![]() |
12 septembre 1996 ![]() |
Au Centre de détention de Québec
Une étude menée au Département de médecine sociale et préventive indique que 8 % des femmes et 2 % des hommes incarcérés au Centre de détention de Québec en septembre 1994 étaient porteurs du virus du sida
Une étude portant sur la prévalence du virus du sida (VIH) et sur les comportements à risque parmi la population carcérale du Centre de détention de Québec en arrive à des conclusions troublantes: 8 % des femmes et 2 % des hommes détenus dans cette institution en septembre 1994 étaient porteurs du virus du sida. En comparaison, le taux de séropositivité dans l'ensemble de la population du Québec est inférieure à 0,2 %. Chez les détenus des deux sexes, l'utilisation, à un moment ou à un autre de leur vie, de drogues intraveineuses combinée au partage de seringues non stérilisées serait la principale cause d'infection au VIH. Certains détenus ont même admis poursuivre ces pratiques dangereuses derrière les barreaux.
L'étude a été réalisée grâce à la collaboration de la presque totalité des détenus du Centre. Des 651 personnes que comptait alors la population carcérale, 618 ont accepté de compléter un questionnaire touchant notamment l'usage de drogues et les habitudes sexuelles, et de fournir un échantillon de salive pour la détection du VIH.
Les résultats de l'étude révèlent qu'avant incarcération, 38% des 119 détenus de sexe féminin avaient fait usage de drogues intraveineuses. Parmi ces utilisatrices, 58 % disaient avoir partagé des seringues avec d'autres personnes au cours de la dernière année et seulement le quart d'entre elles affirmaient toujours stériliser leurs seringues avant usage. Neuf des 119 détenues (8 %) étaient séropositives et parmi elles se retrouvaient sept utilisatrices de drogues intraveineuses. Lors de l'année précédente, seulement 13 % de toutes les répondantes disaient avoir utilisé le condom lors de chaque relation sexuelle et le tiers des détenues avaient pratiqué la prostitution. Près de 40 % des détenues avaient eu une relation sexuelle avec un utilisateur de drogues intraveineuses pendant cette même période.
Du côté des hommes, 26 % (129 sur 492) des détenus avaient déjà fait usage de drogues intraveineuses. Environ la moitié de ces usagers (49 %) partageaient des seringues et, dans ce groupe, moins de 15 % les nettoyaient à l'aide d'un désinfectant à chaque occasion. Onze des 499 détenus (2 %) étaient séropositifs et tous les séropositifs étaient des utilisateurs de drogues intraveineuses. Dans l'année qui précédait, seulement 21 % de tous les détenus affirmaient avoir toujours utilisé le condom lors de relations sexuelles, 27 % avaient eu des relations sexuelles avec un partenaire faisant usage de drogues intraveineuses et 3 % des répondants s'étaient prostitués. Enfin, moins de 1 % des répondants ont eu des relations sexuelles anales pendant leur détention, dont la moitié avec condom.
L'incarcération ne suffit pas à stopper les comportements favorisant la propagation du virus puisque cinq femmes et douze hommes ont reconnu avoir consommé des drogues intraveineuses à l'intérieur des murs de la prison. Quatre de ces femmes et onze de ces hommes partageaient leurs seringues avec d'autres détenus. L'utilisation de drogues intraveineuses semble être le principal facteur de risque pour le virus du sida parmi les détenus puisque 90 % (18 sur 20) des sujets séropositifs avaient fait usage de ces drogues avant leur emprisonnement, concluent les auteurs de l'étude.
La prévalence du virus du sida rapportée au Centre de détention de Québec est similaire à celle de centres de détention de la région de Montréal mais elle dépasse nettement ce qui prévaut dans les prisons de l'Ontario et de la Colombie britannique. Par ailleurs, le taux de séropositivité de 10% parmi les utilisateurs de drogues intraveineuses est l'un des plus élevé au pays.
«Offrir des condoms ou des seringues propres aux détenus pendant leur détention ne règle qu'une partie du problème parce qu'une fois sortis, ils auront encore des comportements à risque, estiment les auteurs de l'étude. Il faut également leur enseigner des mesures efficaces de prévention qu'ils continueront à appliquer même après leur libération.»
Cette étude, la première du genre effectuée au Centre de détention de Québec, a été menée par les chercheurs Annie Dufour (dans le cadre d'un mémoire en épidémiologie) et Michel Alary (Département de médecine sociale et préventive), Céline Poulin, Francine Allard et Lina Noël (Centre de santé publique de Québec), Germain Trottier (École de service social), Debbie Lépine (Laboratory Centre for Disease Control, Ottawa) et Catherine Hankins (Centre de santé publique de Montréal). Les résultats complets sont publiés dans le dernier numéro de la revue scientifique AIDS.