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9 mars 2000 ![]() |
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L'Ile d'Orléans abriterait pas moins de huit espèces végétales dont les noms figurent sur la liste des plantes menacées ou vulnérables du Québec. C'est ce qu'a découvert l'étudiant-chercheur Frédéric Poisson, du Département de phytologie, après avoir réalisé l'inventaire floristique des plantes de milieu terrestre de l'Ile d'Orléans. La présence de ces plantes peu communes s'expliquerait par le fait que l'île est située aux frontières de grands ensembles géophysiques; d'une part, les Laurentides et les Appalaches se jettent à ses pieds, et d'autre part, le fleuve s'y transforme en estuaire. Par ailleurs, le fait que le centre de l'île soit peu propice à l'agriculture aurait contribué à préserver la diversité floristique de cette frontière naturelle. De Lille à l'Ile |
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| Photo Frédéric Poisson |
À la suggestion de son directeur de mémoire, Robert Gauthier, professeur de phytologie et conservateur de l'Herbier Louis-Marie, l'étudiant-chercheur français, originaire de Lille, a donc entrepris de combler cette lacune. De mai à octobre 1998, Frédéric Poisson a sillonné, d'est en ouest, les milieux boisés du centre de l'Ile pour en répertorier les plantes. "Environ 35 % de l'Ile est encore boisée, signale-t-il. Ces milieux ont échappé à l'agriculture en raison du sol rocailleux ou du mauvais drainage qu'on y trouve. Presque tout le territoire appartient à des propriétaires privés. En six mois de travail sur le terrain, seulement quatre d'entre eux m'ont refusé l'accès à leur propriété."
Au départ peu familier avec la flore du Québec, Frédéric Poisson estime avoir mis six mois à identifier les spécimens collectionnés sur l'Ile. "Heureusement, j'ai reçu l'aide de Michelle Garneau (technicienne experte de l'Herbier Louis-Marie). Elle possède une connaissance exceptionnelle de la flore du Québec." L'étudiant-chercheur a ainsi identifié 315 espèces de plantes terrestres jamais répertoriées sur l'Ile, ce qui porte à 924 la liste des plantes qu'on y retrouve. Parmi les espèces qu'il a répertoriées figurent huit plantes menacées ou vulnérables. La plus connue est l'ail des bois, menacé en raison de l'exploitation commerciale dont il a fait l'objet. On retrouve également trois espèces d'orchidées (Listera australis, Platanthera flava var. herbiola, Platanthera blephariglottis), une espèce appartenant à la famille de la marguerite (Bidens eatonii), une violette (Viola affinis), une rose (Rosa rousseauiorum) et une fougère (Woodwardia virginica). Fait inusité au sujet de cette dernière, les botanistes croyaient que sa limite nord se situait 150 km plus au sud.
Selon l'étudiant-chercheur, les milieux les plus riches de l'Ile sont les érablières peu perturbées, les tourbières ouvertes de Saint-Pierre et de Saint-Jean, les forêts mélangées sur sol humide et les fossés de drainage! C'est d'ailleurs là qu'il a découvert trois des huit espèces de plantes menacées. "C'est un milieu humide qui semble servir d'habitat refuge aux plantes", avance-t-il en guise d'explication.
Aménagement floristique
La valeur floristique des peuplements de l'Ile dépend
beaucoup de ce que les propriétaires font sur leur terrain,
a constaté Frédéric Poisson. D'ailleurs,
ses travaux, codirigés par Vincent Girardin, de la Direction
du patrimoine écologique et du développement durable
au ministère de l'Environnement, ne visaient pas uniquement
à répertorier les plantes mais aussi à mettre
au point un outil d'aide à la gestion de la flore pour
la MRC (municipalité régionale de comté).
En vertu de la loi 125 sur l'aménagement et l'urbanisme, les MRC sont tenues d'identifier, dans leur schéma d'aménagement, des zones qui présentent un intérêt d'ordre historique, culturel, esthétique ou écologique. "L'outil d'aide à la gestion proposé permettait aux aménagistes de localiser des zones d'intérêt floristique et de déterminer pour chacune d'elles les potentialités, les contraintes et les fragilités du milieu, explique Frédéric Poisson. Ces informations, qui peuvent être intégrées aux schéma d'aménagement, permettent la mise en place d'une gestion intégrée de ces milieux afin de conserver les richesses naturelles de l'île. L'Ile d'Orléans est déjà reconnue pour son patrimoine historique et culturel. Si on pouvait mettre en valeur sa richesse floristique, ça ne pourrait qu'ajouter à ce milieu exceptionnel."
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