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23 janvier 1997 ![]() |
Le 22 janvier 1997
Chères et chers membres de la communauté universitaire,
Plusieurs d'entre vous m'ont invité à poser ma candidature au poste de recteur de notre université. J'ai décidé d'accepter de relever ce double défi: défi de l'élection d'abord, mais défi surtout d'amener l'Université Laval à continuer de se développer durant les cinq prochaines années dans un contexte qui n'est pas facile.
À mon avis, et je tiens à le dire clairement tout de suite, Laval est une université de premier plan. Elle est forte de ses nombreux secteurs d'excellence, mais particulièrement de ses professeures et de ses professeurs dont le niveau et la qualité n'ont rien à envier à aucune autre université. Elle est forte aussi grâce à la qualité et au travail de tous les autres membres de la communauté universitaire, étudiantes et étudiants des trois cycles, chargées et chargés de cours, administratrices et administrateurs, employées et employés.
Je suis, et vous l'aurez compris, très attaché à l'Université Laval. J'y oeuvre depuis presque 25 ans et j'en connais bien toutes les facettes. Durant les premières années de ma carrière à l'université, j'ai surtout été un enseignant, et c'est une période de ma vie qui m'a apporté de grandes satisfactions. Ensuite j'ai travaillé au développement d'un secteur de recherche qui, je peux le dire sans fausse modestie, a maintenant une renommée très enviable au plan international, la technologie du béton. Ce succès, il faut le souligner, tient entre autres aux efforts constants que j'ai faits pour maintenir dans mon équipe une cohésion solide, un climat de travail serein et une attitude positive. Le Centre de recherche interuniversitaire sur le béton (le CRIB), dont je suis le directeur, regroupe principalement des chercheurs de l'Université de Sherbrooke et de l'Université Laval. Plus de cent personnes y font des études de maîtrise ou de doctorat. Je suis fier d'avoir été un des principaux artisans de sa création et de participer à son rayonnement.
Plus récemment, tout en étant directeur du CRIB et titulaire d'une chaire industrielle, et tout en poursuivant des activités de formation, surtout aux deuxième et troisième cycles, je me suis intéressé à l'administration de l'université. Je suis actuellement représentant des professeures et des professeurs de la Faculté des sciences et de génie au Conseil universitaire où je siège depuis 1991. Je suis aussi membre du Conseil d'administration depuis 1992 et, depuis 1995, membre du Comité exécutif.
Comme vous le savez, les prochaines années s'annoncent difficiles. Je reste cependant convaincu que l'Université Laval est capable non seulement de surmonter les difficultés qui s'en viennent, mais même d'en ressortir meilleure. Cela demandera la contribution, les idées et le travail de tous les membres de la communauté universitaire sans exception. D'ici au 2 avril, jour de l'élection du recteur, j'aurai l'occasion d'échanger avec bon nombre d'entre vous et je souhaite que nous commencions déjà à évoquer des solutions possibles. Il est évident que l'université ne pourra pas faire des déficits importants durant plusieurs années de suite et il faudra donc qu'ensemble nous fassions les choix nécessaires.
L'Université Laval de demain ne sera probablement pas tout à fait la même, mais elle sera tout aussi forte et, s'il n'en tient qu'à moi, tout aussi accessible. Je ne crois pas à une université élitiste avec un petit nombre d'étudiants et des frais de scolarité très élevés. Je crois à une université ouverte et accessible, mais aussi exigeante. Les étudiantes et les étudiants doivent être encouragés à travailler avec détermination et autonomie, à devenir vraiment les agents de leur propre formation, car on reçoit de l'université dans la mesure de l'effort que l'on y met.
Le recteur, c'est comme cela que je vois son rôle, doit être celui qui sait motiver ceux qui l'entourent. Il est un rassembleur, un animateur et fait en sorte que toutes et tous aient le goût de travailler ensemble vers un but commun: le développement des connaissances et la formation des étudiantes et des étudiants. Il est un "leader" au sens propre du terme. Il propose la voie à suivre et amène les autres à ses idées. Il doit bien connaître l'enseignement et la recherche. Il doit surtout bien connaître ce que pensent les professeures et les professeurs, les étudiantes et les étudiants, et tous les autres membres de la communauté universitaire. Il doit donc être accessible et respecté. Les autres administrateurs de l'université, vice-rectrices et vice-recteurs, doyennes et doyens, directrices et directeurs, devront partager cette vision d'ouverture.
Pour la société, le recteur est le représentant officiel de l'université. Ce rôle est particulièrement important dans une région comme celle de Québec où siège le gouvernement et qui a un rayonnement international. Le recteur doit donc bien la connaître et être très sensible à tout ce qui peut aider à son développement. L'université, entre autres grâce à l'accueil de nombreux étudiantes et étudiants étrangers, contribue beaucoup à ce rayonnement. Le recteur doit le faire valoir. Il doit en fait entreprendre toutes les actions qui sont requises pour mieux faire connaître ce qui se fait à l'université et en quoi ces activités ont des retombées sociales et économiques importantes.
Mais que doit faire le recteur pour que l'Université Laval continue de se développer? D'abord favoriser les activités qui sont au coeur même de la mission de l'université et particulièrement tout ce qui touche la formation. Ainsi, une attention particulière devra être donnée à l'amélioration de la relation professeur-étudiant. Il faudra également que la formation à l'université s'inscrive dans une philosophie d'ouverture, tant à l'intérieur de l'université par le contact entre les diverses disciplines et les diverses cultures qu'à l'extérieur par de plus en plus de collaborations avec d'autres universités et d'autres organisations, chez nous et ailleurs dans le monde. Cela contribuera à mieux préparer nos diplômées et nos diplômés à un marché du travail en évolution constante. Il faudra enfin que l'université soit pour chacun d'entre nous un véritable milieu de vie, accueillant et propice à la discussion et la réflexion. Par ailleurs, au cours des années qui viennent, les nouvelles technologies de l'information vont prendre de plus en plus de place dans le domaine de l'enseignement. Il faudra donc voir à ce que ces technologies soient utilisées de façon à permettre une amélioration de la relation pédagogique et de la qualité de la formation.
Le recteur devra aussi continuer d'appuyer le secteur qui fait une grande partie de la force de l'Université Laval: la recherche. La recherche, qu'elle soit fondamentale ou appliquée, c'est à la fois l'assurance du développement de notre société et un excellent instrument de formation. Elle peut être faite en collaboration avec divers organismes extérieurs à l'université, et cela est souvent très stimulant. Mais il y a aussi, et ce sera toujours très important, la recherche libre. L'université est le lieu privilégié de la pensée libre et critique. C'est un rôle social que certains nous reprochent de ne pas assez exercer. Il faut que nous l'exercions!
Personnellement, je suis extrêmement fier d'être membre de l'Université Laval. Plus j'y travaille, plus je la découvre, et plus je vois à quel point elle est une institution dynamique et qui sait se remettre en cause quand il le faut. Pour que son développement se poursuive dans cette lancée, le meilleur moyen est de promouvoir les valeurs qui fondent l'activité universitaire et qui assurent son rayonnement au sein de la société. C'est cette responsabilité qu'en tant que recteur j'entends assumer avec toute la force et la conviction que vous me connaissez.