Arts

De la croix à la guillotine

La nouvelle production de l’Atelier d’opéra relate le destin tragique de religieuses françaises sous la Terreur

Les étudiantes et les étudiants de l’Atelier d’opéra présents lors de la répétition du 4 février à la salle Henri-Gagnon.

L’Atelier d’opéra de la Faculté de musique convie les amateurs d’opéra à la présentation des Dialogues des carmélites, du compositeur français Francis Poulenc. Cette œuvre phare en trois actes du répertoire opératique a été mise en scène pour la première fois en 1957. Elle raconte l’histoire d’une jeune aristocrate attirée par la vocation religieuse et à la recherche de sécurité et de sérénité, qui entre au carmel de Compiègne, un couvent de sœurs cloîtrées situé près de Paris, alors que le vent de la Révolution souffle sur la France. De 1793 à 1794, la Terreur, une dictature sanguinaire, règne sur le pays. C’est dans ce contexte que l’ordre des carmélites reçoit un avis d’expulsion de l’Assemblée législative. La situation dégénère, les religieuses du carmel de Compiègne sont arrêtées, accusées de conspiration et condamnées à l’échafaud.

«Cet opéra est mon quatrième dans le cadre de l’Atelier, explique le metteur en scène et chargé de cours à la Faculté de musique, Jean-Sébastien Ouellette. Nous avons choisi cette œuvre parce qu’elle est basée sur un fait historique, parce qu’elle véhicule des idées fortes et parce que les étudiantes et les étudiants de l’Atelier avaient les voix qui correspondent aux principaux personnages. Nous avons réuni une distribution tout étoile pour cet opéra.»

Selon lui, le climat de peur généralisée sous la Terreur peut être comparé à la crainte induite par l’actuelle crise du coronavirus. «Durant cette période trouble de la Révolution, dit-il, les gens avaient peur de mourir. Blanche, le personnage principal, se réfugie au carmel pour affermir sa foi mais aussi pour se protéger. Le coronavirus amène lui aussi un climat de peur, une émotion humaine universelle, qui est encore d’actualité.»

Sur scène, une cinquantaine d’étudiantes et d’étudiants, des chanteurs de l’Atelier d’opéra et des chanteurs du Chœur de la Faculté, seront accompagnés par la cheffe de chant et pianiste, Anne-Marie Bernard. Le chœur a été préparé par la professeure Josée Vaillancourt. Il personnifie la foule.

 «Le texte des Dialogues des carmélites est hautement religieux et la musique est très évocatrice, affirme Anne-Marie Bernard. J’ai envie de dire comme un crescendo d’émotions. Il y a des moments vifs, d’autres plus lents, certains intérieurs. L’auteur colle vraiment à l’émotion de chacun des personnages. Comme musicien, on ne peut que s’émerveiller. Le texte et la musique sont tellement unis. Et un climax musical mène à la scène finale où les religieuses chantent le Salve Regina, une prière dédiée à la Vierge Marie. La musique la plus puissante de l’œuvre survient au moment le plus dramatique du récit alors que 14 carmélites sont guillotinées l’une après l’autre. Le Salve Regina est absolument poignant.»

«Je meurs avec mes religieuses»

Jessica Latouche et Chantal Parent sont toutes deux soprano et doctorantes en interprétation chant. La première incarne Blanche, la seconde joue le rôle de la nouvelle prieure, madame Lidoine. Toutes deux ont amorcé leur préparation vers la fin de l’été dernier.

«Le rôle de Blanche est exigeant au niveau de la tessiture vocale, explique Jessica Latouche, il y a beaucoup de mots. Pouvoir harmoniser le texte et le sens du texte avec la beauté de la voix et sa profondeur représente un défi important dans cette œuvre. Poulenc est très près de la parole. Par contre, il y a des harmonies spéciales dans son opéra, des harmonies uniques à lui. Des couleurs, des sons, des accords qui vont traduire toute l’émotion.»

Le personnage de Chantal Parent est issu du peuple. Sa façon de s’exprimer, imagée et terre à terre, a un effet réconfortant sur Blanche qui la perçoit comme une figure maternelle.

«J’ai travaillé mon rôle avec beaucoup de profondeur, de finesse, de subtilité parce que mon personnage a des émotions, des passions, et comme une espèce de retenue en même temps, indique Chantal Parent. Même lorsque la mort approche, elle doit garder une figure rassurante. Je meurs avec mes religieuses.»

L’été dernier, les deux chanteuses étaient à Paris pour passer des auditions. Elles en ont profité pour visiter la chapelle adjacente au cimetière des carmélites, à Compiègne. «Ce fut un moment prenant, souligne cette dernière. Nous avons contemplé un immense tableau sur lequel étaient inscrits les noms de chacune des religieuses tuées.»

«Dans l’opéra, Blanche aurait pu s’enfuir, se cacher, soutient Jessica Latouche. Elle serait restée en vie. Mais par compassion, par solidarité et de façon très sereine, elle décide de rejoindre ses compagnes sur l’échafaud. Sa foi avait progressé.»

Les représentations des Dialogues des carmélites auront lieu le jeudi 12 mars à 13h30, et les vendredi et samedi 13 et 14 mars à 19h30 à la salle Henri-Gagnon du pavillon Louis-Jacques-Casault. On peut se procurer des billets en ligne.

À la salle Henri-Gagnon, en marge de la répétition du 4 février. De gauche à droite: Jessica Latouche, soprano et doctorante, Jean-Sébastien Ouellette, metteur en scène et chargé de cours, Chantal Parent, soprano et doctorante, Anne-Marie Bernard, cheffe de chant et pianiste.

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