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5 octobre 1995 ![]() |
�THIQUE
LE M�DECIN ET LA MORT
L�on Schwartzenberg: �Le mensonge, c'est la premi�re mort du malade.�
L�on Schwartzenberg a son franc-parler. Sa propension � dire ce qu'il pense sans se soucier des conventions lui a d'ailleurs valu de rester seulement huit jours en poste comme Ministre de la sant�, en 1988, sous le gouvernement du pr�sident fran�ais Fran�ois Mitterrand. � l'�poque, il avait pr�ch� une certaine l�galisation des drogues pour les toxicomanes quasiment irr�cup�rables. Sa position sur le front de la maladie am�ne ce canc�rologue � se poser de nombreuses questions sur l'�thique ou, comme il pr�f�re le dire, sur la morale. Devant un auditoire attentif, il a pr�sent� quelques unes de ses interrogations, fin septembre, dans le cadre d'une conf�rence organis�e par la Facult� des �tudes sup�rieures.
�Le mensonge, c'est la premi�re mort du malade�, soutient L�on Schwartzenberg. Contrairement � ce que pensent plusieurs m�decins fran�ais encore aujourd'hui, il s'�l�ve avec force contre cette croyance de la profession qui affirme que toute v�rit� n'est pas bonne � dire au patient. Dans un pays o� le malade ne dispose toujours pas du droit de consulter son dossier m�dical, le nouveau code d�ontologique indique que le m�decin peut mentir � son patient et d�livrer le diagnostic � un proche, lorsqu'il estime que l'�tat du malade ne lui permet pas d'assumer la nouvelle. �On cr�� un m�nage � trois, remarque le canc�rologue. Celui qui ne sait pas qu'il va mourir, celui ou celle qui sait, et au milieu le cancer ou une autre maladie.� Selon lui, pr�sumer qu'une personne ne supportera pas un diagnostic difficile revient � l'enraciner dans son pass�, alors que bien des patients adoptent une autre attitude face � la vie lorsqu'ils se savent condamn�s.
Le d�bat sur les nouvelles technologies m�dicales et les limites �thiques qu'elles rencontrent soul�ve chez le canc�rologue une foule de questions. Il s'interroge notamment sur la nouvelle d�finition qu'il faudrait donner au foetus et � l'embryon, ainsi que sur les diagnostics de la m�decine pr�dictive lorsqu'ils annoncent les maladies � venir du b�b�, encore dans le ventre de sa m�re, ou certaines de ses caract�ristiques. On sait d�j� qu'en Chine, o� r�gne toujours la politique de l'enfant unique, les parents choisissent tr�s souvent de proc�der � un avortement lorsque l'�chographie leur apprend qu'ils attendent une fille.
Le traitement de la st�rilit� commence �galement � poser de v�ritables casse-t�te. �Combien de temps garder un embryon congel�?�, s'interroge L�on Schwartzenberg. �Peut-on f�conder une femme m�nopaus�e? A-t-on le droit de ne pas r�v�ler � l'enfant l'existence de son p�re biologique, donneur de sperme?� Finalement, la science, consid�r�e pendant des d�cennies comme une source in�puisable de progr�s, apparait aujourd'hui comme une menace aux yeux d'un nombre grandissant de personnes. Pour rester ma�tre de son utilisation, il ne faut donc pas h�siter, selon le canc�rologue, � poser sans cesse des questions et � s'interroger sur l'aspect moral des d�couvertes.
PASCALE GU�RICOLAS