22 janvier 2026
Un périple à travers l'Afghanistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan
Trois mois d'expédition, plus de 2000 kilomètres à pied et un sommet à 7134 mètres: Laurent Berthod, étudiant en psychologie, a traversé les régions les plus isolées d'Asie centrale

Laurent Berthod près de l'un des camps du pic Lénine, qui se trouve sur la frontière entre le Kirghizistan et le Tadjikistan.
— Courtoisie
Les canaux de Venise ou les rues de New York, très peu pour lui. L'été dernier, Laurent Berthod a opté pour un séjour en Asie centrale, loin des circuits touristiques habituels. Sac bien rempli sur le dos, il s'est engagé dans une expédition de trois mois à travers les chaînes du Pamir et des monts Célestes, parmi les régions les plus isolées et méconnues de la planète.
Son aventure, qui fera l'objet d'une conférence le 29 janvier sur le campus, a débuté dans le corridor du Wakhan, en Afghanistan. Cette étroite bande de terre, enclavée entre de hauts massifs, demeure difficile d'accès. De là, il a poursuivi sa route au Tadjikistan, qu'il a traversé du sud au nord à travers le Haut-Badakhchan, une région marquée par la rudesse du climat.
La dernière partie de l'expédition l'a mené au Kirghizistan. Après 60 jours de marche, à raison d'une moyenne de 33 kilomètres par jour, il a entrepris l'ascension du pic Lénine, culminant à 7134 mètres, le deuxième sommet le plus élevé du pays.

Laurent Berthod en compagnie d'un couple qui l'a hébergé dans la vallée de Kok Süu, au Kirghizistan.
À la rencontre de l'autre, à pied
Outre l'aspect de performance physique, cette expédition avait pour but d'aller à la rencontre des populations locales et de découvrir des modes de vie façonnés par la montagne et l'isolement. «Les Wakhis – les Afghans du Wakhan – comptent parmi les dernières populations nomades du monde. Ils vivent sensiblement de la même manière qu'il y a deux ou trois cents ans. Je voulais aller à leur rencontre de la façon la plus naturelle possible: à pied. Pas avec un groupe touristique ou un intermédiaire, afin de créer un lien qui ne soit pas transactionnel, mais fondé sur la relation humaine», explique-t-il.
En prévision de son passage au Tadjikistan et au Kirghizistan, l'étudiant avait appris les bases du russe, ce qui lui a permis d'entretenir des échanges relativement soutenus avec les habitants. En Afghanistan, en revanche, la communication s'est révélée plus ardue: les populations du Wakhan parlent le waki, un dialecte local. «Avec les gestes et le non-verbal, on arrive quand même à communiquer. C'est étonnant à quel point on peut se comprendre sans parler la même langue», raconte-t-il. Les enfants, très curieux des nouveaux arrivants, ont souvent servi de passerelle vers les familles. «C'est très intergénérationnel. Parfois, trois ou quatre générations vivent sous le même toit, ce qui facilite les échanges et crée rapidement un lien.»

S'il lui arrivait de ne croiser personne pendant plusieurs jours, l'aide qu'il a reçue des populations locales s'est avérée déterminante dans le succès de son parcours.
Au Tadjikistan, Laurent Berthod a profité de son périple pour documenter les paysages et l'immensité d'une nature presque intacte. Loin de toute agitation, il a exploré des zones rarement fréquentées, cartographiant ses itinéraires et immortalisant chaque étape par la photographie.
Seul pendant de longues journées de marche, il affirme ne jamais avoir souffert de l'isolement. «J'aime être seul. Je ne considère pas la solitude comme une contrainte. Au contraire, mon quotidien était d'une agréable simplicité. L'effort physique me permettait d'être plus lucide et attentif à la nature qui m'entourait. C'était une sorte de méditation active.»

Un troupeau de moutons traverse un paysage du Kirghizistan.
Laurent Berthod, 23 ans, est un habitué des expéditions en milieu extrême. Il y a deux ans, il a parcouru plus de 2600 kilomètres pour traverser l'Himalaya, du Ladakh indien jusqu'au camp de base de l'Everest. Cette fois-ci, il souhaitait conclure son périple par une ascension emblématique. «Le pic Lénine est une montagne symbolique dans l'histoire de l'alpinisme soviétique. Je voulais finir là-bas et découvrir ce que représente l'alpinisme en très haute altitude. J'avais déjà gravi un sommet à 6000 mètres en Bolivie, mais à plus de 7000 mètres, c'est un autre niveau.»
L'ascension, qui s'étend normalement sur une vingtaine de jours, il l'a réalisée en la moitié moins de temps. «C'est une montagne extrêmement froide, avec beaucoup de vent. Même en été, il peut faire jusqu'à -40 degrés au sommet. J'ai été chanceux avec la météo. Le matin de l'ascension, il ne faisait que -20 degrés.»
Il reconnaît toutefois que les défis ont été nombreux tout au long du séjour. Il explique avoir traversé des moments particulièrement éprouvants, notamment lorsque la douleur se faisait sentir ou lorsque le poids de son sac de 65 livres devenait difficile à supporter. Il a aussi dû composer avec la rareté de la nourriture, les longues journées de marche, l'intensité du soleil en altitude, la grêle et une tempête de sable.
C'est là que l'aventure a pris une dimension profondément formatrice, voire transformatrice, sur le plan personnel. «Dans ce genre de voyage, on est souvent confronté à la difficulté. C'est de l'autre côté du risque et de l'inconfort que la croissance s'accélère. On mûrit rapidement, on apprend à régler des problèmes, à mieux se connaître. Il n'y a pas de facteurs externes qui dictent comment réagir: c'est de l'information pure sur soi-même.»
L'expérience lui a également offert un regard renouvelé sur les autres. «J'ai appris énormément des gens là-bas: leur hospitalité, l'entraide, leur capacité à surmonter des situations difficiles avec le sourire, en étant toujours de bonne humeur. Leur attitude face à l'adversité est certainement ce qui m'a le plus inspiré.»

Afghans rencontrés au village de Sarghaz, dans la région du Wakhan.
Transmettre l'expérience
À l'occasion de la conférence qu'il donnera le 29 janvier, Laurent Berthod espère susciter la curiosité et, peut-être, l'envie d'explorer autrement. «Cette conférence s'adresse à tous ceux qui s'intéressent à l'anthropologie, à la nature, à l'alpinisme ou au voyage d'aventure. Je vais aborder plusieurs facettes de mon projet, notamment les effets de la haute altitude sur le corps, et faire des liens avec mon domaine d'études, la psychologie.»
S'il devait donner un conseil à celles et ceux qui rêvent de se lancer dans une aventure similaire, il insiste sur un mot: la préparation. «Il faut beaucoup se renseigner sur le territoire que l'on veut explorer. Les outils de cartographie, comme Google Earth ou les cartes satellites, sont très fiables. Bien préparé, on est plus apte à faire face à l'incertitude et aux défis qui surviennent. Un bon entraînement physique avant le départ est aussi essentiel pour éviter les blessures.»

Trajet parcouru par Laurent Berthod
La conférence de Laurent Berthod sera présentée gratuitement le 29 janvier, de 19h à 20h, au local 1456 du pavillon Charles-De Koninck.

