27 août 2025
De l’extinction des espèces au cycle menstruel: la recherche imagée par le DESS en illustration scientifique
Des collaborations entre étudiantes, scientifiques et médias spécialisés révèlent le potentiel de l'illustration comme outil de vulgarisation

L'illustration de l'étudiante Xin Ting Zhou en collaboration avec Curium vulgarise les effets de la disparition du vautour en Inde sur l'écosystème et la santé humaine.
— Courtoisie
Cet été, les six étudiantes du diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) en illustration scientifique ont mis en pratique leurs apprentissages dans le cours Projet intégrateur en illustration scientifique, dernière étape du programme. Elles devaient réaliser un projet d'illustration scientifique concret avec des partenaires du milieu, dans un contexte professionnel.
«C'était l'occasion de développer notre propre méthode de travail autonome. Tu contactes les gens, tu organises tes rencontres, tu leur montres ton processus», raconte Marie-Pier Pelletier. Elle a travaillé avec Curium, un magazine de science vulgarisée pour les ados, au côté de sa collègue Xin Ting Zhou.
Une collaboration marquante en vulgarisation
Marie-Pier Pelletier a choisi Curium pour son audace dans le choix des sujets et le jeune public de 14 à 17 ans auquel il s'adresse. Pour son projet, elle devait illustrer le cycle menstruel. «Je devais trouver une manière de supporter le texte tout en ayant une illustration qui pouvait se tenir d'elle-même», explique l'étudiante. Après ses recherches, elle a pu contextualiser le sujet à sa manière et y mettre sa touche personnelle. «L'équipe était vraiment ouverte à voir ma vision des choses. Elle a tellement aimé mon esquisse préliminaire qu'elle voulait l'utiliser telle quelle, mais je leur ai dit que je pouvais aller beaucoup plus loin au niveau graphique», ajoute-t-elle avec un sourire.

Marie-Pier Pelletier a illustré les différents états du cycle menstruel en rappelant les quatre saisons par des poupées russes. L’effervescence de la phase folliculaire représente le printemps. L’apogée de l’ovulation, l’été. Vient ensuite la phase lutéale: les feuilles tombent, on se sent un peu déprimée, c’est l’automne. Finalement, les menstruations arrivent. On s’encabane, on enfile de gros bas, on lit un roman au coin du feu… comme en hiver.
— Courtoisie
Xin Ting Zhou, elle, avait comme objectif de vulgariser les effets de la disparition du vautour en Inde, non seulement sur l'écosystème, mais aussi sur la santé humaine. Elle a structuré et organisé les informations en un format infographique de façon méthodique et rigoureuse. L'étudiante y a ajouté une touche artistique judicieuse, en s'inspirant des codes de la sérigraphie, un procédé d'impression par pochoir.
«Marie-Pier et Xin ont tout de suite compris les particularités de notre média. Oui, nous souhaitons informer et vulgariser des notions scientifiques, mais nous ne sommes pas un manuel scolaire. Les illustrations doivent être attrayantes, en phase avec notre marque et adaptées aux sensibilités de notre lectorat. Elles ont relevé ces défis avec rigueur et créativité, chacune avec leur touche personnelle. Nous avons très hâte de voir la réaction des ados!», souligne Julie Champagne, rédactrice en chef de Curium.
Les illustrations de Marie-Pier Pelletier et Xin Ting Zhou seront publiées dans le numéro de décembre du magazine Curium.
Des projets sur mesure avec la communauté de recherche
Les quatre autres étudiantes ont mené des projets similaires en partenariat avec des scientifiques de l'Université Laval. Emma Bourgeault a notamment illustré et animé en 3D un nouveau phénomène lié aux plaquettes dans le sang pour Éric Boilard, professeur de la Faculté de médecine et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec –Université Laval.
La création du DESS en illustration scientifique était un «signe du ciel», car elle avait tout juste terminé sa maîtrise en biologie. Durant le projet intégrateur, elle était heureuse d'être de nouveau en contact avec une équipe de recherche et de travailler avec des scientifiques. «J'ai eu la chance d'aller au labo deux fois par semaine. Je vérifiais que l'écriture était assez grande, que les couleurs correspondaient, que la forme de la plaquette était correcte parce que je me basais juste sur des photos de microscopie», témoigne l'étudiante.

Emma Bourgeault a modélisé et animé une nouvelle façon pour les plaquettes de fonctionner au sein du système immunitaire.
— Courtoisie
Le reste de la cohorte a également relevé des défis stimulants dans des domaines scientifiques distincts. Geneviève Careau a travaillé sur un recueil de notes sur l'anatomie des dents, qui sera utilisé dès l'automne dans le cadre du doctorat en médecine dentaire. Julie Desir a collaboré avec une professeure en astrophysique pour illustrer certains phénomènes présentés lors de ses conférences. Élodie Ouellet-Belleau a produit des illustrations du système digestif destinées au cours d'un professeur de la Faculté de médecine.
Un domaine en pleine émergence
L'illustration scientifique est encore peu connue comme domaine, mais Marie-Pier Pelletier et Emma Bourgeault sont convaincues que ça répond à un grand besoin, autant au sein des équipes de recherche que dans les magazines.
«On avait plus de propositions de projets intégrateurs qu'on avait d'étudiantes au DESS pour les faire», note Marie-Pier Pelletier. Elle a d'ailleurs contacté les responsables des projets non sélectionnés pour leur offrir ses services.
Emma Bourgeault fera aussi sa place dans le milieu de la recherche, notamment à travers les contacts établis durant sa maîtrise. En plus des animations 3D, elle a notamment exploré le format de la bande dessinée pour vulgariser les travaux de l'équipe du professeur Éric Boilard avec une touche humoristique, afin de rendre la recherche attrayante. «Des BD plutôt que des résumés graphiques, comme celles utilisées de plus en plus dans des journaux scientifiques et leurs médias sociaux, communiquent beaucoup mieux le message. En BD, l'article devient suffisamment vulgarisé pour être compris par plus de gens», estime le chercheur. Ce format, encore peu utilisé, pourrait gagner en popularité.
L'aspect novateur du DESS en illustration scientifique a également attiré l'attention du magazine Québec Science. Le numéro de septembre y présente un coup d'œil du programme et met en lumière des créations d'étudiantes durant leur parcours.