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13 septembre 2001 ![]() |
Les sprinters ont de grosses cuisses, les kayakistes ont de
grosses épaules et les gymnastes ont une grosse proprioception.
Une grosse quoi? Proprioception, ce mystérieux sixième
sens qui permet de sentir la position de nos membres et de notre
corps dans l'espace, sans avoir recours à la vision.
Un étudiant au doctorat en kinésiologie, Nicolas
Vuillerme, vient de démontrer que, même dans des
tâches simples, les gymnastes surpassent les athlètes
d'élite d'autres disciplines lors de tests de performance
proprioceptive. Contrairement à ce que l'on pourrait croire,
l'étudiant-chercheur du Laboratoire de performance motrice
humaine n'a pas demandé à ses sujets d'exécuter
un triple salto arrière avec vrille à la réception,
ni de marcher sur une poutre de deux centimètres de largeur
installée à vingt mètres du sol. Il leur
a tout simplement demandé de se tenir debout, bien droit.
"On sait déjà que les gymnastes peuvent réaliser
des mouvements qui exigent un sens de l'équilibre très
poussé, explique-t-il dans un récent numéro
de Neuroscience Letters. Par contre, on ignorait si cette
capacité se transposait dans l'exécution de tâches
simples et s'ils surpassaient les autres athlètes, ou même
les personnes sédentaires, dans des tâches non acrobatiques."
L'étudiant-chercheur et six collègues français
et américains ont donc invité dans leur laboratoire
six gymnastes expérimentés et six autres athlètes
pratiquant le soccer, le handball ou le tennis. Les sujets devaient
se tenir debout, sans broncher, pendant dix secondes. Grâce
à un appareil mesurant le déplacement du centre
de pression sous le pied, ils ont mesuré les oscillations
des athlètes lorsqu'ils se tenaient debout sur deux pieds,
puis sur un pied et, finalement, sur un pied, mais sur un matelas
mou. Les participants ont ensuite recommencé ces trois
tests les yeux fermés.
Même pour une tâche aussi simple que de se tenir debout, les gymnastes font mieux que les athlètes des autres disciplines
Résultats? Lorsque les sujets avaient les yeux ouverts,
les oscillations du corps de tous les participants augmentaient
en fonction de la complexité de la tâche, mais aucun
groupe ne surpassait l'autre. Privés de leur vision, tous
les sujets titubaient davantage lorsqu'ils devaient se tenir sur
un seul pied, mais les oscillations des gymnastes demeuraient
près de 40% moins élevées que celles des
autres athlètes. Selon les chercheurs, les gymnastes ne
parviennent pas à compenser complètement l'absence
d'information visuelle pour maintenir une posture stable dans
des conditions difficiles, mais ils le font mieux que les autres
sujets.
"Les gymnastes semblent moins dépendants des informations
visuelles que les autres athlètes pour maintenir leur équilibre",
conclut l'étudiant-chercheur. Deux hypothèses pourraient
expliquer ce phénomène, poursuit-il. Ou bien les
gymnastes peuvent passer plus facilement d'une source d'information
visuelle à une autre source d'information sensorielle ou
encore leur système sensoriel est tout simplement supérieur.
Parce que les gymnastes doivent régulièrement exécuter
des mouvements complexes dans des environnements pauvres au plan
visuel (grands gymnases avec peu de points de référence),
les chercheurs estiment que pour exceller, ils doivent posséder
ou développer la capacité de se positionner dans
l'espace en ayant moins recours à leur vision.
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