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Les derniers décrocheurs
Une étude explore les causes du
haut taux d'abandon des étudiants inscrits au doctorat
par Jean Hamann
Dans le monde universitaire, les étudiants au doctorat
sont perçus comme de purs esprits qui poussent à
la limite leur soif de connaissances et qui ne laissent rien
ni personne les détourner de leur quête de savoir.
Dans les faits, la situation est tout autre. Des trois cycles
universitaires, c'est au doctorat que le taux d'abandon est le
plus élevé; il se situe à 50 % dans l'ensemble
des universités du Québec et à un peu plus
de 40 % à l'Université Laval.
L'étudiante-chercheuse Flavie Lecompte et le professeur
Janel Gauthier, de l'École de psychologie, ont voulu savoir
ce qui se cachait derrière cette hécatombe. Dans
le cadre de son mémoire de maîtrise, l'étudiante-chercheuse
a retracé et interrogé plus d'une centaine d'étudiants
qui étaient inscrits au doctorat au début de l'année
civile 1996. L'exercice lui a permis de dresser le profil de
62 candidats qui ont complété avec succès
leur programme, de le comparer à celui de 51 décrocheurs
et de cerner quelques éléments qui influencent
l'abandon des études doctorales. Il y a quelques semaines,
Flavie Lecompte et Janel Gauthier présentaient les grandes
lignes de cette étude au Conseil de la Faculté
des études supérieures.
Quelques surprises
Les décrocheurs sont plus âgés que les
finissants (34 versus 30 ans) lorsqu'ils s'inscrivent au doctorat,
et ils étudient pendant cinq sessions avant de lancer
la serviette. Parmi les facteurs que les chercheurs ont pu associer
au décrochage, le régime d'études à
temps partiel fait sa part de ravages: 93 % des étudiants
qui n'étudient pas à temps plein n'obtiennent pas
leur diplôme. Contrairement aux attentes, le revenu total
dont dispose l'étudiant ne semble pas déterminant:
c'est plutôt la source de ces revenus qui exerce une influence
marquée. Ainsi, pendant leurs études, 75 % des
finissants disposent de revenus provenant davantage de bourses
et de prêts que de leurs propres poches. Chez les décrocheurs,
ce pourcentage n'est que de 53 %. Autre surprise, le nombre d'heures
consacrées à un travail rémunéré
ne semble pas influencer la décision de poursuivre ou
non. Par contre, les étudiants qui persévèrent
occupent plus souvent des emplois en lien direct avec leurs études.
Être parent semble également prédisposer
au décrochage. Les chercheurs ont observé qu'il
y a significativement plus de décrocheurs (57 %) que de
finissants (37 %) qui ont des enfants. Le temps consacré
aux tâches parentales nuirait à l'intégration
scolaire des étudiants et, évidemment, réduirait
le temps qu'ils peuvent consacrer à leurs travaux.
Les décrocheurs montrent un plus faible taux de motivation,
qu'il s'agisse de la composante de motivation interne (exemple:
j'étudie pour en apprendre davantage dans mon domaine),
de motivation externe (j'étudie pour obtenir un diplôme)
ou de priorité des études. Ils étaient aussi
plus sujets à la procrastination, moins bien intégrés
à la vie scolaire et sociale universitaire, moins soutenus
par leurs proches et ils entretenaient de moins bons rapports
avec leur directeur de thèse.
Les principaux motifs invoqués par les décrocheurs
pour expliquer leur décision d'abandonner les études
doctorales sont les difficultés financières, l'acceptation
d'une offre d'emploi intéressante, la conciliation travail/études
et la relation négative avec le directeur de thèse.
Les chercheurs soulignent que ce sont tous là des facteurs
externes. "Il se pourrait que les motifs de départ
invoqués par les décrocheurs soient moins révélateurs
des facteurs qui les ont poussés à abandonner que
des stratégies qu'ils ont utilisées pour préserver
leur estime de soi et leur image sociale à la suite de
leur abandon des études doctorales", avancent-ils.
Que faire?
À la lumière de ces résultats, Flavie
Lecompte et Janel Gauthier suggèrent un certain nombre
de mesures qui pourraient favoriser la persévérance
aux études doctorales. D'abord, les instances gouvernementales
et les universités auraient tout intérêt
à assurer un meilleur soutien financier aux doctorants
si elles souhaitent accroître le nombre de finissants au
troisième cycle. Ensuite, il faudrait que, pendant leurs
études, les doctorants aient davantage accès à
des emplois liés à leur domaine. "Nous recommandons
un meilleur équilibre entre le nombre d'admissions et
le nombre de postes d'auxiliaire de recherche ou d'auxiliaire
de cours", proposent-ils.
Les auteurs de l'étude suggèrent également
d'instaurer des rencontres d'accueil entre les nouveaux doctorants
et les membres de leur faculté, des ateliers de formation
sur la motivation et des mesures favorisant de meilleurs rapports
étudiant-directeur. "Nous suggérons aussi
que l'Université sensibilise davantage les doctorants
aux risques associés aux études à temps
partiel de telle sorte que l'étudiant puisse faire un
choix éclairé quant à son régime
d'études."
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