignons est essentiel dans la nature. Ils travaillent avec les plantes et les arbres dont ils assurent la nutrition; ils dégradent la matière organique enrichissant les sols et captent le carbone.»
Rapidement, ce mordu a joint des groupes de mycologues amateurs où il faisait «baisser la moyenne d'âge», plaisante-t-il. Il y a aussi rencontré quelques passionnés de la relève. L'une de leurs préoccupations? L'absence d'une reconnaissance officielle pour les champignons, malgré le fait que plusieurs sont en péril au Québec.
Pour combler ce vide, l'idée d'un groupe alliant observations scientifiques, démarches institutionnelles et éducation a émergé. En juin 2025, Mycosphaera était cofondée par huit jeunes, dont quatre de l'Université Laval: David Fortier, Lucie Berthelot, doctorante en ethnologie et patrimoine, en plus de Christophe Tav et François Guay, alors étudiants. Un an et demi plus tard, l'organisation à but non lucratif réunit une soixantaine de membres, incluant les personnes fondatrices et le conseil d'administration. Pauline Hessenauer, professeure au Département des sciences du bois et de la forêt, et Keith Wauthy, étudiant au baccalauréat en bio-informatique, se sont joints au groupe multidisciplinaire. Leur projet vient d'obtenir le trophée Projet par excellence au gala Forces AVENIR.
Faune, flore, fonge: jamais deux F sans trois
Depuis sa création, Mycosphaera a entrepris un vaste chantier de cueillette de données standardisées. «Des inventaires fongiques existaient, mais nous en ajoutons, tout en intégrant le séquençage génétique et la cartographie», précise David Fortier.
L'équipe a aussi posé les bases d'une liste québécoise de champignons à statut précaire. Une démarche essentielle pour appuyer des demandes de protection légale, précise le doctorant. «Au Québec, la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables couvre la faune et la flore, mais pas la fonge. Pourtant, les champignons compteraient six fois plus d'espèces que les plantes. Au Québec, 4000 sont répertoriées et plusieurs restent à découvrir.»
Or, comme les animaux et les végétaux, les champignons subissent les variations climatiques. D'où l'importance de les protéger, martèle Mycosphaera. Reconnu à l'international, l'organisme a été invité à la COP17, tenue du 19 au 26 octobre, en Arménie. Il se joindra aux spécialistes réclamant une reconnaissance de la fonge comme troisième règne du vivant. À ce jour, 14 pays ont signé cette proposition, mais pas le Canada.

La Collybie drapée d'or (Cyptotrama chrysopepla) est une espèce de champignons que l'on peut observer au Québec. Ici, elle est photographiée dans la forêt de Duchesnay à l'occasion d'inventaires menés par Mycosphaera en 2025.
— Mycosphaera/François Guay
Dissiper les préjugés et rattraper le retard
Pourquoi des coins du monde se soucient-ils davantage de l'avenir des champignons? «Certains, comme les Asiatiques, ont un lien traditionnel avec eux. En Europe, la cueillette en famille n'est pas rare», note David Fortier. Chez nous, il parle d'un retard causé par l'ignorance, même la mycophobie. «L'expression “pain du diable” a été courante ici pour parler des champignons», soutient-il.
Cela dit, le cofondateur se réjouit d'un engouement croissant depuis la pandémie de COVID-19, qui a favorisé les activités extérieures. Mais beaucoup reste à faire. Pour cette raison, Mycosphaera multiplie les initiatives éducatives et culturelles: conférences, formations, présence à des festivals. L'exposition La Révolution des fonges, présentée sur le campus jusqu'au 2 mai 2027, va dans ce sens.
L'organisme a également développé un portail numérique doté de cartes interactives qui facilite la collaboration citoyenne. La démocratisation des champignons passe aussi par leur mise en valeur économique, croit David Fortier. «Ça touche plusieurs aspects: alimentaire, mycotourisme, médical et le développement de matériaux à base de mycélium. Avec leur capacité d'absorption de métaux lourds et de polluants, les champignons peuvent aussi solutionner des défis environnementaux.»
Bref, il y a plusieurs raisons de se réconcilier avec les champignons.

























